Bénédicte est entrée dans la légende

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Les Passeurs de légendes ont vu le jour il y a dix ans dans le but d’interpréter des histoires médiévales en-dehors des stéréotypes, des fictions dans lesquelles les femmes tiennent leur vraie place et non des rôles secondaires. À leur tête : Bénédicte Gaudon-Duhard, émue de voir son rêve devenu réalité.
Axel Besse

 

D’aussi loin qu’elle se souvienne, Bénédicte Gaudon-Duhard a toujours adoré les histoires. Mais c’est au moment de l’adolescence qu’elle a commencé à s’intéresser aux légendes arthuriennes et celtisantes. Le déclic ? La lecture de The mist of Avalon : « Un roman fantastique de Marion Zimmer-Bradley, une auteure américaine féministe. Plus tard, j’ai fait une maîtrise sur ce livre, puis je me suis rendue à Brocéliande, en Bretagne. » C’est là-bas, au château de Comper, qu’est situé le Centre de l’Imaginaire arthurien dont notre interlocutrice est membre depuis 1999. Mais elle sentait au fond d’elle-même qu’il y avait quelque chose à tenter : « Il fallait que je raconte aussi des histoires aux grands », avec en filigrane des exemples héroïques dont nous devrions nous inspirer… Voilà pourquoi sont nés, il y a dix ans, les Passeurs de légendes, dont l’objectif est justement de « passer », de « transmettre », sans être dans la reconstitution. À leur actif : dix spectacles différents, joués dans divers lieux de Touraine, notamment au château du Rivau, dans le Chinonais, qui, il est vrai, est un cadre particulièrement approprié.

À l’origine de chaque spectacle, il y a un texte médiéval que Bénédicte choisit puis transforme en texte de théâtre, en prenant soin de réserver un rôle à chaque membre de la troupe (ils étaient 17 sur scène en août pour Tristan et Yseult), dont deux comédiens professionnels qui coachent un peu tout le monde – car tous les autres sont des amateurs.

À voir… et à lire

Bénédicte est émue à l’évocation de cette belle histoire, qui pour le coup n’est pas une légende : la sienne, celle des Passeurs. « Parmi eux, il y a d’anciens élèves du collège Anatole France, où je suis enseignante et où j’anime le club-théâtre. Quand j’ai fondé l’association, j’en ai contacté certains, d’autres sont venus par la suite… Au-delà d’une troupe, c’est une famille. Je ne pensais pas, il y a dix ans, que nous en serions là aujourd’hui. » « Là », ce sont des représentations, donc, assurées par une association placée sous le parrainage de Joël Grisward, professeur de littérature médiévale à François-Rabelais, et Claudine Glot, fondatrice du Centre de l’Imaginaire arthurien, spécialiste des légendes arthuriennes et celtisantes. « Tout cela m’oblige à être encore plus rigoureuse dans l’écriture des textes », sourit Bénédicte, qui remet à leur place originelle – la principale – les personnages féminins, des déesses souvent, ou des reines, transformées en fées secondaires par les auteurs chrétiens du Moyen-Âge… Mais ce n’est pas tout : à l’occasion des dix ans des Passeurs de légendes, Bénédicte et ses amis publient un livre, le premier d’une collection qui met en pages les spectacles joués par la troupe. Pas tous, mais presque. Car Bénédicte, qui vit sa passion au quotidien, tient à ce qu’il y ait sept livres, « un chiffre magique ». Premier paru : La colère du Murrigan, un bel objet réalisé par des étudiants de Sup’Édition (l’Esten, sur l’ancien site Mame), dans le cadre de leur formation. Les amateurs-trices peuvent le trouver à la fin des spectacles ou par le biais du site web des Passeurs.

 » Elle vit sa passion  au quotidien »