❝ Les hommes ne naissent pas machos ! ❞

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Estelle Béguin est coach parentale certifiée et consultante en relations humaines à Olivet.  Propos recueillis par Sébastien Drouet

 

Nous avons beaucoup parlé des mères dans ce dossier, mais que doivent faire les pères pour que leurs fils ne deviennent pas plus tard d’affreux machos ?

Les hommes ne naissent pas machos ! Ceux qui le sont ont appris à le devenir. Les parents doivent donc prendre conscience que tout ce qu’ils font, disent, va construire leur enfant. Que doivent faire les pères ? Tout d’abord, il est important d’aider son petit garçon à être fier de son identité masculine. Inutile de lui dire que les filles et les garçons sont pareils, il voit bien que non. Or, s’il n’a pas une idée très claire de ce qui est masculin, il va jouer au macho, car cela au moins c’est clair : un macho, c’est un garçon. Ensuite, il est fondamental, et ceci dès le plus jeune âge, de lui apprendre à exprimer ses émotions. Les papas peuvent avoir du mal avec ça. Or, un enfant qu’on n’encourage pas à s’exprimer est privé de la liberté d’être soi-même. D’autres pistes : faire la lecture du soir, encourager les amitiés mixtes, veiller à l’éducation sexuelle du jeune garçon, car le machisme se nourrit de la peur des femmes. Et évidemment répartir les tâches à la maison.

Revenons aux mamans. Que doivent-elles faire de leur côté ?

Chose importante : ne jamais dévaloriser le père et lui laisser sa place. Sinon, l’identité du petit mâle va être prise dans un conflit de loyauté, ce qui pourrait lui donner la tentation d’écraser les filles par solidarité avec son papa. D’autre part, je remarque que les mamans sont souvent plus dures avec les garçons qu’avec les filles. Quand les premiers tombent, elles leur ordonnent de se relever car « non, ils n’ont pas mal », contrairement aux filles, considérées plus fragiles. Or, nous pouvons simplement dire : « Oui, ça peut faire mal de tomber. »

Par ailleurs, il y a des manières d’adresser des compliments pour éviter que le garçon ne développe un comportement égocentrique, sans être dans la survalorisation, mais dans les encouragements. Le féliciter d’avoir fait de son mieux, pas d’avoir été meilleur que les autres. Enfin, les mamans doivent habituer les garçons à s’occuper d’eux assez tôt, ne pas tout faire à leur place. Ils doivent faire des erreurs, apprendre. Développer leur autonomie. Et aider aux tâches ménagères !

Pour qu’ils ne deviennent pas sexistes, faut-il offrir des poupées aux garçons ?

Les stéréotypes de genre sont liés à nos propres comportements, mais sont confortés par les jeux, les médias, les livres. Dans les rayons jouets, les garçons sont encore trop souvent poussés vers la performance, la réussite, les filles vers la vie domestique. Pour éviter que le garçon ne devienne sexiste, il ne s’agit pas de lui acheter exprès des jouets orientés fille. Mais de le laisser aussi s’amuser avec les jeux de son choix. Les jouets supposés être de l’autre sexe peuvent aussi lui plaire. Il veut une poupée ? N’est-ce pas le regard critique de l’entourage qui pourrait freiner cet achat ?

Cela peut-il déviriliser le garçon, changer son orientation sexuelle ?

L’orientation sexuelle se découvre à la puberté. Il faut rassurer les parents qui seraient inquiets de laisser leurs enfants jouer avec des jouets dits réservés au sexe opposé. Ce ne sont pas les prémisses d’une éventuelle homosexualité. Pour répondre à votre question du risque de « déviriliser les garçons » par le biais de ce style de jouets, il faut prendre en compte des siècles de schémas de pensée sociale basée sur la puissance et la domination de l’homme. Ce dernier se devait d’être viril, avec parfois des débordements mal maîtrisés (autoritarisme, voire violence). Les conséquences sont dramatiques : plus de morts sur les routes, plus d’overdoses, de violences conjugales, de burn-out chez les hommes que chez les femmes. La virilité est une pression qui demande aux hommes d’être à la hauteur. Or, il y a mille façons d’être un homme. La sensibilité n’est pas de la sensiblerie, la douceur n’est pas de la faiblesse.

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