Célibataire et heureuse ? C’est possible !

Celibataire et heureuse EdithO

Elles ne fêteront pas la Saint-Valentin. Est-ce une raison pour les célibataires de ne pas être satisfaites de leur sort ? Une chercheuse américaine l’assure – et d’autres spécialistes lui emboÎtent le pas –, non, la vie de couple ne garantit pas le bonheur. Une personne seule peut même avoir une vie plus riche qu’une personne « casée ». Il suffit d’assumer pleinement sa condition et d’embrasser ses passions – à défaut d’un partenaire régulier – à corps perdu ! Sébastien Drouet

Célibataire… Une situation considérée comme normale quand on a 25 ou 30 ans, moins après. Car dans notre société, c’est le couple qui est la norme. Facile à expliquer : c’est lui, le couple, qui garantit la perpétuation de l’espèce. Au fond, tout au fond, c’est à cela que pense tata Monique quand elle vous regarde, pleine de pitié, et vous dit : « Alors, tu n’as toujours pas trouvé chaussure à ton pied… ? »

Même si, en raison de l’allongement de la durée de vie et de la fragilité des couples, pratiquement tout le monde connaît une période de célibat à un moment ou à un autre de sa vie, la pression sociale impose que chacun ait sa chacune, particulièrement après 30-35 ans, âge sensible, surtout pour les femmes encore solos qui voient tourner l’horloge biologique. En plus, presque tout est fait pour favoriser les couples : fiscalité, voyages, hôtels, achat d’un bien immobilier, etc. Vivre seul(e) ? Mais vous n’y pensez pas ! Pour remédier à cette « intolérable » situation et faire rentrer les âmes solitaires dans le moule, les sites de rencontres explosent. Or, déception : s’ils sont très bien, dit-on, pour un coup d’un soir, ils se révèlent inefficaces pour créer de vrais couples qui durent, comme le révélait sur France Inter la journaliste Nadia Daam*.

On s’en passera donc, des applis, des sites, et de tout le reste. Car pourquoi ne pourrait-on pas être célibataire et heureux ?

L’enfer du couple

Avant de se pencher sur les avantages du célibat, on peut lister les désagréments qu’il évite. « Être en couple, c’est quoi ? s’interrogent les auteurs de Célibataire mais enviée. Manger des flageolets le dimanche chez les beaux-parents, écouter la journée de boulot du conjoint, faire lit commun, jamais à la bonne température, négocier chaque soir le programme télé, supporter (en cas de famille recomposée) les enfants de l’autre… » Mais cette période de « chômage sentimental », comme le désignent certaines personnes, revêt aussi des atours beaucoup plus séduisants. C’est la question sur laquelle a travaillé la psychologue et universitaire américaine Bella DePaulo, célibataire de 65 ans. « Je trouvais ma vie satisfaisante, écrit-elle dans Slate**. Mais une question me fascinait : pourquoi la société tout entière ne valorisait-elle pas autant que moi ma vie de célibataire ? » C’est vrai, ça : pourquoi en faire un défaut dans une cuirasse, une période malheureuse, quand de nombreux célibataires s’en satisfont, et plus que cela même, revendiquent leur célibat, choisissent cette situation ? Pourquoi les personnes célibataires sont-elles jugées moins mûres, moins heureuses, moins sûres d’elles, plus seules, plus envieuses ? « Pourtant, intervient Bella DePaulo, qui a synthétisé des centaines d’études différentes pour arriver à ses conclusions (notamment dans son best-seller***), quand les gens se marient, ils ne deviennent pas plus heureux, ni en meilleure santé. » En somme, casé, pas casé, c’est pareil. Sauf dans une catégorie : pour récupérer après une maladie grave, il vaut mieux vivre en couple.

du temps pour soi

Bien sûr, à deux, on se sent plus forts, on peut toujours compter sur l’autre, mais rester dans une bulle ne permet pas de s’épanouir sur un plan personnel ni de s’ouvrir au monde, ose la chercheuse américaine. À deux, on pense couple, on sort couple, on mange couple. L’individu fait obligatoirement des concessions. Les célibataires, non. Ils ont davantage confiance en eux, « ils sont plus à même d’expérimenter un développement et une évolution continue en tant qu’individus ». « Une vie avec plus de sens et d’authenticité », selon la psychologue. Allons plus loin. Dégagée des inquiétudes sur l’absence de l’autre – inquiétudes qui peuvent se transformer en véritables crises de parano –, la personne célibataire a un monde devant elle : concentrée sur sa propre personne (ce qui n’implique pas qu’elle soit égoïste), elle dispose du temps nécessaire pour se consacrer à ses loisirs, à son travail, aux arts, aux amis, aux frères et sœurs… et au sport. Une étude réalisée auprès de 13 000 Américains âgés de 18 à 64 ans a révélé que ceux qui n’ont jamais été mariés, font généralement plus d’exercice que toutes les autres catégories de relations (divorcés/séparés, mariés ou veufs).

Liberté chérie

Les rencontres amicales sont démultipliées, les sorties aussi. Les études le montrent : les solos ont une vie sociale plus riche, alors qu’en couple on reste à la maison et on prend du poids ! Mais surtout, le célibataire dispose du plus grand luxe qui soit : la liberté. Le vrai bonheur du célibataire, avec celui… d’être célibataire. Eh oui : tout le monde n’est pas programmé pour une vie à deux. Si les personnes qui se marient le font parce qu’elles se sentent mieux à deux, pourquoi ne pas laisser les solitaires dans l’âme faire comme bon leur semble ? Et les regarder s’épanouir en vivant à leur rythme et en passant le temps qu’ils souhaitent sur l’objet de leur passion ?
On les envierait presque…

* Grand bien vous fasse, 29/05/2018

** Slate.fr, article : « Oui, le célibat c’est sympa » (30/11/2018)

*** Single out : how singles are stereotyped, stigmatized and ignored, and still live happily ever after

Qui sont les célibataires ?

Si l’on se fie à l’étude menée en 2018 par la société Acxiom, on remarque que les célibataires ont des vies plus précaires (à cause du loyer à payer seul, de plus d’impôts, de factures plus lourdes – abonnements qu’on ne divise pas par deux, par exemple…). 60 % d’entre eux vivent avec moins de 1 500 euros par mois (contre 36 % des foyers français). Ils sont moins souvent propriétaires, vont moins au restaurant, mais se cultivent davantage en allant plus au musée et au cinéma. En majorité citadins – bien qu’ils existent à la campagne, cf. Le bonheur est dans le pré –, ils sont plus de 50 % à vivre dans des villes de plus de 100 000 habitants, et 21,3 % en Île-de-France

Bataille de chiffres

Selon l’Insee, la France compterait 18 millions de célibataires, soit 40,6 % de la population en âge de se marier. Problème : ce nombre comprend les pacsés et les concubins qui ne sont pas passés devant le maire. Or, s’ils ne sont pas légalement mariés, ils ne sont pas solos pour autant. Le chiffre de 12,8 millions d’individus délivré par Kantar Media TGI, nous paraît plus pertinent, car il recense uniquement les personnes se déclarant comme seules à partir de 25 ans, excluant les veufs, divorcés et concubins. Les vrais célibataires. Qui représentent donc 28,4 % de cette tranche d’âge « bonne à marier ».

L’avis de la psy

Géraldyne Prévot-Gigant est psychopraticienne, auteure*, conférencière, fondatrice des Groupes de Parole pour les Femmes®.

Pour certains, le célibat sera une traversée du désert, mais pour d’autres il sera un moment de liberté où tout est possible. Dans une société parfois un peu trop normative, les célibataires en viennent à oublier à quel point cette période de vie est une formidable opportunité d’épanouissement. Elle donne la possibilité de faire le point sur soi, de mieux comprendre nos histoires passées et nos erreurs de choix. Tout dépend du sens que nous donnons au célibat. Il ne s’agit pas forcément d’un temps de solitude, bien au contraire ; il peut être un moment d’ouverture où nous rencontrons de nouvelles personnes, où nous faisons des choses que nous avons toujours rêvé de faire. Nous sommes enfin nous-mêmes, libérés du regard des autres. Plus rien ni personne ne nous freine. »

*Retrouvez son dernier ouvrage, Écoute les signes que la vie t’envoie (éditions Leduc.s), dans notre rubrique « À lire ».

Toujours plus !

Sur les 18 millions d’âmes officiellement solitaires (selon l’Insee, cf. encadré page précédente), 36,7 % sont des femmes, reconnues comme telles au moins pour l’état civil. Un chiffre en progression depuis plus de deux décennies. « Les personnes vivent plus librement le fait de divorcer, de se séparer, déclare la psychopraticienne Géraldyne Prévot-Gigant. Mais aussi, l’autonomie financière des femmes a contribué à ce changement de société. »