Love me Tinder, love me fake ?

Après une immersion d’une semaine sur l’appli, le SWIPE, le match et les rencontres virtuelles N’ONT PLUS DE SECRET POUR NOUS. voici un partage d’expérience par le menu, à vous de voir si l’aventure vous séduit.

Tactique : création d’un profil incognito, avec deux photos : la Marilyn d’Andy Warhol et un sourire. Comme texte d’accroche racoleur, on vous l’accorde : « envie de jouer »

Critère de recherche : homme entre 35 et 50 ans, à cent-cinquante kilomètres à la ronde. Au premier message, on répondra toujours par la même phrase : « Drôle d’endroit pour une rencontre ».

Jour 1 : Une fois l’appli téléchargée, on se rend compte qu’elle est très invasive ; si vous ne la mettez pas en mode silencieux, à chaque message elle retentit. Carton plein ! 200 messages, une soixantaine de matchs (vous avez liké un profil, qui vous a aussi likée). Plusieurs discussions s’engagent. Un seul, de nos mâles (intentionnés) reconnaîtra dans la phrase d’accroche le titre éponyme du film de Dupeyron, avec Depardieu et Deneuve.

Jour 2 : Beaucoup de photos de profils pour nous amadouer (traduction du nom Tinder) : des torses nus et musclés, des motos, parfois des voitures de luxe, des coupes de champagne avec une plage de rêve en arrière-plan, parfois de beaux paysages pour les plus écolos. À la question depuis combien de temps sont-ils inscrits, réponse la plus donnée : « très récemment » ; mais plus précisément ? Impossible de le savoir, peu assument leurs errances 2.0. C’est un peu comme une maison que l’on n’arrive pas à vendre…

Jour 3 : Entre business man, libéré mais pas libre, jeune divorcé un peu dépressif, sportif non émotif, peu de romantiques ! Jean-Claude rebaptisé Max, pour l’occasion, informaticien, des photos qui dévoilent un physique de mannequin, finalement « chasseur Tinder » assumé aux pratiques sadomasos. Charles (45 ans) avocat (c’est ce qu’il dit), est tout de suite clair : il est marié, veut une maîtresse pour des rendez-vous en lingerie affriolante et propose un rendez-vous au Ritz, ouf, il aurait pu proposer l’Ibis ! Paul, 47 ans, au bord de la crise de nerfs : sa femme l’a quitté au printemps dernier, il lâche tout de suite qu’il ne croit plus en l’amour et qu’il n’est pas un cadeau, qu’il ne sait même plus de quoi il est capable au lit. Il y a les pères parfaits, qui prennent la pose avec leurs petits, libres une semaine sur deux – manque de chance ce n’est pas la même que vous –, il y a ceux qui veulent du virtuel et encore du virtuel. Sébastien, 37 ans, a flashé sur ma bouche, je lui fais remarquer que c’était plutôt un sourire.

Alexandre, 48 ans, confesse assez vite que sa photo date d’une dizaine d’années, alors effectivement il a perdu ses cheveux et pris une dizaine de kilos. Mais on ne peut pas se limiter aux apparences (même si cette appli repose là-dessus). Ici, les apparences sont trompeuses, les discours aussi.

Jour 4 : ça devient de plus en plus difficile de voir toutes ces photos, ces messages qui dégoulinent dès 7h du matin, à 12h30 deuxième pic de fréquentation et plus tard le soir pour les vrais célibs !

Jour 5 : Certains font limite pitié, car finalement, derrière nos portables, se cache une vraie solitude, celle que l’on traîne dans un couple malheureux auquel on n’ose pas renoncer, et d’autres qui ne veulent pas finir seuls et sont prêts à se vendre comme un produit miracle indispensable à notre bonheur. Tinder est l’appli numéro une au monde avec 50 % de matchs pour les femmes en quête d’une relation hétéro contre 2 % pour les hommes*. En résumé, vous avez 25 fois plus de chances de matcher que les hommes !

Jour 6 : Celui de la déconnexion définitive, avec une seule idée : rien ne remplace la magie des rencontres, il suffit peut-être d’oser redemander l’heure, son chemin et d’oublier un instant notre écran qui nous coupe de tous ceux que l’on croise, sans les voir.

Source : Huffpost du 27/07/2019

Marie-Zélie Cupillard

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