Gueule d’amour

Z2

J’aime l’amour. Immensément. Immodérément. Intensément. Irraisonnablement. Car l’amour n’est pas raisonnable. Il a ses raisons que le cœur et l’esprit ignorent. L’amour rend bête, génial, fou, imprévisible et vivant. Il nous fait exister et survivre. Tant qu’on aime on ne meurt pas. Je suis raide-dingue de l’amour, j’en suis fou amoureux. L’amour est ma drogue. Je suis un junkie-dépendant. J’y suis accro. Mon shoot est quotidien. Pas un jour sans ma dose. Pas un matin sans que je ne me pique au réveil. Bad trip ou rêve planant, l’amour me donne des ailes d’éléphant rose. Il me rend aveugle et m’empêche de voir ce monde si affreux sans amour. Tout ce que je regarde, je le vois avec les yeux de l’amour.

Il est ma pilule du bonheur, celle qui me coupe le souffle et l’appétit. Celle qui me fait battre le cœur et m’échauffe l’esprit. L’amour me constitue. Me compose. Il s’accumule dans chacune de mes cellules et dépose, avec le temps, ses fines couches de sentiments qui me font vieillir tout doucement.

Je suis raide-dingue de l’amour, j’en suis amoureux…

Il est un millefeuille de peines et de bonheurs, un agglomérat de plaisirs et de larmes. Il est ma substantifique moelle.

Amour charnel ou platonique, sensuel ou passionné, intellectuel ou amical, artistique ou religieux fidèle ou infidèle… J’aime mon chien comme aucun maître auparavant ; ma collection d’amis et mon panthéon d’écrivains morts. J’aime la nature à en pleurer et les films de Charlie Chaplin à en rester muet. J’aime Proust et François Truffaut, comme l’enfant que j’ai été, et qui aujourd’hui est un père qui aime ses enfants comme aucun père jusqu’à maintenant. J’aime ma femme comme rarement un homme n’a pu le faire. L’amour me fait me mettre debout et me fait courir. L’amour me rend homme plus qu’aucun humain. Mais avec le temps, l’amour abîme. Tant pis si ma gueule d’amour est une gueule cassée. Cernes, rides et fossettes. L’amour fatigue, fait mal, fait rire, fou-rire et vieillir. Mais l’amour est mon dieu. Aimer est ma seule religion. Je m’y consacre corps et âme. Éperdument.