Gaëlle et Emmanuelle : à livre ouvert

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Si elles exercent deux activités distinctes et séparées, nos deux entrepreneuses ont eu la bonne idée de se regrouper dans un même lieu, une élégante boutique au charme suranné. Là, Gaëlle Cambon vend des livres anciens tandis qu’Emmanuelle Maïsetti restaure ceux des passionnés… Sébastien Drouet

Leurs parcours
Gaëlle, 33 ans, originaire de la Région parisienne, a d’abord décroché une maîtrise d’arts du spectacle dans la capitale. Pendant ses heures de temps libre, elle aidait son père, libraire, ce qui lui a permis de comprendre le métier, et surtout la valeur des choses. Arrivée à Tours il y a cinq ans, elle a commencé par travailler à domicile avant de franchir l’étape de l’installation dans une boutique. Là, elle vend des livres des 19e et 20e siècles, des illustrés, des livres pour enfants…

Emmanuelle, 29 ans, ancienne Poitevine, a découvert son métier actuel lorsque sa mère lui a offert, pour ses 18 ans, un stage chez un restaurateur de livres anciens. Après un passage à l’université – ou elle a décoché deux masters, dont un au Centre d’Études Supérieures de la Renaissance (CESR), ce qui explique sa présence en Touraine – et quelques voyages, Emmanuelle s’est mise à son compte en créant son atelier ici-même, en octobre 2016.

Le déclic
Réunir deux professions complémentaires dans un même endroit ? L’idée est venue sur le tard. Au début, il ne s’agissait, pour Gaëlle comme pour Emmanuelle, que de trouver un lieu plus grand pour y exercer leur activité respective. En fait, elles se connaissent depuis peu. « Nous nous sommes rencontrées lors d’un salon au Grand Palais, déclare Gaëlle. Manu m’a restauré deux livres, et en discutant, je me suis rendu compte qu’elle cherchait un endroit pour s’installer. On en a parlé, puis… » Puis l’histoire aurait pu s’arrêter là. « Mais Gaëlle m’a rappelée très vite, s’exclame sa colocataire. On a visité cet endroit, la signature s’est faite très rapidement. » Depuis, les deux complices apprennent l’une de l’autre, s’envoient des clients (qui n’ont que quelques pas à faire), font des salons ensemble…

Les difficultés
Ce sont celles du secteur de la librairie, même si tout le monde n’abandonne pas le livre papier pour la liseuse électronique. Mais il faut redoubler d’astuce pour sensibiliser les gens aux textes, au livre-objet. « Avoir pignon sur rue, c’est très important, déclare Gaëlle. Même si je vends des livres de collection, il n’y a pas que des choses hors de prix ici ! Il y a des livres pour enfants, des gravures… » La difficulté est encore de le faire savoir. Tout cela prend un peu de temps.

Les aides
Nos deux entrepreneuses n’ont pas demandé d’aide au financement, mais Gaëlle se rappelle avoir bénéficié des conseils d’un comptable retraité lorsqu’elle s’est installée la première fois (avec l’association de seniors bénévoles Egee, à Joué-lès-Tours). « Nous avons aussi le soutien moral de la profession, ajoute Emmanuelle. Tout le monde est vraiment content pour nous. »

62, rue du Grand-Marché à Tours – 02 45 47 94 70 – www.gaellecambon.com – sur Facebook : Conservation restauration livres anciens Emmanuelle Maïsetti.

 

LES +
« La liberté de gérer son emploi du temps, d’aller à son rythme. »
« La satisfaction de faire ce que nous voulons, comme nous l’entendons. » Gaëlle achète et vend les livres qui lui plaisent, Emmanuelle choisit la façon de restaurer les ouvrages.

LES -
Pas de salaire fixe qui tombe chaque mois.
Une activité avec des hauts et des bas.
« Le marché se resserre, remarque la libraire. Même si ça tourne pour nous, il y a une pression qui s’exerce. »