Frédéric Foucher : « Tous Martiens ? »

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Il a à la fois les pieds sur terre et la tête dans les étoiles : docteur en physique, ingénieur de recherche, ce membre de l’équipe d’exobiologie du Centre de Biophysique Moléculaire (CBM) fait partie des scientifiques qui interviennent dans le projet ExoMars 2020.

Il a beau être clair et pédagogue, il faut s’accrocher quand on est un auditeur lambda pour comprendre tout ce que dit Frédéric Foucher. Car s’il s’exprime parfaitement, il évolue quotidiennement dans un univers d’un très très haut niveau scientifique et technique : docteur en physique, ingénieur de recherche, il œuvre au sein de l’équipe d’exobiologie du CBM, l’une des unités du CNRS à La Source, qui s’intéresse à l’apparition de la vie sur Terre, et à son existence en-dehors. Dans ce cadre, il est, avec son unité, en première ligne dans la mission martienne qui se prépare et qui met le monde scientifique en ébullition.

la vie sur Terre aurait pu être apportée par des météorites de Mars.

Deux mots d’explication, donnés par notre interlocuteur, s’imposent : sur Terre, l’analyse des roches et fossiles ne nous permet pas de remonter plus de 3,5 milliards d’années en arrière. Il manque 500 millions d’années pour toucher du doigt l’origine du vivant. Sachant que Mars a réuni les conditions (eau liquide en surface et matières carbonées) pour que la vie, à l’état microscopique, s’y soit développée à un moment donné, ce trou temporel pourrait être comblé par les découvertes de la mission ExoMars 2020*, au moyen d’un rover bourré d’appareils ultrasophistiqués. Avec, si l’on trouve des traces de vie et selon le résultat des observations, deux possibilités : soit deux planètes très proches, la Terre et Mars, ont eu de la vie indépendamment l’une de l’autre, ce qui démultiplierait les probabilités de vie extra-terrestre. Soit la vie sur Terre aurait pu être apportée par des météorites de Mars. Et dans ce cas, nous serions tous d’origine martienne !

Revenons sur Terre : dans quelle mesure l’équipe orléanaise intervient-elle dans cette aventure ? Frédéric explique : « À la fin des années 90, l’Agence spatiale européenne a fait appel à André Brack (créateur de l’équipe d’exobiologie au CBM), pour définir les missions de recherche de vie dans le système solaire, et sur Mars en particulier. À la suite de ce rapport, a été définie la mission russo-européenne ExoMars 2020 pour rechercher des traces de vie sur Mars. Nous allons forer jusqu’à deux mètres, collecter un échantillon qui sera analysé par un instrument appelé Clupi (Close-up Imager), une caméra d’imagerie rapprochée placée sous la co-responsabilité de Frances Westall, la directrice de notre équipe. » Équipe dont Frédéric est un rouage essentiel ! Pour l’heure, il faut s’entraîner ici, à Orléans, sur des échantillons, le but étant d’exploiter les images martiennes au maximum, 0,7 photo par jour pouvant être prise là-bas. C’est justement là, sur le traitement des images, que Frédéric, en développant des innovations, intervient. Improvisation interdite. Les prochains mois s’annoncent passionnants.

*Lancement de la fusée (depuis Baïkonour) à l’été 2020, rover déposé sur Mars au printemps 2021.

Sébastien Drouet  

Bio express

  • 6 février 1980 : naissance à Niort (Deux-Sèvres)
  • 2007 : thèse de physique, option science des matériaux et mécanique des surfaces, à Poitiers
  • 2007-2009 : post-doc à Orléans
  • 2010 : ingénieur de recherche au CBM
  • Août 2020 : décollage de la mission ExoMars 2020