Christophe Lidon : taillé en pièces

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Dans son bureau orléanais, il a fait disparaître des murs toutes les affiches de pièces jouées au CADO. Non pas par irrespect de l’histoire, mais parce qu’il veut « continuer à rêver ». À 50 ans, Christophe Lidon se veut en perpétuel renouvellement. Passionné jusqu’au bout des ongles, il lit une pièce par jour pour dénicher la perle rare, celle qui lui donnera encore envie d’enclencher une nouvelle « aventure humaine », à l’instar de L’Impresario de Smyrne, qu’il présentera en mars au CADO. « Je vais pouvoir parler du métier, explique-t-il, mais aussi de la place de l’argent, du pouvoir et de la séduction. Je commence à jeter, disons, un regard dans le rétro… » En fixant le passé dans les yeux, Christophe Lidon y verrait le destin d’un petit hockeyeur « mi-Savoyard, mi-Suisse » – victime d’un accident « saignant » sur la patinoire – ranger les crosses pour monter sur scène par la grâce d’un grand-père chasseur alpin l’ayant inscrit au conservatoire de théâtre. « Pourtant, je n’étais pas du tout un enfant de la balle… », confie l’intéressé. Il faut dire qu’enfant, le petit Christophe Lidon était du genre dissipé. « J’ai fait de grosses bêtises, dit-il. Mais elles étaient grandioses. Et un peu théâtrales, même ! » De comédien, le jeune homme se dirigea rapidement vers la mise en scène. « Pour être acteur, il faut que ce soit viscéral, raconte-t-il. Moi, j’ai toujours oscillé entre ça et autre chose. » À un sens présumé de l’adaptation, il préfère mettre en avant une forme de « souplesse ». Mais avec l’envie identique de fédérer une troupe autour de lui. « J’aime l’échange, le partage et la rencontre », des valeurs qu’il place au-dessus de tout. Il lui est ainsi « arrivé une fois de laisser tomber un projet avec une grande actrice », parce que le courant ne passait pas. Assoiffé d’expériences nouvelles, Christophe Lidon en est arrivé à diriger le CADO, l’an dernier, afin de « s’ouvrir l’horizon et d’avoir le plaisir de déborder ». Son objectif est ici « d’aller déranger les jeunes générations » tout en maintenant un socle de fidèles de longue date. De Paris à Orléans, son emploi du temps chargé ne laisse pas beaucoup de place à l’improvisation, mais ce « meneur d’hommes » refuse de se plaindre. « C’est vrai qu’accueillir Dussollier, c’est d’un chiant… ! », plaisantait-il, le jour de la première de Novecento, en janvier dernier. Décontracté, charmeur, Christophe Lidon vit (de) sa passion au jour le jour. Sans volonté de s’accrocher à son poste. « Je déteste les dinosaures », lâche-t-il ainsi, au pays des monstres sacrés.

 

SA TIRADE PRÉFÉRÉE
« Que le jour commence et que le jour finisse / Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice / Sans que de tout le jour je puisse voir Titus ? » (Bérénice, Racine)

SES COMÉDIENS FÉTICHES
« Claude Brasseur et Danièle Lebrun. J’ai avec eux des affinités sélectives, j’ai l’impression que je fais partie de leur famille. C’est chromosomique… »

LA FEMME DE SA VIE
« La prochaine actrice avec qui je travaillerai… »

SA PREMIÈRE ÉMOTION THÉÂTRALE
« Isabelle Adjani, dans Ondine, à la ComédieFrançaise. Je ne l’ai jamais rencontrée, j’ai voulu la laisser dans ce souvenir ouaté. Elle était incroyable, et moi j’étais comme Panpan devant Bambi, si vous voyez l’image… »

UNE PASSION ?
« J’aime beaucoup l’architecture, les maisons, le travail de l’espace »

Une adresse  à Orléans ?
« La crêperie  Jane A, rue Croix de Malte. Absolument géniale ! »