De la fessée au coup de poing

E25

« Une fessée n’a jamais tué personne ! » Une seule, non. Mais répété, et de manière de plus en plus violente, ce geste peut en entraîner d’autres, plus graves. De la petite tape administrée par des parents débordés aux actes délictueux, où finit l’autorité, et où commence la maltraitance ?
Sébastien Drouet

 

Le 14 mars 2016, la dernière grande loi sur la protection de l’enfance était votée en France. Complétant celle de 2007, elle aurait dû être suivie, dès ce début d’année, par l’application d’un nouveau grand texte voté le 22 décembre dernier, mais retoqué par le Conseil constitutionnel pour un problème de forme, et donc repoussé, sinon aux calendes grecques, du moins à une échéance ultérieure… qui risque d’être assez lointaine. L’article visait à réduire les violences envers les enfants, en interdisant « tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours aux violences corporelles ». En clair, selon l’Observatoire de la violence éducative ordinaire (OVEO), cela signifiait qu’étaient prohibés tous les actes de violence, qu’elle soit verbale et psychologique (crier, injurier, se moquer, humilier, mentir, menacer, culpabiliser, rejeter, chantage affectif…), mais aussi physique (gifler, fesser, pincer, tirer les oreilles ou les cheveux, donner des coups de pied, secouer, saisir brutalement, bousculer, pousser, contraindre l’enfant dans une position inconfortable, le priver de nourriture…).

Un geste violent et humiliant 

La fessée – qui fait beaucoup parler, car qui n’en a jamais reçue étant enfant ? – n’est donc pas encore interdite en France, contrairement à la Suède, l’Italie ou l’Espagne… « Interdire la fessée s’inscrirait dans une volonté d’éducation sans violence avec la conviction qu’il est possible d’exercer son autorité éducative, son autorité parentale, sans l’usage de la violence physique, déclare Christine Léon-Guérin, psychologue clinicienne à Orléans. Je trouve qu’une fessée est un geste violent qui peut même devenir humiliant. Mais chaque parent peut être amené un jour à donner une fessée qui, isolément, ne veut pas dire qu’il y ait un contexte de maltraitance. » Attention cependant : répété, le geste peut entraîner les parents dans une spirale destructrice. « Beaucoup sont amenés à donner des fessées lorsqu’ils sont trop fatigués, trop débordés, analyse la spécialiste. Ils regrettent et se sentent coupables de ne pas avoir su gérer la situation avec plus de contrôle. Pour éviter toute forme de violence, il ne s’agit pas de culpabiliser les parents, mais de les sensibiliser à la communication non violente, de faire de la psycho-éducation sur les risques de traumatisation engendrés par les gestes et mots violents, de convaincre que l’autorité parentale se fait mieux dans un contexte d’attachement secure – le parent est capable de s’apaiser et d’apaiser l’enfant – que dans un contexte d’attachement insecure, anxieux, la colère de l’enfant et celle du parent évoluant alors dangereusement. »

Mineurs en danger 

C’est là, quand cette évolution prend un tour malsain, que nous pouvons commencer à parler de maltraitance. Et c’est là, dans le domaine de la protection de l’enfance, qu’intervient le Conseil départemental. Chaque département possède une cellule centralisée de recueil, de traitement et d’évaluation des informations préoccupantes (CRIP), ces dernières provenant d’une multitude de sources : enseignants, éducateurs sportifs, membres de la famille, médecins, police et gendarmerie, hôpitaux, mairies, mais aussi particuliers, via le 119 (« Allô enfance en danger »), un numéro national. L’an dernier, la CRIP du Loiret a enregistré 2 226 « informations préoccupantes ».

Il s’agit ensuite d’évaluer le risque pour le mineur, un travail effectué par une équipe pluridisciplinaire. Fort de ces renseignements, le président du Conseil départemental prend alors une décision : arrêter là la procédure, préconiser des actions éducatives en milieu ouvert, intervenir dans les familles, ou faire un signalement auprès du procureur. « Nous poursuivons deux buts, déclare Alexandrine Leclerc, vice-présidente du Conseil départemental, présidente de la Commission de l’Enfance, des Personnes âgées et du Handicap : faire cesser le danger le plus rapidement possible, et faire en sorte que les autorités administratives et judiciaires puissent exercer leurs missions et mener l’enquête. »

Au vu des éléments, l’enfant peut être retiré de son lieu de vie : à Orléans, en cas d’urgence, il peut être accueilli dans la Maison de l’Enfance, une structure associative subventionnée par le Département, qui reçoit actuellement 41 mineurs pour une durée théorique de six mois chacun. Ou bien il est placé sous protection dans l’une des six Maison d’Enfants à Caractère Social (MECS) du Loiret.

Retour au foyer… quand c’est possible

Prenons garde toutefois à ne pas tout mélanger : la notion de danger ne signifie pas forcément maltraitance physique. Parfois, les parents sont simplement incapables de s’occuper de leurs enfants, pour différentes raisons – solitude, problèmes de santé, d’addictions ou autres – sans pour autant leur taper dessus.

Et après ? « Les situations sont très variables, selon Alexandrine Leclerc. L’objectif est de conserver le lien parental et qu’à terme, les enfants soient pris en charge par leurs parents. C’est ce qui se passe dans la majorité des cas, avec un suivi car on le les lâche pas comme ça. » Mais, et c’est terrible à dire, on remarque de plus en plus de cas de mineurs atteints de handicap mental se trouvant dans l’impossibilité de revenir dans leur foyer, ni même dans celui d’un autre parent. Pour eux, comme pour les autres « délaissés », pas d’autre voie : c’est le Conseil départemental qui les prend sous sa tutelle.

Il s’agit ensuite d’évaluer le risque pour le mineur, un travail effectué par une équipe pluridisciplinaire. Fort de ces renseignements, le président du Conseil départemental prend alors une décision : arrêter là la procédure, préconiser des actions éducatives en milieu ouvert, intervenir dans les familles, ou faire un signalement auprès du procureur. « Nous poursuivons deux buts, déclare Alexandrine Leclerc, vice-présidente du Conseil départemental, présidente de la Commission de l’Enfance, des Personnes âgées et du Handicap : faire cesser le danger le plus rapidement possible, et faire en sorte que les autorités administratives et judiciaires puissent exercer leurs missions et mener l’enquête. »

Au vu des éléments, l’enfant peut être retiré de son lieu de vie : à Orléans, en cas d’urgence, il peut être accueilli dans la Maison de l’Enfance, une structure associative subventionnée par le Département, qui reçoit actuellement 41 mineurs pour une durée théorique de six mois chacun. Ou bien il est placé sous protection dans l’une des six Maisons d’Enfants à Caractère Social (MECS) du Loiret.

Retour au foyer… quand c’est possible

Prenons garde toutefois à ne pas tout mélanger : la notion de danger ne signifie pas forcément maltraitance physique. Parfois, les parents sont simplement incapables de s’occuper de leurs enfants, pour différentes raisons – solitude, problèmes de santé, d’addictions ou autres – sans pour autant leur taper dessus.

Et après ? « Les situations sont très variables, selon Alexandrine Leclerc. L’objectif est de conserver le lien parental et qu’à terme, les enfants soient pris en charge par leurs parents. C’est ce qui se passe dans la majorité des cas, avec un suivi car on le les lâche pas comme ça. » Mais, et c’est terrible à dire, on remarque de plus en plus de cas de mineurs atteints de handicap mental se trouvant dans l’impossibilité de revenir dans leur foyer, ni même dans celui d’un autre parent. Pour eux, comme pour les autres « délaissés », pas d’autre voie : c’est le Conseil départemental qui les prend alors sous sa tutelle.

 

Le Département du Loiret recrute des familles d’accueil

Éloigné de son lieu de vie habituel, l’enfant en danger peut rejoint en urgence la Maison de l’Enfance, ou bien une Maison d’Enfants à Caractère Social.
Ce n’est pas tout. « En fonction de son comportement, il peut aussi aller dans une famille d’accueil », ajoute Alexandrine Leclerc, qui en profite pour lancer
un appel : le Département manque de familles (rémunérées, rappelons-le). On assiste en effet à un vieillissement des assistants familiaux. Mais on remarque aussi une disparité : les familles d’accueil sont plus nombreuses dans l’est du Loiret que dans l’ouest. Et elles sont quasiment absentes de la zone urbaine,
où les jeunes vont plutôt dans les structures mentionnées plus haut.

www.loiret.fr