Je crois donc je suis

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Le monde moderne est désespérant. Il ne croit plus en rien. Mais il croit en n’importe quoi. À tout bout de champ. Tout le temps. Le monde ne s’arrête plus de croire. Jours et nuits. En toutes circonstances. Chez soi, au bureau, dans la rue ou dans les journaux. Fantômes, dieux, forces surnaturelles, forces occultes, pouvoir du mental, des plantes et du tarot, réincarnation, destin, hasard… L’homme ne croit plus en l’homme mais à la mouche qui pète. Croire est une nouvelle manière d’être. Je crois, donc je suis ! Dans notre société peureuse, le doute n’est plus permis. Les croyances prolifèrent. Et malheur à celui qui refuse d’avaler des couleuvres ou de prendre des vessies pour des lanternes. Ne pas croire, ce n’est pas citoyen. C’est un acte anarchiste totalement irresponsable. L’athée est un électron qui tourne en toute liberté autour d’un monde refermé sur ses croyances. Croire rassure cette société qui doute de plus en plus d’elle-même et de son avenir. Perdu dans un progrès galopant, le monde est fébrile. Il perd pied. Alors il se braque, se fige et trouve refuge dans un univers de fantasmes qui l’extrait du temps et le dédouane d’agir. Le monde n’évolue plus, il s’invente un autre monde. Plus rassurant, plus cocon, plus sûr, moins aléatoire. Complots, légendes urbaines, religions, croyances en tout genre deviennent les nouveaux diktats qui gouvernent notre quotidien. À force de croire en tout, le monde affiche une arrogance malsaine. Il est péremptoire. Il brandit une vérité qui n’en est pas une et qu’il impose comme universelle. Bientôt, il nous ferait croire que la terre est plate et que le soleil tourne autour de notre planète. Le monde moderne est un Galilée à l’envers. Et si le monde pouvait juste croire au lendemain ?