Jamais le premier soir ?

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Savoir SI L’ON franchit le pas dès le premier soir, est-ce par peur de passer pour « une femme ou un homme facile » ou est-ce un choix ? Avec les rencontres virtuelles, QU’EST-CE qui a changé, notre époque ou nos mœurs ? Marie-Zélie Cupillard

Dans les années 70, les premiers rapports sexuels entre deux partenaires avaient lieu en moyenne de 4 mois après leur première sortie et 14 mois après leur première rencontre*, une époque que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître ! Le fait de passer rapidement à « l’acte » s’est aujourd’hui complètement banalisé, 44 % des personnes interrogées ont déjà eu un rapport sexuel à l’occasion de leur première rencontre. Ceci est une moyenne. David, 22 ans, est coutumier du premier soir dans 70 % de ses relations, ce qui ne l’a pas empêché de vivre des histoires d’amour.

Le délai du passage à l’acte sexuel s’est considérablement réduit ces dernières décennies, notamment en fonction du lieu de rencontre, les boîtes de nuit sont, par excellence, des espaces propices à un rapprochement des corps…

La nouvelle accélération de la phase sexuelle des relations chez les jeunes étudiants et les amateurs de rencontres en ligne, n’est pas sans conséquences sur la pérennité et la nature même des couples. Il semblerait que la première étape d’une suite d’engagements informels donne un caractère conjugal à la relation.

Le premier coït joue désormais un rôle fondateur dans la formation du couple. Le premier engagement sexuel porte une bonne part de la charge symbolique du couple autrefois assumée par le rite du mariage.

Cela rejoint le point de vue d’Hélène, 48 ans : « coucher le premier soir, pourquoi pas mais c’est synonyme d’une aventure sans lendemain. Alors que l’attente, les papillons dans le ventre, se projeter et vivre le doux commencement d’une histoire d’amour, c’est prendre son temps. » Le passage rapide à l’acte a souvent un impact sur la valeur attribuée à la relation qui en découle, « Je n’ai pas de problème, je suis assez libre pour avoir une relation dès le premier soir, mais je trouve que cela enlève de la magie, on n’a pas le temps de rêver et on ne laisse pas beaucoup de place au désir » souligne Carmen, 35 ans. L’observation des jeunes a mis en évidence une règle (qui cependant n’est pas systématique) selon laquelle la durée entre la rencontre et le premier rapport sexuel tend à être proportionnelle à la durée de la relation. Cet avis n’est pas partagé par Clara, 48 ans, « je considère que sans entente sexuelle il n’y a pas de vie de couple possible, donc si le désir est là que ce soit le premier soir ou plus tard ça ne change rien ».

Autour de la question coucher ou non le premier soir, il se joue aussi des considérations morales, à l’instar

d’Éloïse, 20 ans, catholique pratiquante, qui veut se réserver pour celui qui sera son mari devant Dieu. Elle ne conçoit pas de franchir le pas hors mariage. Enfin il y a les stratégiques, car pour beaucoup de femmes céder trop tôt serait une erreur tactique, quand elles souhaitent vivre une véritable histoire d’amour comme l’explique, Sylvie, 42 ans :« j’ai choisi de prendre mon temps, de partager des moments de complicité, ces rendez-vous m’ont permis de me faire désirer et j’ai préféré prendre mon temps pour connaître Paul ».

En résumé coucher le premier soir n’est pas un tabou mais un vrai choix, comme le résume bien, Rémi 55 ans, mari comblé. Il aurait volontiers répondu « pourquoi se soumettre à l’épreuve arbitraire du temps ? » en référence à son film préféré Love Story, sauf que son expérience se résume ainsi : « le premier soir était aussi le dernier ! » 

*Sources : enquête INED sur la formation des couples réalisée en 1984 auprès de 3 000 personnes vivant en couple – Enquête : IFOP/CAM4.FR réalisée en octobre 2015 

 

Profil type de la femme qui couche au premier rendez-vous

Ce sont plutôt des femmes âgées entre 50 et 64 ans, les jeunes filles de moins de 25 ans ne sont que 40 %, car elles sont plus soumises au contrôle social de leur entourage familial et amical. Des femmes ayant un niveau social et culturel supérieur à la moyenne, les femmes les plus affranchies de la morale religieuse.