Faut-il faire feu de tout poil ?

« Couvrez ce poil que je ne saurais voir » : depuis la fin du XXe siècle, rasage, épilation et dépilation du pubis font partie de nos vies. Gérard Zwang, chirurgien et sexologue, s’insurge contre ces pratiques dans son dernier livre, Touche pas à mon sexe ! Explications. 

La vérité sort-elle (vraiment) de la bouche des sexologues ? Un éminent représentant de cette corporation, Gérard Zwang, a récemment pris sa plume pour sabrer une « féminité qu’on assassine ». Merci de penser à nous ! Au milieu d’un vibrant plaidoyer contre les rectifications chirurgicales et les mutilations rituelles, celui qu’on nous présente comme le « doyen de la sexologie française » se livre à un confondant éloge des poils pubiens. Une partie de notre anatomie qu’il nomme, de façon extrêmement raffinée, « bosquet » ou « sous-bois ». Un peu plus, et il nous parlerait, la larme à l’œil, de la rosée du matin…

Le sexologue combat donc pour le « tous poils dehors ». Et pose cette question en creux : pourquoi, chez les hommes, la barbe est-elle à la mode, alors que chez les femmes, la tendance est à l’opération mont chauve ? Au-delà des convictions esthétiques et personnelles qui lui sont propres, Gérard Zwang explique : « L’épilation ramène à l’état de soumission qui est celui des fillettes impubères. » Les fantasmes de domination inconscients de nos chers mâles nous forceraient donc à jouer de la tondeuse et de la crème à épiler. Le rasoir comme preuve ultime d’une société patriarcale ? C’est ce que semble penser le sexologue.

Pour autant, nos ancêtres n’ont pas toujours présenté un pubis vierge de tout poil. À l’Antiquité, l’absence de toison était réservée aux femmes de la haute ; tandis que plus tard, les prostituées, pour des raisons d’hygiène, présentaient elles aussi un maillot complètement « clean ». Pour le sexologue, cette pratique est devenue universelle à la fin du XXe siècle. En cause : le maillot de bain brésilien.

 

L’inégalité faite poil

Vous avez bien lu. De par sa forme échancrée, celui-ci aurait incité les femmes à réduire progressivement leur espace vital pileux. La surface de peau réservée aux poils pubiens se serait réduite comme neige au soleil, en même temps que se développait l’idée fausse, selon le spécialiste, que le poil était sale. Se serait alors établi un « consensus anti-pileux » qui fit foi en plus de faire mode, de sorte qu’aujourd’hui, celle qui arborerait une « touffe » généreuse serait mise au ban de la société des mâles. Au passage, l’auteur pointe les dérèglements psychologiques que représente cette dictature du « glabre » chez les adolescentes, alors que « l’apparition de la pilosité signe l’approche de la maturité ». Pour Gérard Zwang, en somme, le poil pubien serait l’affirmation absolue de la féminité. On est d’accord : ça reste un peu sommaire. En revanche, on opine lorsqu’il explique que « le poil féminin, depuis quelques années, a suscité un très fructueux business ». Chez les filles, ce n’est pas demain qu’on va « raser gratis »…

 

A LIRE 

Touche pas à mon sexe ! Cette féminité qu’on assassine de Gérard Zwang, Editions Jean-Claude Gawsewitch