Les arcanes du désir

les-arcanes-du-desir

les-arcanes-du-desir
Esther Perel, thérapeute installée à New York, a suivi des centaines de couples et analysé les mécanismes du désir et de l’érotisme. Dans son ouvrage L’Intelligence érotique, elle revient sur les différentes phases du désir. Si les premières années sont enflammées, peu à peu le désir s’étiole à notre insu. On accuse alors la routine imposée par le quotidien : les contraintes liées aux enfants, le stress au travai… Or l’anthropologue Helen Fisher, souligne que le cocktail hormonal ne subsiste au mieux que quelques années, car, hormis l’ocytocine, l’hormone du câlin qui survit à toutes les autres, « même la chimie de la passion a une durée limitée ».
Esther Perel rejette les prétextes derrière lesquels nous nous cachons pour justifier l’absence de désir. Selon elle, c’est le confort et la sécurité, apportés par la vie à deux, qui chassent toute notion de désir. D’une certaine façon, c’est notre conception sérieuse du mariage qui nuit au désir : « Mes patients mènent une vie de couple dénuée d’érotisme et de piquant, alors qu’ils se consument de désir dans leur vie sexuelle imaginaire (…). Pour eux fonder une famille compromet l’amour physique ». À force d’être persuadé que l’autre nous appartient, nous ne le désirons plus. Il faut prendre conscience que notre partenaire ne nous appartient pas : c’est un premier pas vers un désir durable.

Réinventer son couple au quotidien

Selon Esther Perel, si l’amour a besoin de proximité, le désir, lui, a besoin de distance. L’incertitude serait un bon stimulant ; dès lors que l’être aimé s’intéresse à une autre. Soudain nous faisons des pieds et des mains pour le reconquérir. C’est bien que la menace de l’autre, réelle ou imaginaire, est nécessaire à la construction du désir.
Et si nous nous remémorions la première rencontre et ce qui nous a séduit chez l’autre ? Cela permet de revenir sur le « mythe » conjugal, explique la thérapeute. Nous avons sublimé, imaginé, parfois même inventé l’autre. Peu à peu l’image idéalisée croule sous les réalités du quotidien. Il faut réintroduire la notion de jeu, faire travailler son imaginaire et celui de son partenaire afin de réveiller nos fantasmes.
Se donner rendez-vous à l’hôtel, s’envoyer des mails ou des sms coquins en prenant un pseudo, organiser des sorties imprévues, cultiver une part de mystère, ne pas tout dire…
Tout mettre en œuvre pour surprendre son partenaire, prendre du temps et s’investir dans son couple pour retrouver du piment demande des efforts. Se faire désirer passe aussi par une reprise de sa liberté individuelle. Il faut exister hors de son couple, apprendre à se faire plaisir sans l’autre, et lui faire savoir. Il pensera que l’« objet » aimé lui échappe… et il s’y intéressera d’autant plus.
L’érotisme commence bien avant de franchir la porte de la chambre à coucher : « L’intensité érotique croît et décroît », précise Esther Perel. Le cycle hormonal de la femme n’y étant sûrement pas étranger, il faut l’accepter et raviver la flamme du désir par intervalles réguliers.
L’Intelligence érotique, Esther Perel
Collection « Réponses » Éditions Robert Laffont