Drôle de rencontre : Les heureux « hasards » de Marie-Claire et Adrian

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Une rencontre improbable
Eté 1971 : avec ses premières économies, Marie-Claire, jeune enseignante orléanaise, veut s’offrir un voyage en Irlande ou en Norvège, mais son budget ne lui permet pas. Ce sera Prague et la Roumanie. Son amie qui l’accompagne est curieuse, comme elle, de savoir ce qui se passe derrière le Rideau de Fer ! Ce voyage de groupe les conduit à Iasi, la capitale moldave (côté roumain).
Le groupe doit être pris en charge par un guide, qui se fait attendre. Quand il arrive, Marie-Claire lui dit sa façon de penser. « Le guide habituel était malade. Comme je parlais un peu français (grâce à ma mère et à San Antonio), on m’avait confié le groupe, mais je me suis perdu », raconte Adrian. Après quatre jours passés ensemble, leur idylle était née.
« Un mal apporte toujours un bien* »
L’hiver suivant, Marie-Claire décide de faire le voyage pour retrouver Adrian. En Hongrie, on la fait descendre du train avec d’autres Français. Il lui faut un permis pour transiter par ce pays : « Je me suis retrouvée dans un autre train pour Vienne. C’était un cauchemar, j’étais prête à rentrer, je trouvais cela trop compliqué. » Finalement, deux autres Françaises sont dans le même cas : « Elles m’ont convaincue de poursuivre le voyage. »
« Quand j’ai vu qu’elle n’était pas à la gare, j’ai montré sa photo aux gens du train. Ils m’ont expliqué ce qui s’était passé en Hongrie. » Après deux jours de voyage, Marie-Claire est enfin arrivée à la gare de Bucarest, Adrian l’attend avec un bouquet de fleurs. L’année suivante, c’est Adrian qui fait le voyage en sens inverse, non sans mal. Pour sortir de son pays, il lui faut un visa, qu’il obtient après un premier refus. Quand ils décident de se marier, ils doivent patienter un an avant d’avoir l’accord de mariage de l’administration. « On pouvait faire la queue 4 heures pour des bouteilles de Pepsi ou faire 800 kilomètres en train pour acheter de la viande », se souvient-elle. Malgré les conditions de vie austères qu’offre la Roumanie de l’époque, Marie-Claire décide de s’installer avec Adrian à Iasi. « Il y avait beaucoup de solidarité, les gens ne vivaient pas les uns à côté des autres, mais ensemble. »
En 1978, après un long parcours semé d’embûches, Adrian obtient une bourse pour faire une thèse au BRGM. Le couple s’installe à Orléans avec sa fille, puis en 1981, ils rentrent à Bucarest. Ils connaîtront des moments très difficiles : « Notre couple intriguait les Roumains comme les Français ; on se demandait lequel de nous était espion, notre téléphone était sur écoute. » Ce sera l’arrivée de leur fils, puis vient la révolution de 1989. « Rien n’a été simple, mais on a toujours lutté ensemble. Aujourd’hui nos enfants sont enrichis par nos deux cultures. »
Cela fait vingt-six ans que Marie-Claire enseigne au Lycée français de Bucarest. Adrian travaille à Iasi, au quotidien 400 km les séparent et les rapprochent. Adrian partage son temps entre les deux villes. « J’accepte son désordre, quelques jours par semaine, c’est plus facile », dit Marie-Claire en souriant. l

Bio express
Ils sont mariés depuis quarante ans. Marie-Claire est orléanaise, elle enseigne au Lycée français de Bucarest. Adrian est roumain.  Ingénieur de formation, il est entrepreneur dans plusieurs pays d’Europe.