Franck Collin, la force zen

MZ Moser MZ Moser

Directeur sportif d’un tennis-club depuis 17 ans, Franck Collin vit aujourd’hui à Lacanau, il n’a pas de plan de carrière, il néglige son égo pour avancer sur le chemin qu’il a choisi et se veut transmetteur du lâcher-prise. Rencontre avec un être singulièrement zen.

 

Franck Collin, Bordelais pure souche, a suivi un chemin de vie qui ne correspondait pas aux valeurs familiales. « Élevé par un père chef d’entreprise, cartésien avant tout, je n’ai pas été en compréhension avec mes parents, mais aujourd’hui nos relations sont apaisées. » Cheveux longs mais attachés, barbe de trois jours et corps d’athlète, regard rieur, ce quinqua aux allures de quadra pose sa voix, il chuchote presque. Franck Collin semble vivre dans un profond calme intérieur qu’on aimerait contagieux. On ne l’imagine pas sortir de ses gonds, quelles que soient les circonstances. Ce n’est pas de la retenue, ni du contrôle, mais plutôt une zénitude qu’on aimerait atteindre… Quelle est sa recette ? Même s’il dit ne pas en avoir, la méditation, qu’il pratique au quotidien depuis plusieurs années, semble en être la clef de voûte. Non, Franck Collin n’est pas un gourou, il n’a pas rejoint de secte, ni sombré dans la dépression. Il s’intéresse à la préparation mentale des sportifs depuis vingt ans. « À l’époque ce n’était pas très connu, je faisais cela en autonomie, ce qui m’intéressait c’était le sportif qui perdait ses moyens le jour de la compétition alors qu’il était performant à l’entraînement. » Le directeur sportif a choisi une approche empirique avec ses élèves, nourrie de ses pratiques personnelles (yoga, méditation, retraites…). Il en a fait une méthodologie qui peut profi ter à tous les stressés de notre époque. Il travaille sur les bienfaits de la pleine conscience, pour atteindre la compréhension, qui est une démarche spirituelle. « Cela passe par l’expérience et l’assimilation. » À travers des exercices simples qui demandent une concentration physique – marche décomposée et lente, concentration sur les sons environnants ou simplement la respiration –, il vous invite à marcher les yeux fermés en concentrant votre attention sur l’un de vos sens. Peu importe la direction que vous prendrez et le chemin parcouru, c’est la concentration sur l’un de vos sens qui vous mènera au fameux lâcher-prise. À la découverte de soi-même C’est dans un club de tennis que Franck Collin met en place un coaching articulé autour de la méditation, de la sophrologie, des respirations conscientes, de l’éveil des sens. « La performance se niche dans le lâcher-prise, la perte de contrôle. S’abandonner à ce que l’on est permet de s’exprimer et d’être performant », explique t-il. La méthode consiste à travailler point par point pour assimiler les choses, puis pour les faire naturellement. Il dissocie mental et sensations qui sont en dualité – « le mental véhicule nos peurs et nos émotions » –, il nous invite à retrouver nos sensations et notre intuition étouffée par nos peurs. « Pour avancer il faut accepter et observer ses peurs, je mets mes élèves face à eux-mêmes, ce qui permet de se recentrer. » L’Occident a une pratique des mots et de la parole, c’est ce que disent les Indiens de nous, alors qu’il faut travailler sur son corps et son esprit : le blabla ne permet pas d’avancer. En compétition on n’est pas dans une projection mentale d’un résultat mais dans un processus de mise en place d’une réalisation personnelle. Comme si le sport ne devenait plus qu’un prétexte pour accéder à l’essentiel. Franck est avant tout dans la transmission d’une pratique. Il dit ne pas prendre de recul sur les choses, au contraire il préfère les absorber pour les dissoudre. Cette image illustre bien que la démarche que nécessite la méditation c’est l’acceptation, « l’idée n’est pas de combattre la réalité mais de l’accepter pour mieux la vivre ». On ne peut s’empêcher de penser à Shakespeare : « Ce que l’on ne peut éviter il faut l’embrasser. »

 

Bio express

Né à Bordeaux en 1962 • Diplôme de professeur de sport • Enseigne le tennis en Normandie • Intègre le club de tennis d’Olivet (Loiret) en 1997 puis devient le directeur sportif

Depuis deux ans, il se partage entre sa maison familiale de Lacanau pour se consacrer à la médiation et le club de tennis d’Olivet où il est présent en début et fi n de saison et en période de vacances scolaires.