L’amour toujours ?

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À l’heure où l’on s’engage pour le meilleur, mais surtout pas pour le pire, qu’est-ce qu’un couple qui dure ? Car, à contresens de notre société consumériste où nous sommes plus habitués à jeter qu’à réparer, certains parviennent encore à installer leur vie à deux dans la longue durée. Pour y arriver, des « trucs » existent. Edith fait le point.

 

Billy Wilder avait vu juste avec ses Sept ans de réflexion. Les chiffres sont formels : pour un couple, les sept premières années de vie commune sont les plus « dangereuses », avec une rupture au bout de 5,4 ans en moyenne. Ce cap franchi, un autre écueil se profile, assez lointain : celui des 16 à 20 ans de mariage, avec un échec moyen à 16,4 ans. Actuellement, un couple sur deux divorce. En Région parisienne, deux couples sur trois se séparent avant de fêter leurs trois ans de mariage. Quelles sont les causes des conflits provoquant jusqu’à la désunion ?

 

Les raisons de l’échec

De nombreux sociologues, psychologues et autres thérapeutes se sont évidemment penchés sur ce sujet ; les écrits abondent, mais tous mettent en lumière certains points. Pour John M. Gottman et Nan Silver*, les conflits naissent du fait que chacun a ses opinions, ses valeurs, sa propre histoire, qui se heurtent parfois avec celles de son partenaire, alors même que l’on croyait le connaître par cœur… La vie à deux en permanence, ou encore la venue d’un enfant, peuvent faire ressortir des choses jusque-là enfouies. De toute façon, comme dans tous les conflits, personne n’a entièrement raison ni complètement tort. Il faut faire des compromis ! Autres facteurs négatifs : l’usure, tout simplement, le fait de ne plus tolérer les défauts de l’autre, dont on s’est pourtant longtemps accommodés, le besoin d’aventures (pas forcément volages, mais surprenantes, exotiques…), l’absence de projet commun, en dehors de problèmes matériels qui, s’ils sont solutionnés à deux, en revanche, peuvent cimenter une union. En règle générale, c’est le bonheur de la femme qui compte pour que le couple soit durable. Et donc le savoir-faire de son homme pour la rendre heureuse…

 

Qu’est-ce qu’un couple heureux ?

« Le bonheur, c’est la somme de tous les malheurs qu’on n’a pas », écrivait Marcel Achard. Pour qu’un couple soit heureux, il convient d’abord, en toute logique, qu’il ne soit pas malheureux, c’est-à-dire pas soumis à trop de stress, ni en situation de grande précarité. Il ne faut pas non plus que l’une des deux personnes souffre de maladie psychique ou physique. Ces conditions remplies, un couple, pour être heureux, doit résister aux méfaits du temps, satisfaire l’ambition de chacun, sa recherche d’accomplissement propre, faire en sorte qu’elles soient compatibles avec la vie à deux. À condition de s’entendre sur l’essentiel dès le début. « On compare souvent le couple à la construction d’une maison, déclare le sociologue Antoine d’Audiffret**. Il faut être d’accord sur les plans au départ. Après, on bâtit au fur et à mesure. C’est ce qui permet de se pardonner, de revenir en arrière, et de reconstruire si besoin. » Le couple ne peut pas fonctionner si le seul facteur qui le fonde est le sentiment amoureux.
D’autres paramètres interviennent : les projets communs, l’amitié surtout : « Il faut entretenir les pensées positives que l’on a au début de notre rencontre. Les couples heureux se connaissent presque par cœur. Chacun sait de l’autre qui il est vraiment, ses ambitions, ses rêves, ses échecs, ses blessures, ses guérisons, ses aspirations… » (John M. Gottman, Nan Silver.)

 

Les trucs pour durer

Une fois les jalons posés, il s’agit de garder intacts cet amour, cette complicité. Comment ? En combattant l’ennui, en exerçant des activités créatrices ou sportives à deux, quelques heures dans la semaine mais surtout sans stress (cause d’engueulades !), en fêtant les succès du conjoint, en le remerciant même pour de petites choses, en n’étant pas avare de gestes tendres, peut-être plus importants que la qualité des relations sexuelles. Mais avant tout, en faisant fi des défauts de l’autre, en l’acceptant tel qu’il est (« Le véritable amour commence quand on accepte le crapaud derrière le prince », écrit Gérard Leleu***), en communiquant, en mettant les choses à plat, en affrontant les problèmes main dans la main. Pour durer, il faut regarder dans le même sens, accepter d’avoir tort, sans oublier de pardonner les petites erreurs.

Pour les grosses bêtises, en revanche, cela demande réflexion. Moins de sept ans a priori…

*Les couples heureux ont leurs secrets (Pocket)
**Madame Figaro, 22 août 2014
*** Amour, toujours (éditions Quotidien malin)

 

questions à Patricia Bourget, Psychothérapeute et sexologue

 

Quels sont les problèmes rencontrés par les couples qui viennent vous consulter ?

Souvent, une baisse du désir : « Il ou elle n’a plus envie de moi… » Viennent ensuite les problèmes d’éjaculation prématurée, des soucis au niveau des fonctions érectiles. Ce sont des gens de 20 ans à 60 ans, et parmi eux beaucoup de jeunes couples qui ont deux ans, cinq ans de vie commune, et pour qui ça ne va pas fort. Mais ils se posent les bonnes questions, alors qu’il y a trente ans les gens n’en parlaient pas. Les médias, Internet, ont changé les choses. Nous sommes dans une société où on veut tout, les gens veulent du bonheur à tout prix. Aujourd’hui, les femmes veulent deux, trois orgasmes.

 

La sexualité est-elle le moteur du couple ?

Il n’y a pas de règles. Certains couples ont une sexualité très active, mais d’autres ont très peu de rapports sexuels. Mais si les deux sont d’accord, s’ils font d’autres choses ensemble, pourquoi pas ? C’est quand l’un a des besoins que l’autre ne peut assouvir qu’il y a des problèmes. Il s’agira de rééquilibrer les choses.

En général, elle, elle va demander de la tendresse et de l’attention, lui, il va demander de la sexualité. Si lui ne donne pas de tendresse, s’il est dans un toucher uniquement sexuel, la femme va être fermée. Elle, il lui faut des paroles susurrées à l’oreille, des pré-pré-préliminaires ! C’est nécessaire, mais peu de gens le savent. Le sexologue fait de la pédagogie, explique les besoins. Par manque de communication, souvent le couple explose. De plus, les portables et Internet insécurisent le couple, avec les sms envoyés dans le dos de l’autre, les sites pornos que le mari consulte, etc.

 

L’amour se dissout-il dans le temps ?

La passion dure trois ans maximum, mais le couple doit faire le deuil du passionnel. Il faut passer à quelque chose de différent. Mais on peut aussi être ingénieux pour retrouver cet état initial. Comment ? Il faut garder des moments à deux, prévoir des soirées, et surtout surprendre l’autre. Ainsi, on ravive la flamme. Des surprises spontanées par exemple, comme organiser un pique-nique dans un coin charmant, en pleine semaine. Je connais quelqu’un qui l’a fait, sa femme lui a fait l’amour comme jamais à trois heures du matin ! Souvent, ce n’est pas grand-chose, c’est du quotidien, mais très important pour madame, tandis que l’homme demande à être remercié, à être admiré par sa compagne. Pour que le couple dure, il faut aussi respecter le territoire de chacun. Lui peut aller voir ses copains de temps en temps, elle peut avoir ses occupations de son côté. Mais l’important est de faire attention à l’autre, de retenir ce qu’il dit dans une conversation…

Théoriquement, tout cela est assez simple. Mais il faut le mettre en pratique !

 

 

Les secrets des couples-stars qui ont duré…

Humphrey Bogart et Lauren Bacall

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25 années d’écart entre eux deux, mais un amour véritable, qui a duré douze ans, jusqu’à la mort de l’acteur d’un cancer de l’œsophage, en 1957 (Lauren se remariera avec un autre acteur ensuite). Leurs noms symbolisent l’âge d’or d’Hollywood, leur couple représente un modèle et une exception dans le monde du cinéma et du show-business américains. Ils se rencontrent d’ailleurs sur un tournage – et pas le moindre, puisqu’il s’agit du mythique Port de l’angoisse, d’Howard Hawks –, elle la débutante, lui le vieux briscard. Ce dernier fond littéralement ; la magie opère, ils se marient quelques mois plus tard et auront deux enfants ensemble. Le secret de ce couple ? Peut-être leur ressemblance, certains journalistes n’hésitant pas à présenter Lauren Bacall comme une « Bogart au féminin ». Avec beaucoup de malice en plus, puisqu’elle réussira à éloigner son homme de la bouteille en jouant l’indifférente, ce que l’immense « Bogie » ne supportait pas. Ah, l’amour…

 

Gérard Oury et Michèle Morgan

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Leur secret pour durer ? Ne pas vivre ensemble, puisque ce couple du cinéma français faisait non seulement chambre, mais appartement à part. « Il vient me chercher au théâtre deux ou trois fois par semaine, nous allons dîner, raconte-t-elle dans une interview. On n’a jamais le temps de s’énerver, comme dans beaucoup de couples qui vivent ensemble et qui sont l’un sur l’autre du matin au soir et du soir au matin. »

Ils se rencontrent en 1958, sur un tournage là encore – les lectrices d’Edith savent bien que l’amour naît souvent au bureau… ou sur un plateau en ce qui concerne les gens du cinéma – elle la star aux « beaux yeux tu sais », lui seulement acteur de second plan… Quelques années après, Gérard Oury devient réalisateur, dirige sa compagne (ils n’étaient pas mariés) sur Le crime ne paie pas, avant de tourner quelques classiques indémodables. Elle, en revanche, n’intéresse plus les réalisateurs. Qu’importe ! Elle trouve le succès sur les planches, se prend de passion pour le théâtre… et garde intacte celle qu’elle éprouve pour Gérard Oury, son compagnon qui disparaîtra en 2006.

 

Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir

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C’est à croire qu’ils étaient destinés, comme des « âmes sœurs », un concept selon lequel il y a sur cette terre un être qui nous correspond tout à fait, voire nous ressemble totalement ; c’est pourquoi nous le reconnaissons.

Ces deux personnalités, parmi les plus éminents – et influents – intellectuels français, se rencontrent, cela ne s’invente pas, sur les bancs de la Sorbonne. Tous deux agrégés de philosophie, Jean-Paul étant reçu premier et Simone deuxième, ils se rapprochent, se complètent, trouvent chez l’autre un « compagnon de route » idéal. Leur couple va durer 51 ans, mais va fonctionner selon des règles qui ne pouvaient guère convenir qu’à deux anticonformistes de chair et de sang, une sorte de pacte renouvelable tous les deux ans, selon le principe suivant : « Notre amour est un amour nécessaire, mais il convient que nous vivions aussi, à côté, des amours contingents. » Combien de couples y survivraient ?

« Sa mort nous sépare, ma mort ne nous réunit pas. C’est ainsi, il est déjà beau que nos vies aient pu si longtemps s’accorder… », écrira Simone de Beauvoir, décédée six ans après lui, en 1986.