CORPS DE FEMMES – Le corps : 
terrain de « Je »

tatouage

Un Français sur 10 déclare avoir un tatouage sur le corps. Petit mensonge sur un gros dessin, peut-être ? Quoi qu’il en soit, autour de nous, de plus en plus de femmes sont tatouées ou percées. Plaisir égoïste, message rebelle ou projet artistique ?

Les histoires commencent souvent de la même façon : l’adolescence, un message, une envie, et puis nous voilà tatouées et/ou percées à vie. « J’avais 16 ans lorsque j’ai fait faire mon premier tatouage… C’était une petite gargouille : un coup de tête ! » 16 ans, c’est aussi l’âge de la première fois pour Pénélope. « Je voulais suivre la mode, faire “ma grande”. Chez un tatoueur, j’ai fait faire un signe tribal entre les deux omoplates, ce qui ne représente rien. Trois mois après, je faisais faire un piercing ; je trouvais ça sexy ! » Et pour Pierre Simon, psychothérapeute à Orléans, ces deux histoires ne sont pas des exceptions, loin de là. « Ce n’est pas nécessairement un acte de rébellion, c’est avant tout pour faire comme dans les magazines et comme les autres. Les jeunes y sont simplement plus sensibles. »

Plus qu’un tatouage, un projet

Depuis, vingt années ont passé et Ingrid en rigole presque. Rien à voir donc avec ce qu’elle porte depuis quelques semaines ; un dessin très travaillé « old school » qui recouvre un quart de son dos. Impressionnant peut-être, mais cette fois-ci, la créatrice de bijou a bien réfléchi. « J’ai cogité pendant longtemps ; j’avais trop peur de regretter, c’est irréversible quand même ! » Et il y a une différence entre un petit « tatoo » pour fêter ses 16 ans et imaginer une œuvre d’art sur son corps. « C’est l’histoire d’une vie ; chaque dessin a un message, une symbolique. Il y a de tout dans le mien : mes origines, mes codes, les personnes auxquelles je tiens, des symboles de vie, d’amour, de passion… » Alors, pour qu’il corresponde parfaitement à ce qu’elle voulait et à sa personnalité, Ingrid a longtemps travaillé sur son tatouage. « Je l’ai dessiné d’abord et puis, une fois sûre de moi, j’ai cherché un tatoueur qui corresponde au style burlesque, pin-up, que je voulais. Puis il y a eu de longues discussions, il l’a affiné de son côté, pour que ce soit réalisable. La confiance s’est installée et on est tombé d’accord. » Sur les couleurs, pour lesquelles Ingrid a affirmé ses envies, sur les traits fins aussi. La jeune femme étant très féminine, elle ne souhaitait pas « de pâtés ». Elle reconnaît que c’est une question de goût et d’esthétisme : « Pour moi, les tatouages trop gros au dessin épais représentent une agression. Il faut que ça reste joli. »

Mon tatouage et les autres

De son côté, Pénélope ne s’est pas lancée sur un tel projet depuis ses premiers pas. Elle a préféré en faire un autre, petit, sur la cheville, et en envisage un troisième. Mais pour Ingrid, tout dépendrait de notre personnalité mais également de notre appartenance sociale. « Tout le monde se fait tatouer : les avocats, les médecins, les stars, les ouvriers… Mais chaque catégorie a son style ; les tatouages old school, burlesques, se font beaucoup dans mon milieu. » Un avis qui confirme les propos du psychothérapeute Pierre Simon : « Ce n’est pas nécessairement pour se démarquer mais plutôt pour se conformer à un groupe. »

Et si elle devait donner des conseils aux jeunes filles d’aujourd’hui, Ingrid assure qu’il vaut mieux attendre d’être mûre et sûre. « Il s’agit vraiment de porter le tatouage sur soi et en soi. Ça n’est pas un vêtement qu’on peut retirer si ça ne va pas. Ça ne doit pas être un effet de mode. » Pénélope, de son côté, est aujourd’hui infirmière. A 24 ans, elle a retiré ses piercings. Mais elle ne regrette rien : « Ça sera un truc à raconter aux futurs enfants ! »