❝ Les liens du sang ne garantissent pas l’amour ❞

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Interview : Géraldyne Prévot-Gigant

Géraldyne Prévot-Gigant est psychopraticienne et conférencière.
Elle a notamment publié Le grand amour chez Odile Jacob et 50 exercices pour sortir de la dépendance affective chez Eyrolles.

L’amour que l’on porte à la personne qui fait battre le cœur est-il comparable, d’une manière ou d’une autre, à celui que l’on a pour les membres de sa famille, sa meilleure amie… ?

C’est la même énergie qui s’exprime sous différentes formes, ayant pour base divers aspects psychiques et culturels. Nous sommes sous l’influence de notre inconscient, du transgénérationnel (inconscient collectif familial), de l’inconscient collectif, de la loyauté, de la culture, du fonctionnement de notre société. Tout ceci va influencer notre façon d’aimer notre famille ou notre compagnon/compagne. Certaines personnes ne se sentent pas aimées par leur famille, d’autres n’aiment pas un membre de leur famille pour diverses raisons. Peut-être y a-t-il de l’amour inconscient sous-jacent au fond de leur cœur mais la notion de on-aime-forcément-les-membres-de-notre-famille est une influence judéo-chrétienne qui est encore en œuvre dans les soubassements de notre inconscient. Les liens du sang ne garantissent pas l’amour.

Y a-t-il un point commun entre l’amour pour un homme, celui pour ses parents, celui pour un sport et celui pour la cuisine italienne ? À première vue, non, mais c’est pourtant le même mot, et le même verbe, « aimer » !

L’avantage de la langue anglaise est qu’il y a deux mots pour définir différentes formes d’amour : « like » et « love ». Ainsi, nous pouvons exprimer si nous aimons bien (like) ou si nous aimons fort (love). Nous n’aimons donc pas de la même façon un homme, notre meilleure amie ou nos parents, et la cuisine italienne ou le sport. Nous aimons d’amour profondément (love) les personnes qui font partie de notre vie (le cercle proche) avec qui nous avons une histoire importante. Et nous aimons bien (like) tel film ou la cuisine italienne. Nous retournons vers ce qui nous a procuré du plaisir car notre système cérébral est ainsi fait. Mais il y a une différence entre apprécier ce qui nous fait du bien et se sentir en lien profond avec les personnes importantes dans notre vie.

Vous avez consacré un ouvrage au « grand amour ». C’est parce que les femmes attendent le prince charmant qu’elles sont si nombreuses à être célibataires ?

Le mythe du prince charmant, de l’homme parfait, est toujours aussi présent. Il y a une idéalisation de la rencontre, de l’homme souhaité, et de ce qu’est réellement une relation amoureuse. Mais je pense qu’avant tout, la situation des femmes célibataires est sociétale. En un siècle, les choses sont allées très vite : les femmes ont fait valser les corsets, ont coupé leurs cheveux, ont acquis le droit de vote, le droit d’avoir un compte en banque, le droit d’avorter et de faire ce qu’elles veulent de leur sexualité. Les hommes (et la société) n’ont pas eu le temps de s’adapter vraiment. Aujourd’hui, les femmes ne sont plus obligées de se marier pour avoir un statut social, elles sont libres. C’est une des raisons de leur célibat. Mais au fond de l’inconscient collectif demeure une pensée pas très moderne : une femme célibataire, ce n’est pas normal, elle doit être en couple. Nous parlons plus du célibat des femmes alors que bon nombre d’hommes le vivent aussi, sauf que leur entourage ne le souligne pas à tout bout de champ. Il y a également un phénomène social totalement lié à notre époque : les gens surfent, cliquent, zappent. L’ère digitale est en train d’objectiver les relations : on prend, on jette les êtres comme des objets. La relation est moins importante que le besoin. À nous de rester vigilants et conscients, et de prendre soin de la qualité de nos relations, aussi brèves soient-elles.

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