La pression de la masculinité : le carcan des hommes

le carcan des hommes Edith

Les mentalités changent, l’image du mâle tout-puissant est aujourd’hui obsolète. Mais les stéréotypes ont la vie dure… et les hommes aussi. Ambre Blanes

En tant que femmes, nous rencontrons des difficultés pour nous épanouir dans notre féminité, comme nous les hommes ont parfois du mal à se positionner avec leur masculinité, tiraillés entre ce que la société attend d’eux, ce qu’ils pensent devoir faire pour être un homme et ce qu’ils ont réellement envie d’exprimer. Mais depuis le mouvement #Metoo qui soulève la question des violences sexuelles sous toutes ses formes, la gent masculine surfe sur la vague pour exprimer ses propres inquiétudes et revendiquer une masculinité moins sexiste.

Qu’est-ce que c’est être un homme en 2019 ?

C’est avoir assisté à l’avènement du #Balancetonporc, partagé entre la crainte d’être rangé dans la mauvaise case – celle du porc – et le soulagement face à l’évolution des mentalités. C’est dire non aux stéréotypes en tous genres, c’est remettre en question sa méthode de drague pour finalement s’en tenir au naturel, c’est être intimidé devant l’indépendance croissante des femmes, y compris dans leur sexualité, c’est comprendre qu’il est temps d’éduquer mieux les petits garçons en faisant preuve de davantage de respect et d’écoute mais aussi d’empathie. Assumer sa sensibilité ne dévirilise pas, bien au contraire !

Qu’est-ce que cela implique ?

Le stéréotype le plus tenace est bien celui qui considère que l’homme ne pense qu’à ça, qu’il est toujours prêt à l’emploi et que l’orgasme féminin pèse sur ses épaules. Déjà complexé par l’industrie pornographique qui instaure le mâle comme dominant, doté de muscles saillants et d’un sexe imposant, l’homme peut vite se mettre la pression tout seul : « Je dois avoir un corps désirable, je dois avoir envie, je dois gérer mon érection et je dois la faire jouir ». À cause de cette croyance, ceux qui rencontrent des dysfonctionnements érectiles ou une panne pure et simple vont noircir une expérience somme toute humaine en la dramatisant à force de culpabilité plutôt que de s’en ouvrir à leur partenaire. Pourtant, il est admis que la pénétration n’est pas la source unique/majeure de l’orgasme féminin, si bien qu’un trouble érectile n’est pas un obstacle à la jouissance. D’autres, plutôt grisés par la conquête de la médaille du bon coup qu’intimidés, en oublient d’être tout bonnement un bon partenaire. La nuance réside dans la connexion entre les protagonistes : un bon coup « donne tout » pour briller et satisfaire son ego alors qu’un bon partenaire est à l’écoute de l’autre. Au fond, le féminisme croissant bouscule leurs certitudes même lorsqu’ils le prônent eux-mêmes : si les codes changent, comment s’adapter tout en étant soi-même et en restant un mec ?

Qu’est-ce qui est en train de changer ?

À l’instar de Tasjoui*, compte Instagram qui défend la jouissance féminine dont les réactions masculines montrent qu’une minorité montante d’hommes prône une masculinité non-machiste, TuBandes* donne une tribune aux hommes pour témoigner : « Se taire, c’est accepter qu’on nous enveloppe dans “les hommes”, c’est accepter d’associer la masculinité toxique à la masculinité singulière de chacun ». L’idée c’est qu’on va tous dans la même direction vers une sexualité plus sensible à soi, à l’autre et dans un respect mutuel. Aussi, on réalise grâce aux témoignages que les hommes sont touchés par le harcèlement sexuel, le rabaissement psychologique par leur conjointe dont les attentes banalisent leur singularité, la pression de la virilité ou encore la honte de ne pas avoir de désir comme le viol… au même titre que les femmes. Une chose est sûre, on cesse peu à peu de se renvoyer la balle d’un camp à l’autre : la guerre des sexes cèderait-elle la place à une coalition contre l’ignorance et le jugement ?