50 ans à pleines dents

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Ma génération croyait vraiment en avoir fini avec les 68ards. On pensait tous en être débarrassé. Ça faisait des années qu’on attendait ça avec impatience. On avait hâte que les ex-hippies perdent enfin leur tignasse et leur arrogance, que leur haleine ne sentent plus le patchouli du plateau du Larzac mais l’âcreté d’un gosier qui prend de l’âge, que leurs partouzes-party de l’île de White s’achèvent en soirées télé dans des maisons de retraite. Nous espérions tant que ces anciens manifestants ne se manifestent plus du tout. Que sous leurs pavés, désormais trop lourds, la plage laisse place à un désert. Et bien, non, voilà que ça recommence ! Les ex-fouteurs-de-merde-du-quartier-Latin ont passé le relais du culte du moi à la génération d‘après. Ceux qui aujourd’hui nous font croire qu’ils ont 30 ans, en ont 50. On les surnomme les « quinquados » ! Un mot valise entre deux âges qui n’est pas pressé de se faire la malle. Ils sont nés juste avant L’Île aux enfants mais se prennent quand même pour Casimir. Insouciants, fêtards, se sentant seuls au monde, ils vont dans la vie comme s’ils étaient chez eux. À l’aise partout, tout le temps. À cause d’eux, l’adolescence porte des rides et les jeunes n’ont plus le monopole de leur jeunesse. Car cette génération du « vite, avant qu’il ne soit trop tard » refuse de vieillir. Pire : elle refuse que les autres soient jeunes, sans eux. Alors, les mères clonent leurs filles, les pères sont potes avec leur fils et pote avec ses potes. Pour lutter contre le temps, les belles-vieilles pas encore vieilles-belles s’éclatent une dernière fois. Elles consomment du « moins de 30 ans », draguent sur Tinder, adoptent un « mec.com » et passent des soirées bières entre copines ou sur les réseaux sociaux. Côté mâle, les « quinquados » se prennent pour des snipers embusqués dans des villes en guerre sur playstation ou des athlètes de haut niveau en niant leur taux de cholestérol. Le petit joint du samedi soir a fait son retour en même temps que la bande-son inaudible des années 70. À 50 ans, ces baby-boumeur lèvent encore les bras pour former les lettres de YMCA. Pour eux, Capri est loin d’être fini…