Mamies nouvelle génération

On est grand-mère de plus en plus jeune : c’est en moyenne entre 48 et 52 ans que les Françaises le deviennent. Quel est leur rôle ? Comment concilier vie active et disponibilité avec leurs petits-enfants ?


La génération des baby-boomers incarnait la « Wonder Woman » des années 1980. Aujourd’hui, ce sont de jeunes grands-mères. Souvent en pleine forme, elles sont parfois encore dans la vie active et doivent concilier travail et loisirs avec leur nouveau rôle, même si cela est une source de joie. Être grand-mère  n’est pas un choix ! La grand-mère, c’est un peu un pilier de la famille, et de plus en plus une aide précieuse dans l’organisation. Libérée des contraintes éducatives, elle a un lien privilégié avec ses petits-enfants. Mais si Victor Hugo définissait l’art d’être grand-père  comme « l’art profond d’obéir aux petits », est-ce que les mamies nouvelle génération sont encore de cet avis ? Des Orléanaises nous répondent.

Mamie dans la force de l’âge !

Marie, 58 ans 

C’est à 50 ans seulement que Marie, qui travaillait au sein de l’ordre des avocats, a eu la joie d’être grand-mère. Désormais à la retraite, elle ne se la  coule pas douce pour autant… Grâce à sa longue expérience, elle pourrait exercer bientôt quelques missions de conciliation. Toujours très entourée, cette mamie célibataire n’a sûrement pas renoncé à sa vie de femme : c’est une véritable passionnée de dessin que Gabrielle, sa petite-fille, apprend depuis huit ans à connaître…

Quel est le rôle de la grand-mère actuelle ?

C’est être une mamie gâteau qui réconforte, qui fait découvrir plein de choses – pour moi le goût de la peinture –, et à qui on se confie. Avec Gaby, on a aussi essayé ensemble l’escalade et la patinoire. Elle me donne envie et me pousse ! Elle m’apporte autant que je lui apporte, c’est mon rayon de soleil ! Être grand-mère, c’est un rôle merveilleux.

Quelle relation avez-vous toutes les deux ?

On est très proches. Elle sait que le mercredi et le samedi après-midi lui sont réservés, et elle comprend aussi que le samedi soir et d’autres jours dans la semaine, ce sont des jours pour moi et mes amis. On en profite plus quand on est une jeune mamie : on fait les boutiques ensemble, on cuisine… Elle me donne le sentiment d’exister. Il n’y a pas plus important dans la vie que le fait qu’on vous donne de l’amour.

Que souhaitez-vous lui transmettre ?

Je lui ai transmis l’amour du dessin, et même si c’est la seule chose, c’est déjà merveilleux. Je lui donne certaines valeurs, bien sûr, mais c’est un rôle plus facile que celui de maman, car il n’y a que le bon côté des choses.

 

Complice à toute épreuve 

Joëlle, 72 ans

Ancienne professeur d’histoire, Joëlle, 72 ans, est la grand-mère de huit petits-enfants dont Jeanne,  17 ans, élève en 1re littéraire, qui est la cadette de cette joyeuse équipe. La jeune fille a facilement su convaincre « bonne-maman » de témoigner des relations profondes qu’elles  ont nouées avec le temps…

Pour elles, quel est le rôle de la grand-mère aujourd’hui ?

« C’est d’abord être là, énoncent-elles de concert. Et aussi transmettre l’amour de la culture, cuisiner des bonnes choses, transmettre ce que l’on aime, comme l’art, la lecture, mais aussi le théâtre, auquel nous nous rendons régulièrement ensemble. » « J’aimerais transmettre à Jeanne le fait de s’intéresser aux choses et aux gens, lui donner une curiosité de la vie », ajoute Joëlle.

Quelle est la grand-mère idéale ?

Jeanne sourit en regardant sa grand-mère : « C’est une grand-mère qui reste jeune, qui est à l’écoute, qui a du temps pour les petits- enfants. » Et de conclure : « La grand-mère idéale ? C’est bonne-maman ! »

Cqu’elles s’apportent mutuellement  ?

« Jeanne me permet de rester en contact avec la jeunesse,  dit Joëlle, ce qui me donne la possibilité  d’ouvrir de nouveaux horizons. » « Elle m’a donné le goût de la coquetterie, poursuit Jeanne, il y a une transmission féminine très forte dans la famille. » « En grandissant, Jeanne a moins besoin d’accompagnement : maintenant c’est moi qui demande plus souvent un avis que le contraire », avoue Joëlle.

Maman / mamie : quelles différences  ?

« C’est plus léger que d’être parent, selon Joëlle. On ne profite que des bonnes choses, et pas des soucis, même si on les accompagne quand il y en a. » « Je sais que je peux me confier à bonne- maman », confirme Jeanne. Même si elle s’avoue, toutefois, plus proche de sa mère.

 

Une « nana » exemplaire !

Lydia, 70 ans

Elle n’a jamais vécu au crochet d’un tiers. Elle qui travaillait dans une grande compagnie d’assurances a toujours pu compter, dans son foyer, sur un mari actif qui n’a jamais lésiné sur les tâches ménagères. Cette façon de faire se répercute encore aujourd’hui  : grande sportive («  5 à 6 h par semaine »), elle souhaite transmettre son dynamisme et son entrain à ses deux petits-enfants, Camille, 10  ans, et Arthur, 5 ans. Quand « Nana » (son surnom) parle, on l’écoute !

C’est quoi, pour vous, être une grand-mère  ?

C’est regarder vivre ses petits-enfants le plus possible, leur permettre de découvrir des activités. C’est être là pour eux, sur l’instinct et sur l’instant. Nous les gardons le mardi soir et le mercredi  ainsi que pendant les vacances, dès que les parents en ont besoin.

Que souhaitez-vous transmettre à vos petits-enfants  ?

De la gaieté, de l’espoir, la joie de vivre. Je veux leur faire découvrir que la vie est belle, même si elle n’est pas toujours ce qu’on veut qu’elle soit. J’aimerais leur transmettre le goût des voyages que j’ai eu la chance d’effectuer, mon amour du désert. Camille était épatée de savoir qu’on avait dormi à la belle étoile dans le désert avec son grand- père ! Arthur suit d’ailleurs  beaucoup mon mari quand il est à la maison le mercredi.

Quelles relations aimeriez-vous avoir avec eux  plus tard ?

J’aimerais être leur confidente à l’adolescence. Mon modèle ? La mamie de La Boum ! Je veux bien vieillir, mais pas « vieillir vieille ».

 

Mamie Jack croque la vie…

Jacqueline, 67 ans

Grand-mère de quatre petits-enfants, Jacqueline se « repose  » – façon de parler  – d’une  carrière  tourbillonnante  passée dans l’immobilier. Elle  qui a toujours été active entend profiter au maximum de sa vie de retraitée et de grand-mère. Même  si, elle l’avoue  bien volontiers, elle est aujourd’hui « débordée  » !

Comment vous appellent vos petits- enfants  ?

Mamie Jack ! C’est  mon premier petit-fils  qui m’a  trouvé ce nom lors de la soirée  d’anniversaire de mes 60 ans.

Quelle place accordez-vous à vos petits-enfants ?

Pas mal de temps ! Mais tout est très clair avec mes enfants : je ne suis pas là pour les élever, mais plutôt pour jouer le rôle de roue de secours… Comme  les scouts, je suis toujours prête !

Quel genre de grand-mère êtes-vous ?

Je me définis comme une mamie gâteau, assez cool. Je pars du principe  que si je garde mes petits-enfants, c’est pour bien m’en occuper, même  si j’ai  mes activités et que je ne m’empêche pas de vivre ma retraite. J’aime faire avec eux des activités créatives, on joue aussi aux cartes, au mikado. Je suis assez copine  aussi, je leur fais souvent des farces ! J’aimerais  devenir  la grand-mère de La Boum, la Poupette d’Orléans !

 

Jamais sans mes bouts d’chou !

Rosa, 66 ans

Etre séparée de ses petits-enfants ? C’est le cauchemar de Rosa ! D’un tempérament généreux, cette femme qui travaillait à la DDASS a toujours eu le sens des autres. Une caractéristique qui s’est prolongée dans son cercle privé : son mari exerçant son métier à Paris, elle eut un rôle majeur dans l’éducation de ses enfants. On ne s’étonnera donc pas que, quelques années plus tard, Victoire, 13 ans, et Adam, 6 ans, comptent sur une vraie mamie gâteau…

Pour vous, être une grand-mère, c’est quoi ?

C’est un bonheur immense : la joie de les cajoler, de jouer avec eux, de leur faire plaisir, d’avoir une nouvelle génération dans la famille. Je passe du temps avec mes petits-enfants, je les chouchoute, mais attention, je les gronde aussi quand il faut ! Les grands-parents ont un rôle éducatif, mais pas dans le même sens que les parents : on leur fait découvrir la nature, la pâtisserie, les promenades…, toutes les choses que les parents n’ont pas le temps de faire avec eux. Quand Victoire est née, je travaillais encore, mais j’ai gardé Adam comme une nounou. Je le garde mardi soir, mercredi et pendant les vacances.

Que partagez-vous avec eux ?

Victoire me fait découvrir les musiques qu’elle aime. Ça m’arrive de les aimer aussi, et ça l’étonne beaucoup ! Elle m’apprend certaines choses en informatique : je suis sur Facebook et Internet ! Elle nous fait aussi goûter sa cuisine. Adam est plus jeune, on fait la bagarre tous les deux. Il suit son grand-père comme son ombre dans le jardin. Enfin, je m’occupe de leurs devoirs.

Que voulez-vous leur transmettre ?

La valeur de la famille est très importante : quand j’étais petite, ma grand- mère vivait avec nous. Je complète l’éducation de leurs parents et je leur raconte les histoires familiales, leur histoire.

 

Une vraie « one-mamie-show » !

Danielle, 60 ans

Avec elle, terminé le cliché de la mamie trop sérieuse. Déléguée  générale  de la fondation Arboretums de France, Danielle  a toujours été une femme enjouée. Très « grand- maternelle » avec ses quatre petits-enfants, elle partage beaucoup de choses avec eux, et surtout des fous rires… « Un cinquième bébé est bien en route », dit-elle  : dans la famille, on n’a pas fini de rigoler…

Comment vous appellent vos petits-enfants ?

Mamilie ! C’est moi qui ai suggéré ce nom en me penchant sur le berceau de mon premier petit-enfant, en m’inspirant de l’histoire de Sissi.

Quelle place accordez-vous à vos petits-enfants ?

J’ai besoin de prendre de leurs nouvelles par le téléphone ou la webcam. Mes petits-enfants habitent Toulouse et Tours, je ne peux donc pas aller les chercher à la sortie de l’école. Mais je détesterais les garder par obligation. Quand je les ai, c’est intensément, du lever au coucher. On se rend au cirque, au muséum, on va voir Guignol… Je les amène à la culture comme je l’ai fait pour leurs parents.

Quel genre de grand-mère êtes-vous  ?

Je n’ai pas le même rythme de vacances que mes petits-enfants, puisque je travaille encore. C’est donc difficile de jongler avec les contraintes et les besoins de tout le monde. Je me rends disponible, mais sans être esclave.