Demain tous allergiques ?

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Avec les beaux jours sont arrivés les pollens de graminées (chiendent, dactyle, céréales…), après les pollens d’arbres et avant ceux d’herbacées (avec un véritable fléau nommé ambroisie). Bref, pas de répit pour les allergiques. Surtout qu’il n’y a pas que les pollens qui causent des dégâts… Sébastien Drouet

 

À ce niveau-là, on parle d’épidémie. Car c’en est une qui est en train de s’abattre sur les pays industrialisés, où déjà une personne sur trois est affectée par une allergie. D’ici 2050, prévoit l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la moitié de la population occidentale souffrira d’allergies respiratoires, alimentaires, professionnelles, médicamenteuses…

Le rhume des foins, autrement dit, de manière moins poétique, la rhinite allergique, fait éternuer 30 % des Français âgés de plus de 15 ans (3,8 % seulement en 1968) ! Avec le vent qui disperse les pollens, pas moyen d’y couper : réchauffement climatique aidant – certaines plantes colonisent des territoires qui ne leur étaient pas favorables autrefois –, leur quantité dans les villes n’a cessé de grimper ces trente dernières années, tandis que la période de pollinisation a doublé. Résultat des courses : on est allergique plus longtemps. Mais il n’y a pas que les pollens, bien sûr. D’ailleurs, rien n’empêche d’être allergique à différents allergènes. Mais d’abord, pourquoi est-on allergique ?

Une réaction « anormale »

Notre système immunitaire se défend contre les bactéries ou les virus. Mais parfois, pour différentes raisons que nous exposerons plus loin, il lui arrive de se mettre en marche de travers. C’est le cas quand il perçoit comme dangereuses des substances qui a priori ne le sont pas pour le corps, entraînant une « réaction anormale, excessive et différente » (ce que signifie le mot « allergie » en grec) qui touche la personne allergique lorsqu’elle est en présence d’un allergène. Lors d’un premier contact, par voie respiratoire, cutanée ou digestive, l’allergène franchit les barrières de protection de l’organisme ; ce dernier va donc fabriquer des anticorps spécifiques à cet allergène. Mais les manifestations allergiques apparaîtront lors de la deuxième exposition : les anticorps vont alors stimuler d’autres cellules, qui vont en libérer d’autres, responsables des symptômes. Dès lors, à chaque contact, les anticorps fabriqués lors de la phase de sensibilisation provoqueront une réaction allergique inflammatoire en cascade. « Si la réaction allergique se déclenche uniquement pendant certaines saisons, c’est souvent une allergie saisonnière, comme l’allergie aux pollens. Si la maladie est active toute l’année, on parle d’allergie perannuelle, c’est le cas des allergies aux acariens », lit-on sur le site jesuisallergique.fr. « L’allergie peut débuter à tout âge, prévient l’Association française pour la Prévention des Allergies (AFPRAL). Un nouveau-né ou un très jeune enfant peut être allergique. Les symptômes peuvent apparaître dès la naissance. Ils peuvent aussi apparaître à l’âge adulte. Cependant, elle est plus fréquente chez l’enfant. » Certaines personnes sont génétiquement prédisposées à manifester de l’allergie et ce, dès la toute petite enfance ; on dit qu’ils sont atopiques. Si les deux parents sont allergiques, il y a 80 % de risques pour l’enfant d’être allergique. Si un seul l’est, le risque descend à 50 %. Mais, si aucun des parents n’est allergique, cela n’empêchera pas un enfant de développer d’éventuelles allergies… Les manifestations sont l’asthme (300 millions d’asthmatiques dans le monde !), l’eczéma, les éternuements, etc. jusqu’au choc anaphylactique, une allergie exacerbée qui peut entraîner, ni plus ni moins, la mort.

Bienvenue à la ferme

Les principaux allergènes sont connus : acariens (minuscules arachnides qui adorent l’humidité et la chaleur ; en fait, ce sont leurs déjections et leurs cadavres qui provoquent des réactions), pollens (en trois temps), blattes, moisissures, animaux, latex, guêpes (abeilles, frelons), moustiques, aliments (il existe plus de 150 aliments allergisants, les plus communs, chez les enfants de moins de 15 ans, étant l’œuf, l’arachide, le lait de vache, le poisson, la moutarde), médicaments… Mais tout cela existait autrefois. Pourquoi les allergies ont-elles explosé dans la deuxième moitié du siècle dernier, et progressent-elles encore de façon stupéfiante ? Le Dr Pierrick Hordé, le Dr Isabelle Bossé, et
Guy Hugnet, auteurs du Livre noir des allergies, avancent plusieurs raisons, à commencer par l’effet ferme d’antan. Eh oui ! Autrefois, les microbes présents dans les étables, les débris végétaux, le lait cru, stimulaient le système immunitaire des enfants et les protégeaient contre les allergies. Alors qu’aujourd’hui, on enferme les petits dans des locaux surchauffés, on les gave d’antibiotiques et on les éloigne à tout prix des microbes. Dans ces conditions, le système immunitaire ne peut pas se renforcer. Sans évidemment remettre en cause les mesures d’hygiène qui nous ont sauvés des maladies mortelles, il faudrait reconnaître nos alliés parmi les microbes, distinguer les bons des mauvais. Alors, oui aux antibiotiques, mais à bon escient. Car s’ils nous protègent des maladies graves, ils causent aussi, avec les vaccins, une déstabilisation du système immunitaire qui se met à lutter contre des éléments inoffensifs. Sans compter l’arrivée de nouveaux allergènes et celle de nouvelles habitudes de vie, qui ont pris nos organismes de cours.

Ennemis invisibles

C’est difficile à croire, mais c’est pourtant la réalité : plus nocive que la pollution extérieure, il y a la pollution intérieure. Les habitations de mieux en mieux isolées, de moins en moins ventilées, de plus en plus petites et de plus en plus chauffées sont de véritables nids à acariens, sans compter la présence en nombre chez nous de nos amis à quatre pattes (dans un foyer sur deux). À cela, ajoutons les nouvelles habitudes alimentaires, avec de plus en plus de menus étrangers, exotiques, et de surgelés, de conserves, tout cela bourré de nouvelles protéines.

Mais poursuivons sur la pollution intérieure, et zoomons sur un ennemi nommé « Formaldéhyde ». Si le dioxyde de carbone que l’on respire à l’extérieur est facteur d’allergies, ce gaz-là l’est lui aussi. Irritant, allergisant, il s’infiltre partout. Où le trouve-t-on ? Dans les bois agglomérés, les colles synthétiques, les peintures, les fumées d’encens ou de cigarettes, les lingettes… Partout ! 

Et il est classé cancérigène… Certes, des mesures contre les produits volatils en général ont été décidées, mais elles ont un train de retard et prendront de toute façon des années avant d’être suivies d’effets (en étant très optimiste). Alors, que faire contre ces ennemis invisibles ?

De l’air !

Avant, ou en plus, de foncer chez l’allergologue se faire désensibiliser ou administrer un traitement antihistaminique à vie, voici quelques précautions à prendre :

 – Utiliser en priorité des produits labellisés et approuvés Haute Qualité Environnementale pour Allergiques (HQE-A)

 – Utiliser des housses anti-acariens, à l’efficacité reconnue

 – Aérer les pièces pendant 20 mn avant 9h ou après 20h

 – Enlever les moquettes, rideaux, et tout ce qui peut retenir les poussières

 – Ne pas trop chauffer, juste assez, notamment pour éviter qu’il y ait de l’humidité dans les pièces

 – Éviter les plantes vertes en trop grand nombre et celles qu’il faut arroser trop souvent

 – Limiter le nombre de produits ménagers, et surtout aérer quand on les utilise

 – Éviter les désodorisants bourrés de produits allergènes

 – À la place des lingettes parfumées, utiliser un chiffon légèrement humide 

 – Actionner la VMC 

Et les animaux domestiques ? On leur interdira l’accès aux chambres, on les brossera dehors s’il faut les brosser, on installera la litière sur le balcon ou dans le jardin si c’est possible (sinon, quelque part dans la cuisine), on aérera un maximum, et on passera sans cesse l’aspirateur ! Une chose à savoir : les animaux non-allergisants n’existent pas…

Et, si les symptômes persistent, comme dit la pub, consultez un médecin, voire un spécialiste… si vous en trouvez un : les allergologues sont peu nombreux alors que les allergies sont considérées comme des maladies à part entière.  

 

 

Au secours, les pollens reviennent !
Il faut les voir la goutte au nez, éternuant en rafales, se raclant la gorge… Chaque année à la belle saison, les allergiques au pollen sont en souffrance, l’objet de leur martyr, transporté par le vent, ayant recouvert la région. En France, plusieurs millions de personnes sont touchées (30 % des plus de 15 ans, 20 % des 9-14 ans), en campagne, en ville où l’on pourrait remplacer les cyprès, thuyas, bouleaux, aulnes, noisetiers, chênes, châtaigniers, peupliers, saules, platanes et frênes malades ou morts par des essences non-allergisantes. Mais les arbres les plus sains ne sont pas les plus esthétiques, voilà pourquoi cette solution de bon sens est loin d’être appliquée partout…

 

Le sans gluten ? Inutile !
Le gluten est la fraction protéique insoluble des graines de céréales. S’en passer signifie se passer de pain, pâtes, pizzas… Depuis 7 ou 8 ans, le « sans gluten » est un marché florissant : des millions de personnes de par le monde se sentent intolérantes au gluten et au lactose, car étrangement les deux vont de pair. En fait, seul 1 % de la population est réellement intolérant au gluten, quand bien même on ne se risquera pas à parler d’allergie. Les autres, qui cèdent à ce qui n’est ni plus ni moins qu’une mode, s’exposent à des carences en vitamines et en fibres. Est-ce que cela vaut vraiment le coup ?