Davy Masson : C’est qui ce touriste ?

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L’habit ne fait pas le moine : son look un peu grunge ne dit pas tout de ce trentenaire en passe de dépoussiérer la stratégie touristique du département du Loiret. Benjamin Vasset

On irait volontiers boire deux-trois bières avec lui un vendredi soir dans la rue de Bourgogne. Cheveux en pétard et tutoiement instantané, Davy Masson a tout du bon pote un peu zébré. Chez lui, entre deux anglicismes, tout va à 2 000 à l’heure. Il a le débit facile, mais ne parle pas pour ne rien dire. « Je ne suis pas un génie », glisse-t-il pourtant, à l’heure d’évoquer le redéploiement de l’Agence de Développement et de Réservation Touristiques du Loiret (ADRT), dont il est le directeur depuis presque deux ans. Une machine à plus d’1,3 M⇔ de budget annuel, à laquelle il a insufflé des objectifs ambitieux. « L’argent public doit être bien utilisé », lance-t-il comme une évidence que certains oublient parfois… « On n’est pas là pour parler du territoire, on est là pour le vendre ! » Sa démarche « over-agressive » a certainement dû en défriser plus d’un, mais le député Claude de Ganay (LR), qui est aussi le président de l’ADRT, s’est laissé convaincre par sa vision et son « plan de phasage ». Davy Masson a des idées et s’est toujours donné les moyens de les mettre en pratique, aussi bien professionnellement qu’artistiquement : musicien un temps contrarié par le fonctionnement du milieu, il se lança ainsi, à la fin des années 2000, un pari qui réussit au-delà de ses espérances : « Pondre un tube avec tous les codes commerciaux de la pop à minettes. » Son groupe s’appelait Oh Dear Vegas et marcha tellement bien qu’il partit pendant plus de six mois en tournée aux États-Unis. « L’idée, c’était de créer un pur produit marketing, reconnaît-il. On n’avait absolument aucun ego là-dedans, on voulait juste passer un bon moment. » Dévoreur d’expériences, il revint ensuite à Orléans, chez « maman », où il eut le choix entre deux propositions : soit serveur dans un bar, soit… l’ADRT. Déjà référencé dans le monde institutionnel – il fut, en 2009, chargé de mission pour l’agence touristique du Calvados –, il dit aujourd’hui mettre à profit ce que lui a appris un certain Hervé Nakache. « Un juif qui vendait des spas de luxe à Paris, un vrai dieu du marketing ! J’ai bossé avec lui pendant deux ans et demi. » Là-bas renforça-t-il sans doute un sens inné pour la tchatche, la démerde et la solution juste. « Je ne lâche jamais, je suis comme un pitbull », convainc d’ailleurs ce chien fou beaucoup moins dingo qu’il n’en a l’air.

 

Bio express

10/01/1979 : naissance à Bondy (93)

1986 :  arrivée à Orléans

2013 : joue au Viper Room, à Los Angeles

2015 :  directeur de l’ADRT du Loiret

 

Petit caractère

« Je dors peu, je ne suis pas du matin et je bois beaucoup de café… Je n’aime pas trop qu’on me dise non, je le prends toujours un peu personnellement. Il faut dire que je m’emballe vite, c’est vrai… »

Tout seul

« J’ai grandi à Bondy, dans la cité Camille-Flammarion, et je suis arrivé à La Source à 7 ans. J’ai quitté l’école en 4e parce que je voulais faire de la musique. Je n’ai tout appris que de façon purement autodidacte. Mais je ne suis pas fumiste, j’ai toujours énormément bossé. »

Lonesome cowboy…

« Avec Oh Dear Vegas, on a eu un parcours de fou, jusqu’à rencontrer le producteur d’Eminem aux États-Unis ! Aujourd’hui, je collabore encore musicalement avec deux labels, mais sans rien attendre de particulier. Je fais de la musique que j’ai envie d’entendre, avec plein de codes, de l’indé jusqu’au commercial.
Je ne réfléchis pas. »

Mine d’or

« OK, le Loiret n’a pas la tour Eiffel, mais je dis souvent aux élus qu’avec le tourisme fluvial, ils ont les pyramides de Gizeh ! Ce territoire, il faut inciter les gens à y rester, construire un maillage fort. J’appelle ça un “banc de poissons”. Et ces acteurs, il faut les rencontrer, être sur le terrain, descendre d’un étage. »