Les grands-parents sont-ils comme avant ?

La France compte 15 millions de grands-parents, très précisément 8,9 millions de grands-mères et 6,2 millions de grands-pères. Mais où sont passés les anciens, plus ou moins courbés, en blouse grise ou portant le béret, avec une gitane moitié éteinte à la bouche ? Les papis et mamies des années 2020 ont plutôt fière allure : actifs, sportifs, grands voyageurs au teint halé, ils adorent s’occuper de leur descendance… à condition (pour certains, pas tous !) qu’elle ne mette pas en péril leur cours d’informatique. Des cours qui se révèlent bien pratiques pour communiquer avec la famille quand celle-ci est éloignée ou dans la situation que nous vivons aujourd’hui.

 

En France, 15 millions de papis, mamies, grands-pères, grands-mères, pépés, mémés, etc., attendent de pouvoir de nouveau serrer dans leurs bras leurs petits-enfants qui leur manquent cruellement en ce moment. Et pouvoir de nouveau jouer le rôle qui leur est assigné dans la famille. Si les anciens ont changé, et font de moins en moins figures d’ancêtres, leur mission en revanche, dans les grandes lignes en tout cas, est restée la même qu’auparavant. « Ils sont là pour câliner, dialoguer, et surtout transmettre, des valeurs, des savoir-faire, une histoire familiale », selon la psychologue clinicienne Charline Jouint-Lesassier1 : les grands-parents sont la preuve que les petits-enfants n’arrivent pas de nulle part, mais de générations lointaines qui se sont succédé ; ils contribuent à leur forger une identité, ils sont un lien avec le passé, une époque où il n’y avait pas Snapchat ni même d’ordinateur au foyer. L’autorité ? Elle incombe aux parents. Les grands-parents, eux, ont une présence qui rassure dans des familles traversées souvent par des tensions. C’est une source d’amour en plus pour les petits lorsque ceux-ci ont la chance d’en profiter, le temps faisant malheureusement son œuvre, la maladie sa triste besogne…

Parfois – pas toujours, en tout cas pas avant plusieurs années2 – sortis de la vie active, les grands-pères et grand-mères ont plus de temps à consacrer à leurs petits-enfants qu’ils n’en avaient pour leurs enfants. Plus patients, plus dynamiques, moins stressés, ce sont en outre d’excellents partenaires de jeux de société ou de joutes sportives. « Ils sont nécessaires dans une société de stress, d’exigences, de performance et de technologie qui favorise l’isolement, écrit la psychologue Nathalie Parent dans Pour grands-parents seulement ! (Éditions Québec-Livres.) La situation d’un nombre croissant de parents seuls et de familles reconstituées augmente les difficultés, de même que le manque de temps et la présence constante des appareils techniques (ordinateurs, jeux vidéo) briment le développement des relations humaines. » Les grands-parents peuvent amortir ces stress par leur écoute, leur présence.

Une vie plus facile qu’avant

La génération de l’après-guerre, celle du fameux baby-boom, est devenue celle du papy-boom. Les grands-parents d’aujourd’hui sont plus jeunes que les Rolling Stones (tous multi-grands-pères). Ils portent des jeans, pianotent sur leur smartphone, partagent temps et loisirs avec leurs enfants et petits-enfants. Autrefois, c’étaient ceux des classes favorisées qui avaient cette chance ; les ouvriers et paysans mourraient jeunes. « L’espérance de vie s’est allongée, les retraites se sont généralisées, toutes les classes sociales ont la chance de pouvoir voir grandir leurs petits-enfants. »3

« Le suivi médical est meilleur, on fait davantage attention à la condition physique, les conditions de vie dans l’ensemble sont meilleures, donc les grands-parents d’aujourd’hui n’ont plus cette figure très différenciée des générations suivantes, indique Béatrice Copper Royer (lire son interview plus loin.) Les grands-parents d’aujourd’hui sont généralement nés après la guerre, ils ont connu le plein-emploi, la contraception, toutes ces choses qui font que leur vie a été plus facile que celle de leurs aînés qui ont subi des conflits, des privations. » Une époque de libérations tous azimuts, de conquêtes importantes pour les femmes. « La contraception a changé le rapport aux enfants, à partir du moment où l’on a eu le nombre que l’on souhaitait, quand on le souhaitait. Les liens se sont resserrés, et du coup, les enfants de ces baby-boomers aspirent à ce que ces liens soient conservés entre grands-parents et petits-enfants. Ils attendent beaucoup des premiers, pour la garde, pour les vacances… »


Une présence qui rassure dans des familles traversées souvent par des tensions…

Égoïstes, les boomers ?

Les grands-parents d’aujourd’hui avaient, peu ou prou, la vingtaine au milieu des années 70. Leur retraite, quand ils y sont, est faite de sport, de loisirs, de voyages, d’engagements dans les associations. Avec tout ça, pas trop le temps de s’occuper des petits-enfants. Et si 65 % des parents font garder leurs enfants par les grands-parents le temps des vacances4, 25 % des papis et mamies considèrent que s’occuper de leurs petits-enfants pendant les congés est une corvée ! D’où l’apparition d’un nouveau terme pour désigner les petits qu’on est tout de même content de voir au début : les « chic-ouf », autrement dit, « chic ils arrivent, ouf ils repartent ». Quant à jouer les nounous chaque soir dès la sortie des classes… L’argument ? « Il me reste peu de temps pour faire ce dont je rêvais mais que j’ai mis entre parenthèses pour m’occuper de mes enfants et de ma vie professionnelle. » Alors, égoïstes, les boomers ? « En fait, explique la psychologue Nathalie Isoré, on leur demande de remplir plusieurs rôles : garde d’enfants, soutien financier, lieu de vacances. C’est beaucoup. »5 Surtout lorsqu’ils sont en train de vivre leur deuxième ou troisième vie de couple, qui concentre toute leur attention et toute leur énergie sur le (la) nouvel(le) élu(e) de leur cœur… Une fois de plus, le bon sens prévaut. Il faut savoir être là pour prendre le relais des parents quand ils sont fatigués, pour leur donner un coup de main, mais sans que cela soit systématique. Dire non quand c’est nécessaire, choisir quand et comment s’occuper des petits. Vive les bons moments partagés, non aux contraintes !

Une période difficile

Des bons moments partagés… par écrans interposés actuellement, en attendant le retour à la normale. « C’est la double peine pour eux, déclare Béatrice Copper-Royer. Ils sont les plus vulnérables face au Covid-19 et peuvent en plus souffrir d’un isolement assez fort. Les écrans, ce n’est pas la même chose que des journées passées ensemble. Mais c’est mieux que rien. » « Cela redonne du quotidien, ajoute la psychologue orléanaise Yveline Exbrayat. Les enfants peuvent montrer leurs dessins, leur chambre, etc. Or, ce qui crée une relation, c’est l’intimité, la proximité. Si les grands-parents n’ont pas peur de la vidéo, des outils technologiques, cela peut créer de l’intimité là où il y avait auparavant de la distance géographique. » En tout cas, une parenthèse que chacun espère pas trop, trop longue à se refermer…

1 : mamanvogue.fr, article : « Pourquoi les grands-parents sont très importants dans la vie des enfants »
2 : L’âge moyen des grand-mères au premier petit-enfant est de 54 ans, celui des grands-pères de 56 ans
3 : Claudine Attias-Denfut, ancienne directrice de recherche à la Cnav, citée sur parents.fr dans l’article sur « Les nouveaux grands-parents »
4 : Sondage Opinion Research pour le site Groupon
5 : Psychologie.com, 17/07/2019, article : « Égoïstes, les nouveaux grands-parents ? »

 

Le café des grands-parents
Une fois par mois, un groupe de paroles est mis en place à Olivet, à l’initiative de l’École des Parents et des Éducateurs du Loiret (EPE 45), en présence d’un psychologue. On vient y parler de sa difficulté ou de son impossibilité, quand les enfants ne veulent plus qu’il y ait de lien, à être grand-parent. Un besoin pour répondre au vrai désir des seniors de créer de la relation. Gratuit, sur inscription à : contact@epe45.fr – 09 81 22 99 23. Bien sûr, pour que cette activité reprenne, il va falloir attendre que la situation générale s’améliore…

 

Trois générations sous le même toit
Dès le début du confinement, Sabine, retraitée chartraine, a rejoint à Fleury-les-Aubrais sa fille Anne, mariée et maman de deux fillettes de 5 et 7 ans. « Ma grand-mère est décédée deux semaines avant le début du confinement, précise Anne. Nous savions que cela allait durer longtemps, je ne voulais pas que ma mère reste seule en cette période. » La chambre d’amis a été aménagée pour elle, le clavier installé pour qu’elle poursuive ses cours de piano (une fois par semaine sur Skype) et ses gammes… à la grande joie de ses petites-filles, qui profitent de l’ambiance musicale. Une relation somme toute apaisée, Sabine prenant soin de ne pas intervenir dans l’éducation des fillettes.
En revanche, un coup de main n’est jamais de refus pour aider aux devoirs, jouer aux Playmobils, lire des histoires… Ce n’est pas une nouveauté non plus, Sabine ayant déjà accueilli à plusieurs reprises ses petites-filles chez elle pour une semaine de vacances. En attendant le retour de Sabine à Chartres, les fillettes sont ravies. « Elles sont contentes qu’on soit cinq à la maison », conclut Anne.

 

Sébastien Drouet

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