Homo uberis

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L’ère de la coule douce arrive à sa fin. Après des décennies de passivité, l’individu semble avoir enfin quitté le monde fantasmé de l’adulescence. Longtemps assisté par un État présent partout tout le temps à qui l’on donne les clés de nos vies privées un dimanche de mai dans un isoloir, le citoyen se comporte comme un Tanguy pas vraiment concerné et pas très pressé de voler de ses propres ailes. Bercé par une politique qui lui promet une vie d’insouciance et de plaisir, il devient partisan du moindre effort et se laisse porter par un courant sans remous. Pour preuve, le florilège d’émissions de télé, véritable relais de cette infantilisation généralisée, qui biberonne sans relâche ce grand bébé de citoyen devenu incapable de se prendre en charge tout seul. « Super Nanny », « Pascal le Grand Frère » éduquent nos enfants ; Stéphane Plaza nous trouve maisons et appartements ; Valérie Damidot pose notre papier peint ; M6 fait notre ménage, nous relooke ou nous fait maigrir… Mais depuis quelque temps, « l’adulescent », trahi par ses « parents » qu’il a mis au pouvoir, se rebelle. Depuis que les politiques ont baissé les bras, les individus se sont relevé les manches. Ils veulent changer le monde tout seuls. Tanguy est devenu autonome et responsable. Un révolutionnaire qui descend dans la rue en restant chez soi. Un Zorro masqué par un pseudo ou un IP qui veut désormais croiser le fer avec la société. Il est une hydre à deux têtes qui s’engage dans le collectif via les réseaux sociaux et qui fomente depuis sa chambre une révolution sourde et invisible qui fait « clic » plus qu’elle ne gronde. Écologie, économie, politique, culture, services en tout genre, Tanguy est un Chávez 2.0 qui uberise à tout-va. Il réinvente depuis son PC une démocratie en rupture avec le modèle de ses pères, eux qui lui ont fait croire trop longtemps à un monde qui n’existera jamais. L’ado passif est devenu un citoyen disruptif qui fait sauter les ponts et s’affranchit de toutes les règles. Le sage Tanguy si longtemps anesthésié aux promesses d’un avenir meilleur est shooté à « l’union fait la force ».