Le tour du monde d’Astrid

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Depuis 2013, Astrid Duvillard visite la planète sans faire de plan sur la comète, au feeling. Avec une parfaite maîtrise du système D, l’Abraysienne de 31 ans voyage à peu de frais et multiplie les rencontres enrichissantes, but de son interminable périple. Sébastien Drouet 

« La première année, je voulais faire un tour du monde, mon rêve d’enfant, avant de revenir à une vie plus classique. Je suis rentrée à Noël… et je suis repartie. Depuis, je garde ce schéma d’année en année. » En cinq ans, Astrid, qui était auparavant animatrice sociale à Saint-Jean-de-Braye avant de tout plaquer, s’est rendue dans plus de 70 pays, tous listés sur son blog, bien que son objectif ne soit pas de tout visiter ni d’établir un record : « Ça ne voudrait rien dire ; parfois je reste trois jours dans un endroit, parfois trois mois. »

Pas encore de retour définitif au bercail, donc. D’ailleurs, Astrid n’a aucune idée de quand cela se fera, si jamais cela se fait un jour, entraînée qu’elle est dans une aventure qui lui fait découvrir sans cesse de nouveaux paysages et une humanité dont cette « boulimique » ne se lasse pas. « Je veux surtout rencontrer des gens, d’autres cultures, échanger, m’enrichir de ces nouvelles connaissances. Au fur et à mesure, les endroits où j’ai envie d’aller sont de plus en plus nombreux ; je suis passée près de lieux que je n’ai pas eu le temps de voir, donc il faut que j’y retourne. » Par exemple, Astrid, parfois accompagnée sur la route par des proches, a déjà voyagé sept fois en Grèce, l’une de ses destinations favorites…

Globe-trotteuse alternative

À l’heure où vous lirez ces lignes, Astrid sera sur le chemin de Compostelle. Une (très) longue balade pédestre pour elle qui se déplace généralement beaucoup en stop. Car la débrouille, c’est le grand principe de ce tour du monde « freegan », autrement dit, en vivant de ce que l’on récupère. « Je dépense très peu, je vais à contrepied de la consommation. Moins j’en ai dans mon sac, mieux je me sens. Je fais beaucoup de camping sauvage. Pour vivre, après avoir dépensé mes économies, j’ai joué de l’accordéon dans les rues ; maintenant, je vends mes écrits, je donne des conférences… » Des petites sommes qui lui assurent le minimum. Et pour communiquer, Astrid, qui connaît l’anglais et des bribes d’autres langues, mais sans toutefois parler couramment le thaï ou l’arménien, utilise beaucoup les mains ou réalise des petits dessins. « Cela donne un côté sympathique à la conversation et permet de débloquer les rires », sourit-elle. 

La liberté ? Oui, c’est évident. C’est son luxe. Car d’un autre côté, cela demande beaucoup de sacrifices. Ne pas voir les proches, manger ce que l’on trouve. Cela correspond à un état d’esprit pas très courant dans nos sociétés matérialistes. Qui pourrait en faire autant, aussi longtemps ?

Contemplative, jamais déçue par les pays traversés, Astrid, jeune fille de 31 ans, a bien croisé ici et là quelques lascars qui lui ont laissé de mauvais souvenirs. « Mais les fois où on m’a le plus embêtée, c’était à Orléans, recadre-t-elle. À l’étranger, les gens ont plutôt tendance à vous aider. » Elle ne veut retenir que les belles choses, ces personnes, ces familles qui l’ont accueillie chez elles, sans que notre Orléanaise ne le leur demande, ou qui l’ont conduite à tel ou tel endroit sans rien attendre en retour. La générosité ? Une valeur partagée partout dans le monde. 

Astrid, grande voyageuse, est également un remarquable écrivain qui retrace ses voyages sur son blog richement illustré : www.histoiresdetongs.com