Filial, amical ou platonique

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L’amour est pluriel, nous l’avons dit. Sous quelles formes se manifeste-t-il, hormis celle, « classique », que nous venons d’évoquer ?

• Amour fraternel ou sororal  

Selon Muriel Meynckens-Fourez*, la relation fraternelle est celle qui dure le plus longtemps dans la vie d’un être humain : « La fratrie est un laboratoire qui offre de nombreuses occasions de rivalités, de complémentarités, d’identifications et d’oppositions. Lieu d’amour et de haine, on peut y vivre des affects très différents, en reparler, se détester et s’unir aussi dans l’adversité. Comment comprendre que malgré tout ce que les  frères et sœurs peuvent se lancer à la figure, il n’y ait pas plus de ruptures ? »

• Amour filial 

On pourrait écrire un livre rien que sur ce thème – et cela a évidemment déjà été fait. Résumons, en nous concentrant sur l’aspect neurobiologique : les mécanismes neuronaux favorisent la vie à deux, en amoureux, pour affronter les aléas de l’existence, mais ils existent aussi entre deux autres catégories d’individus qui se lient pour assurer leur survie et leur descendance : la mère et son nouveau-né. Sans doute l’amour le plus fort qui puisse exister. D’ailleurs, les mères connaissent bien l’arrachement et la douleur physique causés
par la première séparation d’avec leur enfant…

• Amour purement sexuel 

« Faire l’amour », c’est schématiquement assurer l’acte sexuel, qui vise à se reproduire. Mais tous les couples qui font l’amour n’entretiennent pas forcément une relation durable avec pour objectif d’agrandir une famille ! Tout est affaire de câblage du cerveau, nous informe Lucy Vincent, et d’environnement : « L’homme entouré d’une population importante de femmes célibataires sera soumis à des stimuli qui le poussent à multiplier les rencontres amoureuses », contrairement à celui qui, vivant dans un endroit isolé, n’aura pas les mêmes tentations. Mais peut-on faire l’amour sans être amoureux ? Oui, et c’est encore et toujours une question de perpétuation de l’espèce humaine. S’il existe tant de comportements amoureux différents, c’est que la reproduction de l’espèce est un jeu à risques, et qu’il faut multiplier les chances d’y arriver en favorisant des stratégies variées.

• Amour platonique 

Tel qu’on le définit aujourd’hui, c’est l’amour désintéressé au point qu’il n’inclut pas de relation sexuelle entre les deux personnes, bien qu’elles se sentent fortement liées l’une à l’autre. Une intimité sans sexe peut convenir aux deux parties. Au fait, pourquoi « platonique » ? Parce que cette théorie est défendue par Platon…

• Amour amical 

« Parce que c’était lui, parce que c’était moi », écrivait Montaigne au sujet de La Boétie. « Nous nous cherchions avant que de nous être vus. » « Superbe déclaration d’amitié qui confine à l’amour, analyse notre neurobiologiste. La frontière entre amour et amitié est parfois poreuse : nous aimons tendrement, passionnément nos amis, nous avons peur pour eux, nous prenons soin d’eux, tentons de sécher leurs larmes. » Pour la psychanalyste Danièle Brun**, « l’amitié est un lien incomparable qui est fait d’amour. Que ce soit à la crèche ou à l’école, c’est le premier en dehors de la famille qui permet l’ouverture vers l’autre, la rencontre du bébé, de l’enfant, avec d’autres petits humains. » Selon Freud, pour qui nous sommes tous psychiquement bisexuels, « l’amitié repose sur une inhibition de la libido, elle-même narcissique. Nous la tournons vers nous-mêmes pour soutenir notre moi. Mais nous la tournons aussi vers les autres ». Dans le cas de l’amitié, son but sexuel est inhibé. Il est freiné, mais ne disparaît pas, d’où affection et tendresse pour l’ami(e)…

• Grand amour 

Lire l’interview plus loin.

• Amour de soi 

C’est le narcissisme, une admiration sans bornes pour sa personne, voire une fixation affective à soi-même. S’il est positif, et souhaitable, d’avoir une bonne image de soi, il y a des limites à ne pas franchir. Sinon, gare à la désorganisation psychique et à la dépression. Le comble est atteint avec la nouvelle mode de la sologamie, le fait de se marier… à soi-même ! « Vous n’avez plus de soucis à vous faire, vous n’attendez plus l’élu(e) car vous êtes l’élu(e) ; vous avez trouvé cette personne », déclarait récemment Sophie Tanner, première femme du Royaume-Uni
à s’être mariée avec elle-même.

*« Frères et sœurs : entre disputes et complicités, entre amour et haine » (www.cairn.info)

**Citée par Hélène Fresnel dans un article paru sur www.psychologie.com

 

À lire : Lucy Vincent,
L’amour de de A à XY, Odile Jacob