Apprenez à dire non

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Dire non, fermement, sans faire preuve d’agressivité ni tout rejeter en bloc, est un véritable apprentissage, nécessaire à notre épanouissement personnel. Claire Robert

 

Dire non n’est jamais facile. On craint de ne plus être apprécié, de perdre l’amour ou la considération de l’autre, de le décevoir… Pourtant, c’est là l’une des meilleures façons de se respecter soi-même, de se positionner, de reconnaître ses propres limites, de cerner sa propre spécificité et d’affirmer son libre arbitre. Si savoir refuser fait partie des principaux apprentissages de l’âge adulte, ce déconditionnement se révèle souvent complexe. Notre modèle éducatif, essentiellement basé sur le principe de l’obéissance, inhibe fortement en nous la volonté de tenir ferme face aux formes d’autorité contraignantes. À contre-pied de cette autocensure souvent néfaste, voici nos pistes pour apprendre à dire oui à tous les « non » qui se perdent en nous…

Dire oui à tout, c’est avoir peur

Opposer un refus ferme et définitif à notre supérieur, à nos amis, à notre conjoint ou à nos enfants est, pour la plupart d’entre nous, une démarche compliquée et source d’angoisse. Par habitude, par passivité ou par peur, nous refusons de nous opposer aux volontés parfois envahissantes des autres. Notre éducation et notre environnement social nous ont souvent conditionnés à respecter l’autorité ou les règles quelles qu’elles soient, voire à accepter une certaine forme de soumission. Nous avons inconsciemment intégré cette obéissance dans nos rapports aux autres. Mais si nous disons oui à tout, nous nous interdisons par là même le droit d’être nous-mêmes. Il est essentiel de se positionner et d’oser s’opposer. Le plus difficile est alors de dépasser notre propre culpabilité. On appréhende souvent, à tort d’ailleurs, de décevoir autrui, d’être perçu comme un égoïste, de ne plus être aimé. Notre peur d’être rejeté (surtout si les injonctions éducatives que nous avons reçues dans l’enfance allaient dans ce sens) est d’autant plus forte que les personnes auxquelles nous nous apprêtons à dire non sont des proches qui attendent beaucoup de nous.

Dire non, c’est s’affirmer !

Dans cette reconquête du « non », il ne s’agit pas de se comporter comme un enfant de 3 ans qui s’opposerait systématiquement à tout. Pour nous, adultes, apprendre à dire non n’est pas s’opposer automatiquement ou tout rejeter en bloc. La première étape consiste à formuler son refus, sans agressivité, de façon franche et déterminée, en l’assumant. Si les excuses ne sont pas de mise – dire non n’est pas une « faute » –, on peut en revanche expliquer clairement pourquoi nous refusons. Par exemple : « Je ne viens pas avec toi faire une course, parce que je préfère lire un livre ». La décision doit être présentée de façon positive. Pour qu’elle ne soit pas interprétée comme un affront, nous devons expliquer aux autres qu’elle n’est pas tournée contre leur personne. On peut également accompagner sa réponse d’un conseil ou indiquer une autre personne qui pourra prendre en charge la demande.

Cette forme d’affirmation de soi, de différenciation, peut déstabiliser notre entourage, notamment s’il est habitué à ce que nous répondions systématiquement oui. Autant s’attendre à ce que notre changement d’attitude provoque, au départ, des réactions négatives de la part des autres. Mais, il faut tenir bon ! En prenant le risque de formuler son envie profonde, d’exprimer ce que l’on ressent vraiment, on se donnera ainsi peu à peu les moyens d’être soi-même. Affirmer sa spécificité et ses choix de vie, c’est suivre ses objectifs, ses besoins, ses valeurs et sortir d’une forme de passivité, d’un fonctionnement que l’on croit imposé par les autres, mais que nous nous sommes, au fil des années, imposé à nous-mêmes. Bien entendu en disant non, nous nous exposons, non pas forcément à un conflit mais à une confrontation, à un face-à-face, qui fera « bouger » les contours de nos relations. Mais cela, en fin de compte, leur permettra d’évoluer vers une forme plus saine, plus sincère, où les décisions de chacun sont librement consenties.