David Gavand tourne rond

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Connu comme le loup blanc dans le milieu musical orléanais, David « Pouet » Gavand, 34 ans, a ajouté une corde à son arc en ouvrant l’Atelier du vinyle, spécialement dévolu aux groupes et artistes désireux de graver un nombre limité de « galettes ».
Sébastien Drouet

 

Enterré à l’arrivée du CD, le vinyle est pourtant de retour dans les bacs des disquaires. Pas uniquement chez ceux qui rachètent les vieilles collections ; les artistes actuels ont pris l’habitude de produire (en petites quantités) des 33 tours comme jadis, si bien que pratiquement toutes les nouveautés sont disponibles en version dématérialisée et en CD, certes, mais aussi en vinyle. « À vrai dire, ce dernier n’a jamais vraiment disparu, intervient David Gavand. Dans les milieux undergrounds, il a toujours continué d’exister, même s’il se vendait moins. Mais il est vrai que commercialement, il y a un regain mondial. Le CD est un produit, le vinyle est un objet, comme un livre sur la bibliothèque. C’est beau, c’est visuel, il y a tout ce côté vintage qui revient fort. » Le 1er octobre, David a ouvert l’Atelier du vinyle, spécialisé dans le « cutting », c’est-à-dire qu’il réalise un petit nombre de disques, suffisamment pour démarcher des producteurs ou des lieux de concert, mais pas trop pour ne pas se retrouver avec un carton de 300 disques dont on ne sait que faire – ce qui arrive quand on commande chez les industriels. « Chaque disque que je crée est une matrice. Alors qu’avec le pressage industriel, on démultiplie une même matrice. » Une idée née il y a deux ans d’un besoin ressenti par Boris Viande, groupe dans lequel David manie la guitare. Comme il n’existait pas de structure pouvant répondre à sa requête spécifique, notre homme s’est penché sur la question, au point de trouver en Allemagne l’inventeur d’une machine unique au monde capable de sortir matrice après matrice. « Après un an de discussions – car cette personne est très exigeante – je suis parti là-bas pour être formé sur cette machine, dont j’ai acheté un modèle (nous sommes moins de dix en France à en posséder un). Je suis revenu et j’ai sorti le premier album de mon groupe à 50 exemplaires. » « Exemplaires » dans tous les sens du terme, puisque le procédé, artisanal, a rapidement suscité la curiosité d’autres groupes. Les groupes, justement, sont ciblés, mais pas eux seulement : les particuliers aussi peuvent être intéressés. Et ce, quel que soit leur style. Bien qu’adepte du Powerviolence (punk très rapide), le maître ès vinyle ne réserve pas son savoir-faire qu’à son seul domaine !

latelier.du.vinyle@gmail.com

Sur Facebook : L’Atelier du vinyle
(page en construction, ainsi que le site web)

 

Bio express
23/06/1984 : naissance à Neuville-aux-Bois
1996 : début de la pratique guitare et batterie
1999 : premier groupe de musique punk, premier concert en tant que musicien/chant
2000-2013 : guitariste/bassiste/batteur/chanteur dans différents groupes, organisation de concerts
2015 : première des trois tournées européennes avec Boris Viande
2017 : formation en Allemagne à la fabrication artisanale de disques vinyles
01/10/2018 : ouverture de l’Atelier du vinyle

 

Le sillon, un bon filon ?
Le disque, à la base, est lisse. Avec sa machine, David va creuser les sillons à partir de la maquette fournie par l’artiste sur DAT, CD, ou fichier web (maquette qui n’est pas faite à l’Atelier du vinyle ; celui-ci n’est pas un studio d’enregistrement). Le prix ? Il varie selon la durée, le format, etc. Un disque, à l’unité, peut coûter 4,50 à 15 €. La pochette est conçue sur place, mais réalisée en imprimerie.

 

Participatif
La demande était là, ne manquait plus qu’à trouver les finances (10 000 €). « J’ai lancé une participation sur Ulule, indique David, qui m’a permis de récolter 5 000 € grâce à une centaine de contributeurs d’Orléans et de la France entière. Avec mon apport personnel, j’ai pu démarrer mon activité. » Chez lui, dans le quartier Bourgogne, dans une pièce de 20 m2 remplie de matériel (la fameuse machine, baptisée Vinyl recorder T-560, mais aussi les amplis, égaliseurs, etc.).

 

Le come-back
En France, le retour commercial du vinyle est une réalité. L’an dernier, il s’en est vendu près de 3,2 millions (neufs), soit 4 fois plus qu’il y a cinq ans. Entre 2016 et 2017, les ventes ont progressé de 72 % ! Et 145 000 modèles de platines se sont écoulés en 2017.