Elles ont 50 ans et vivent comme des trentenaires, qui sont les « quinquados » ?

e5

Inconnue il y a seulement vingt ans, la quinquado, véritable femme libérée, entend passer les trois ou quatre décennies qui lui restent à vivre autrement qu’à tricoter des napperons au coin de la cheminée !
Sébastien Drouet

On connaissait déjà les « adulescents » – ces adultes qui ne veulent pas grandir –, ou encore les « sexygénaires » qui n’ont pas l’âge de leurs artères. Voilà que l’institut de sondages IPSOS a récemment mis en évidence une nouvelle catégorie, celle des « quinquados » : des 45-55 ans, hommes ou femmes (mais plutôt des femmes), qui vivent comme des trentenaires. À elles, les joies de la colocation, les multiples soirées suivies d’afters, et les fringues piquées dans l’armoire de leurs grandes filles ! Car il est beaucoup question de partage dans tout cela. Ce n’est plus une génération contre l’autre, comme jadis, mais l’une avec l’autre.

Du temps pour elles

Urbaines, issues des CSP +, les quinquados vont voir des « potes », refusent les contraintes, fuient les voyages organisés au profit des plans totale impro (ou presque), postent pendant des heures leurs news sur Facebook. Si elles aiment se retrouver entre elles, elles ne forment pas pour autant une communauté cloisonnée. Elles se mêlent aux jeunes, vont dans les mêmes bars qu’eux, les mêmes boîtes, assistent aux mêmes concerts. Inimaginable il y a seulement vingt ans… S’agit-il d’immaturité ? Pas du tout. Les quinquados ne sont à la charge de personne, exercent au contraire des responsabilités avec sérieux. Elles en ont juste ras-le-bol des problèmes de boulot ou de placements rabâchés par les quinquas disons plus… orthodoxes. « Ce n’est certainement pas un signe d’immaturité, bien au contraire, affirme la psychologue Yveline Exbrayat. Le job est fait, et maintenant elles peuvent se consacrer enfin à elles. Je me demande si ce n’est pas le regard des hommes qui en fait un signe négatif, car il n’est jamais bon (pour les hommes) qu’une femme vive pour elle-même et soit autonome. »

Une vie plus longue

Jeunes physiquement, moralement, naturellement, sans artifices, les quinquados ne font pas exprès de l’être. Si les gens de 50 ans d’aujourd’hui en font quinze de moins, c’est grâce à l’allongement de la durée de vie : en un siècle, nous avons gagné 35 ans. Autrefois, la cinquantaine signait le début de la fin. Aujourd’hui, c’est le milieu de l’existence. Et on ne compte plus les personnes de 45-50 ans qui se lancent dans de nouvelles aventures, qu’elles soient professionnelles, amoureuses ou autres. « Toute l’énergie mise dans la famille est désormais disponible pour autre chose, poursuit Yveline Exbrayat. On peut alors investir un nouveau champ de vie : par exemple, un nouveau métier en professionnalisant un centre d’intérêt, ou développer une passion, l’afficher sur des blogs. Parfois, on devient quinquado de haute lutte, car pour changer de vie, il faut passer par une phase de crise, se déconstruire pour mieux se reconstruire, une période un peu dépressive, molle, creuse, triste, comme la page blanche avant la création. Certains appellent cela le “syndrome du nid vide”. Il faut trouver un autre moteur de vie, imaginer que l’on a le droit de se consacrer du temps sans culpabilité quand on a jusqu’ici toujours fait passer les autres avant soi. »

50 ans, l’âge des (encore) possibles…

À 50 ans, on peut débuter non pas une nouvelle vie, mais une autre manière de vivre sa vie. Il est alors temps de vivre pour soi, en se concentrant moins sur la famille ou sur le travail et la carrière. « C’est un temps où ce qui fait l’identité n’est plus le statut de mère ou le travail, mais plutôt la quête du sens et des sens. S’accorder plus de temps pour soi, pour se faire plaisir : le shopping, les cinés, le théâtre, mais aussi pour les loisirs santé, sport, yoga, méditation, et les sorties entre copines. On redevient une femme, et c’est ce côté que l’on peut aussi partager avec sa fille. » Où est le problème ? Tant qu’il y a le plaisir d’échanger, de faire du shopping ensemble… Un risque de perte d’autorité ? Le sociologue Serge Guérin démonte cette théorie d’une phrase : « Les enfants des quinquados n’ont pas huit ans, mais 25. Ce sont des adultes avec qui, tout en restant parents, on peut parler d’égal à égal. » La hache de guerre (entre générations) est enterrée.

 

Égocentrées, mais pas égoïstes !

Les quinquados ne veulent pas faire plus jeunes. Elles vivent l’âge qu’elles ont dans la tête, car l’âge du cœur n’est pas celui du corps ! « Ce sont souvent des femmes qui ont aidé leur mari à la maison et qui ont géré la famille et la carrière de leur époux comme des chefs d’entreprise, déclare Yveline Exbrayat. Elles ont toujours pris soin d’elles malgré le fait de rester à la maison. Elles ont toujours eu un rôle social de représentation et d’animation de soirée avec les collègues et chefs de leur mari. » Et si les hommes ont eu des réunions au bureau, ces femmes « de » ont joué un rôle invisible, mais très important, dans la reconnaissance du statut de leur mari. Ces dîners ont aussi été des temps de travail. Un autre style de réunion en quelque sorte. Mais c’est du passé tout cela ! Place pour elles à une nouvelle existence…

Passionnées par la mode et la déco, les quinquados ont une manière de vivre égocentrée, mais certainement pas égoïste. « Pour prendre soin des autres, il faut savoir prendre soin de soi, argumente notre spécialiste. Les quinquados se l’autorisent enfin, libérées des contraintes sociales et du regard des autres. Elles osent enfin être elles-mêmes. Une manière de se consacrer du temps à soi. Mais ce temps servira à nourrir le couple, s’il a résisté au temps, ou à la quête d’un nouvel amoureux. Là aussi, sans la contrainte du couple. »