Bonnes résolutions : Pourquoi on ne les tient jamais ?

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Vous faites partie de celles et ceux qui, chaque 1er janvier, se fixent un objectif à atteindre dans l’année ? Et qui échouent à chaque fois ? Il n’y a pas de fatalité à cela : les psychologues expliquent très bien pourquoi on ne tient (presque) jamais sa promesse de faire plus de sport ou d’arrêter de fumer (par exemple). De son côté, Edith vous livre quelques solutions pour inverser la tendance…
Sébastien Drouet

Non, vous n’êtes pas seul(e) : comme vous (peut-être), 88 % des personnes qui se fixent un objectif à atteindre dans le cadre des fameuses « bonnes résolutions » du Nouvel An échouent lamentablement et en un temps record*. Et pourtant, vous vous étiez promis d’y arriver cette fois : non, on ne vous reprendrait plus avec la main dans le paquet de cigarettes ! Oui, vous alliez faire plus de sport ! Mais les mauvaises habitudes ont été les plus fortes… Oubliée donc, la « bonne résolution », vieille coutume qui, selon un spécialiste en développement personnel, remonterait aux Babyloniens, soit environ 2 000 ans avant notre ère ; rien à voir avec nos défis actuels, puisqu’elle consistait, à l’époque, à promettre de rendre le matériel agricole emprunté durant l’année
qui venait de s’écouler.

Comme d’habitude…

Mais revenons à 2017-2018, et essayons de comprendre pourquoi nos « bonnes résolutions » sont si difficiles à concrétiser. Pourquoi ? C’est très simple : parce que changer ses habitudes demande bien davantage que de la bonne volonté. La volonté, c’est ce que l’on exprime aux premières heures du Nouvel An ; les habitudes, c’est ce qui est imprimé en nous et qui revient très vite. L’habitude, « une action déclenchée de manière automatique dans un contexte spécifique », selon les psychologues. Un exemple ? Boucler sa ceinture de sécurité en montant dans une voiture. « Répétée de jour en jour dans un endroit particulier, ou à un moment donné, la connexion mentale se consolide, nous informe le site passeportsante.net**. Plus l’association est forte, moins l’attention et la motivation sont nécessaires à la réalisation de l’action. » Le comportement est automatique ; un processus réglé par les ganglions de la base, situés dans la profondeur du cerveau. Voilà pourquoi il est si difficile de se débarrasser d’une mauvaise habitude. Or, c’est justement ce qu’il faut faire, remplacer une mauvaise par une bonne, si l’on veut avoir une chance de tenir sa bonne résolution…

Quand la routine est bonne

L’idéal, pour changer d’habitude, c’est de changer de contexte, d’environnement, et de répéter la nouvelle action dans le nouveau cadre jusqu’à ce qu’elle devienne un automatisme. Facile à dire… Plus concrètement, des psychologues britanniques ont listé une série de questions à se poser pour installer une « bonne routine », celle-ci se mettant d’autant mieux en place que l’action à répéter sera simple :

• Quel est l’objectif à atteindre ?

• Quelle action simple et pouvant être répétée peut me permettre d’atteindre cet objectif ?

• Où et quand, précisément, puis-je réaliser cette action ?

Il s’agit ensuite de passer de la théorie à la pratique. Au bout de dix semaines, normalement, le cerveau aura fait passer cette action en mode « automatique ». La bonne résolution sera tenue.

Pour mettre toutes les chances de notre côté, un scientifique californien, le professeur Matthews, préconise de parler de notre projet autour de nous, de le partager un maximum, afin de garder la motivation intacte. Pourquoi pas en recueillant des encouragements par le biais de « likes » ou de commentaires sur Facebook par exemple ? Rappelons que, dans le cadre d’une étude du professeur en question, 70 % des participants qui ont parlé de leurs progrès à leur entourage ont atteint leur objectif, contre 35 % seulement de ceux qui ont gardé leur dessein secret…

Un défi, ça se partage !

Les meilleures amies de la résolution réussie, ce sont la précision et la quantification. Rebekah Boynton et Anne Swinbourne***, deux universitaires australiennes, l’assurent : « J’aimerais faire davantage d’exercice » est le type même de l’objectif vague qui sera oublié dès le 2 janvier. On le remplacera avantageusement par : « Marcher 5 km trois fois par semaine. » Mieux encore : déterminez précisément les jours, heures, parcours, notez tout cela sur un carnet, ou partagez-le sur les réseaux sociaux.

Autre conseil en passant : plutôt que de se lancer plusieurs défis en même temps, pile le 1er janvier, le blog Zen Habits suggère d’en relever six, et seulement six, dans l’année. Soit un tous les deux mois, en commençant par le plus facile. La première résolution, ou nouvelle habitude, réussie, invitera à passer la seconde.

À bas les bonnes résolutions !

Voilà donc quelques avis à suivre si vous souhaitez réaliser vos promesses affichées le 1er janvier. Mais faut-il vraiment se fixer ces objectifs qui ne résistent pas aux excuses (on n’a jamais le temps), et nous infligent en prime un sentiment de culpabilité de n’avoir pas été au bout de nos décisions ? « Au final, les bonnes résolutions peuvent se révéler plus lourdes à porter que jubilatoires, écrit la coach Sylvaine Pascual****. C’est d’ailleurs bien pour cela qu’elles finissent le plus souvent dans nos poubelles à bonnes intentions. » Avec de surcroît, en cas d’échec, de nombreux dégâts : diminution du désir d’agir, renforcement de la passivité, perte d’estime de soi. Sans oublier qu’à bien y réfléchir, la plupart sont imposées par la société, le regard des autres.

« Et si, cette année, vous vous autorisiez à éviter les bonnes résolutions ? interroge Sylvaine Pascual. Si vous vous autorisiez à vous fixer un objectif vraiment réjouissant à la place ? » Edith ajoutera : et si on faisait les deux ? Arrêter de fumer n’est pas facile, mais si les économies réalisées permettent de partir en voyage, cela en vaut sans doute la peine…

* Étude menée par Richard Wiseman (université de Bristol) auprès d’un échantillon représentatif de 300 personnes en 2007

** Article : « Comment tenir (enfin) ses bonnes résolutions »

*** www.lepoint.fr : « Comment tenir (vraiment) ses bonnes résolutions » (8/01/2017)

**** www.ithaquecoaching.com 

 

US et coutumes
Longtemps, le site web du gouvernement américain (www.usa.gov) a proposé une liste de bonnes résolutions à tenir : manger sainement, perdre du poids, boire moins d’alcool, arrêter de se ronger les ongles, rire plus souvent, profiter de la vie, réduire son stress, payer ses dettes (!), améliorer sa vie sociale, trouver un meilleur travail, etc. Les deux premières ne sont pas sans rappeler la bataille qu’a livrée Michelle Obama, ex-première dame, contre l’obésité chez les jeunes. Une page tournée (au propre comme au figuré : celle du site web a disparu en tout cas) avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump…

 

Moins de café
Les listes de bonnes résolutions sont nombreuses. Impossible d’en faire un inventaire complet. Beaucoup ont trait à la santé (arrêt de la tabagie, plus de sport), à la famille (plus de temps pour les enfants, les parents), et au monde professionnel, bien sûr. Le site RegionsJob.com avait ainsi dressé un top 10 des résolutions professionnelles prises en janvier 2017, à partir d’une enquête réalisée fin 2016. Les personnes ayant répondu à l’époque (il y a fort à parier qu’elles répondraient la même chose cette année) avaient mis en avant, dans l’ordre : mieux s’organiser, arrêter de tout critiquer, entretenir la convivialité, rester soi-même, s’épanouir au travail, apprendre à déconnecter, éviter de procrastiner et… limiter la consommation de café !