Femmes au pouvoir

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Grâce à la loi du 17 mai 2013, qui renforce la parité pour les élections municipales, intercommunales et départementales, il y aura peut-être un jour une femme maire à Orléans, ce qui n’est encore jamais arrivé. Pour ce faire, il suffirait de presque rien, un détail : figurer (de préférence) en tête de la liste gagnante… Cela aurait pu être le cas de Corinne Leveleux-Teixeira en 2014, mais elle n’a pas franchi le cap du premier tour. En revanche, depuis 2015, Orléans, dont le conseil municipal est composé à parité, compte, pour la première fois de son histoire, une « première adjointe », en la personne de Muriel Sauvegrain, également vice-présidente
d’Orléans Métropole.

À Orléans Métropole justement, si les têtes politiques sont très majoritairement masculines, de nombreuses femmes occupent des fonctions administratives clés. On note que les directions générales adjointes « Économie et Attractivité » et « Vie sociale et Citoyenneté » sont toutes deux dirigées par des femmes. Et au total, une majorité de femmes occupent des postes de cadre dans cette collectivité, très jeune au demeurant.

La parité, tout de même

Au niveau du Département, pas encore de présidente du Loiret à ce jour. Mais lors des élections départementales de mars 2015, le nouveau mode de scrutin s’est appliqué pour la première fois : deux conseillers départementaux ont été élus dans chaque canton au scrutin binominal à deux tours. Les candidats se sont présentés en binômes composés d’une femme et d’un homme. Le Loiret compte 21 cantons, soit 42 conseillers départementaux : 21 hommes et 21 femmes. Parmi les vice-présidents, il y a également 6 femmes et 6 hommes.

La Région, elle, a connu une présidente : en 1998, Lydie Gerbaud, la doyenne, a assuré en cette qualité l’intérim après la démission de Bernard Harang. Mais il n’y en a plus jamais eu depuis. Notons que l’exécutif est actuellement composé de 7 vice-présidents et 6 vice-présidentes, 4 conseillers et 4 conseillères.

Et à la préfecture ? Alors qu’en France les femmes occupent 61 % des emplois des trois fonctions publiques, elles sont sous-représentées dans les emplois supérieurs. En 2011, elles ne représentaient que 19 % des ambassadeurs, préfets, recteurs, etc. Il n’y a jamais eu de préfète du Loiret, ce qui n’est pas le cas, au hasard, de l’Indre-et-Loire…

Des cadres, mais pas ou peu de PDG

En France, 15 % seulement des chefs d’entreprise de 20 salariés ou plus sont des femmes. L’Orléanais ne déroge pas à cela. Il suffit de regarder la composition des équipes dirigeantes des plus grosses entreprises : Axéréal, John Deere, Mars PF France, Laiterie de Saint-Denis-de-l’Hôtel, PPG Distribution, Alliance Négoce, Caldeo… Sans parler du président, les équipes de direction sont en majorité, voire à 100 %, masculines (source : verif.com).

Cependant, à Orléans comme ailleurs, de grandes sociétés nationales favorisent l’égalité (et le font savoir), comme Orange (dont le directeur régional est toutefois un homme) ou Axa, qui a reçu la certification « Economic Dividends for Gender Equality » (EDGE), standard de référence pour évaluer les engagements des entreprises en matière d’égalité professionnelle hommes-femmes.

Chez Orange, si les agences du Loiret comptent 46 % de femmes dans leurs effectifs, elles sont 39 % parmi les cadres et managers, et 33 % dans les comités de direction.

Des chiffres en hausse d’année en année, tandis que le groupe a mis en place un accord, en janvier dernier, prévoyant des mesures de communication et de sensibilisation accrues, une correction salariale et une facilitation pour l’accès au niveau cadre par des dispositifs d’évaluation des potentiels neutres du point de vue du genre.

Un petit coup d’œil à la CCI : parmi les membres élus pour la mandature 2016-2021, on compte 24 hommes et 17 femmes. Le bureau est composé de 7 hommes et 3 femmes (une seule lors de la précédente mandature). Mais c’est encore un homme qui détient la présidence.

Les femmes au pouvoir ? Elles sont là…

Regardons du côté de la presse, un domaine très masculin en France en général, hormis la presse féminine, of course, et les télés ou radios publiques (cela dit, France Bleu Orléans est conduite par un directeur, un rédacteur en chef, un responsable des programmes et un responsable technique). Dans la presse écrite, la situation dans le pays est encore plus désavantageuse pour les femmes. Mais là, Orléans fait figure d’exception. Depuis décembre 2016, c’est Soizic Bouju qui préside La République du Centre, quotidien dont la rédaction en chef est assurée par un homme qui a pour adjointe une femme.

Le chef de la rédaction départementale est une autre femme (l’agence de Gien est dirigée par une femme, les agences d’Orléans, Pithiviers et Montargis par des hommes). « Sur un total de 44 journalistes, nous comptons 18 femmes », précise Magali Saint-Genès, adjointe du rédacteur en chef.

Après le quatrième pouvoir, intéressons-nous, pour finir, au pouvoir judiciaire. Last but not least… Jugez-en : le tribunal de grande instance est ainsi placé sous l’autorité d’une présidente, tandis que le procureur général de la cour d’appel est une procureure, que le premier président de cette même cour est une présidente, que c’est encore une femme qui préside la chambre d’application des peines et celle des intérêts civils, et une autre la chambre de l’instruction.
La justice à Orléans ? Au moins, en partie, une affaire de femmes !

 

 

À l’Université, le poids du passé
La présidence de l’université est exercée (depuis toujours) par un homme. Sur 19 membres de l’équipe de direction (dont le président), 5 seulement sont des femmes. Le Conseil académique de l’université d’Orléans est cependant présidé par Raphaëlle Bellando. Pourquoi n’y a-t-il pas de présidente de l’université en tant que telle ? « Les raisons tiennent déjà au poids du passé, nous répond Mme Bellando. Les femmes professeures (le vivier des présidents est plutôt le corps des professeurs même si la loi ne l’impose pas) sont encore rares même si leur poids ne cesse de croître. Du fait des règles de parité, elles sont maintenant très présentes dans les instances de gouvernance (conseils centraux) de l’université ou à la direction des laboratoires. Par contre, effectivement, il n’y a pas eu de présidente à l’université d’Orléans. Les raisons doivent être identiques à celles qui font que les femmes sont sous-représentées dans tous les lieux de pouvoir : elles tiennent aux préjugés-clichés de genre et au rôle présumé de chacun, qui restent tenaces. Ce qui entraîne une difficulté pour les autres à imaginer une femme en première ligne, et aussi, souvent, une difficulté pour les femmes elles-mêmes à s’imaginer à cette place. Les choses évoluent, mais cela prend du temps. »