Harcèlement sexuel : les mots pour le dire

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Vous vous souvenez peut-être de Harcèlement, film sorti en 1995, dans lequel Demi Moore campe une femme ambitieuse et manipulatrice qui séduit un cadre, puis l’accuse de harcèlement sexuel. Cela illustrait bien le peu de crédit accordé au sujet. Depuis l’affaire DSK, les langues se délient et l’on prend plus au sérieux l’abus de pouvoir de certains hommes, autrefois pudiquement baptisés « séducteurs ». Mais qui sont ces hommes ? Et à partir de quand commence le harcèlement sexuel ? Nous avons demandé à David Simard, philosophe et psycho-sexologue, de nous éclairer sur ce sujet qui culpabilise encore beaucoup de femmes confrontées à des comportements pourtant inacceptables.

Dans quelles circonstances peut-on parler véritablement de harcèlement sexuel ?

À strictement parler, la notion de harcèlement désigne la répétition d’agissements qui portent atteinte psychologiquement et/ou physiquement à la personne les subissant. Ce peut être des paroles ou des gestes.

La notion de harcèlement sexuel est surtout employée relativement au contexte professionnel, au départ dans un rapport d’abus d’autorité hiérarchique dans le but d’obtenir des faveurs sexuelles. Le problème est que la notion juridique de harcèlement sexuel a été rendue floue au fil des années pour permettre au maximum de plaintes d’aboutir, ce qui a conduit à l’abrogation du délit de harcèlement sexuel, devenu contraire à la Constitution. Mais il reste interdit par le Code du travail.

 

Y a-t-il un profil psychologique, ou des profils, de harceleurs ?

Il n’existe pas un seul profil de harceleur, pas plus qu’il n’y a un seul profil de violeur par exemple. Le harcèlement peut aussi bien être le fait d’hommes que de femmes, se produire au travail, dans la famille, dans le couple. À l’origine, il peut y avoir une intention consciente de détruire l’autre, ou une souffrance qui réclame réparation en exigeant inconsciemment de l’autre qu’il joue ce rôle.

Concernant plus spécialement le harcèlement sexuel, comme pour les viols, il est plus le fait d’hommes que de femmes. Sur le plan psychique, le harceleur nie l’autre dans son altérité, soit volontairement, soit par difficulté à percevoir l’autre comme ne s’inscrivant pas dans le prolongement de sa propre psyché. Au travail, il s’agit généralement de quelqu’un de bien intégré dans l’entreprise.

 

On pense aux hommes, mais connaissez-vous des cas de femmes qui ont harcelé sexuellement des hommes ?

Là aussi, comme pour le viol, des femmes peuvent s’en rendre coupables, même si les statistiques sur ces questions rapportent surtout des cas où les harceleurs et agresseurs sexuels sont des hommes. Toutefois, une étude menée par le Secrétariat d’Etat à l’économie en Suisse et publiée en 2008 a révélé que 10 % des hommes se sont senti harcelés ou importunés sexuellement au travail au cours de leur vie professionnelle. Dans près de la moitié des cas de comportements

Comment expliquer la perte de repères de ces personnes ? Sont-elles responsables de leurs actes ou doit-on les considérer comme malades ?

Ce n’est pas parce qu’on est malade qu’on n’est pas responsable. Si l’on est malade, on peut décider de consulter pour tenter de sortir de comportements que l’on ne maîtrise pas, en cherchant à comprendre d’où cela vient dans son histoire personnelle. Les causes peuvent être multiples et complexes, comme des abus sexuels subis dans l’enfance, des relations incestueuses, des problèmes d’emprise parentale, etc. Mais il ne faut pas tout réduire à la psychologie, et sur le lieu de travail, le harcèlement sexuel, aux côtés d’autres moyens de pression, peut aussi s’inscrire dans le cadre d’un mode de « management » qui consiste à affaiblir tel(le) ou tel(le) salarié(e), pour provoquer sa démission par exemple.

Comment faut-il réagir pour se protéger ?

La première chose à faire est de ne pas rester isolé(e). Il faut en parler à un tiers, dans son entourage ou à son médecin. On peut tenter d’aborder clairement la question avec la personne harcelante, qui peut ne pas bien mesurer l’impact de son attitude. Dans le cadre du lieu de travail, on peut se tourner vers le supérieur hiérarchique, les représentants du personnel, le service des ressources humaines, le comité d’hygiène et de sécurité. On peut également demander conseil auprès de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence et de la consommation, du travail et de l’emploi, ou d’associations d’aide aux victimes spécialisées. Dans l’éventualité d’une action en justice, il importe de réunir des éléments de preuve.

 

Quelques clefs pour analyser la situation

Tout comportement de séduction ne peut être assimilé à du harcèlement sexuel. Si une situation vous met mal à l’aise, faites-le savoir à votre interlocuteur.

Quelques questions à se poser pour reconnaître une situation de harcèlement :
Les comportements ou propos sont-ils répétitifs ?
Etes-vous entendu(e) dans votre refus, êtes-vous en mesure de l’exprimer ?
Ressentez-vous dans un premier temps un sentiment d’épuisement, une baisse d’estime de vous-même, puis de l’angoisse, une peur d’aller au travail, de la culpabilité ? Faites-vous des cauchemars, souffrez-vous de troubles du sommeil, de troubles de la mémoire ou de l’attention ?

 

Ce que dit la loi

Conséquences de l’abrogation de l’article sur le harcèlement sexuel :

Les procédures possibles pendant cette période de « vide juridique pénal » :

Il est toujours possible de demander réparation du préjudice subi (moral par exemple) devant les juridictions civiles (puisque le délit à ce jour n’existe plus et que les juridictions pénales = tribunal correctionnel pour le délit) sur le fondement de la responsabilité délictuelle. Il faudra démontrer un comportement fautif de l’auteur, un préjudice et un lien entre les deux.

Les dispositions du code du travail (article L 1153-1) protégeant le salarié de tout acte de harcèlement sexuel, indépendamment du code pénal sont applicables. (Cet article est néanmoins susceptible de faire l’objet de la même remise en cause que l’article 222-33 du code pénal eu égard à sa rédaction tout aussi laconique.)