MOZART ET LAMBADA

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Les tubes de l’été sont à la musique ce que Musso est à la littérature ou Les Visiteurs 3 au cinéma. Un vide artistique qui remplit les caisses. Une soupe de mauvaises notes qui sent la merguez-frites. Une soirée tongues au milieu des caravanes de Palavasles-Flots. Un éphémère morceau de musique beauf pour campingà-l’anisette et short-àsocquettes. Mais, qu’on le veuille ou non, ces « symphonies pour cash », conçues pour durer une saison, restent bien souvent gravées dans les mémoires. La Lambada, La Macarena, Barbie Girl, Yakalélo ou Tomber la chemise, n’ont rien à envier à La Flûte enchantée ou à la Traviata. Ricky Martin, Los del Rio, Yannick Noah ou Alliage sont devenus plus célèbres en un été que Vivaldi, Prokofiev ou Erik Satie en un siècle.

Moi-même j’ai longtemps été hanté par les cheveux mouillés et les gros lolos de Sabrina dans Boys boys boys (1987), plus que par le chignon guipuré de Maria Callas dans Carmen. J’avais 15 ans. Les tubes sont une jeunesse qui passe et qu’on n’oublie pas, un âge qui se périme vite mais qui marque pour toujours. Moi aussi, j’ai dansé des slows langoureux  sur The Power of love, embrassé goulument au son des Wham et prononcé vite fait, un peu bourré : « Je crois que je t’aime » sur fond de Pet Shop Boys. Mais on ne peut pas avoir 15 ans tous les ans. Les tubes s’enchainent, se ressemblent. Ils sont des clones d’eux-mêmes. D’année en année, ils font danser une jeunesse dont on ne fait plus partie, des bords de mer qu’on a laissés à d’autres. Nous abandonnons derrière nous les cocotiers et les filles lascives « United Benetton » d’une pochette de disque. Pourtant, je n’ai jamais vraiment aimé ces hits décomplexés, mi-rap mi-salsa, qui dès le 1er juillet font se trémousser la planète tout entière.

Ces rythmes brésilio-africano-croates où des « girls » en rut se frottent au pare-choc d’une Cadillac, devant un bad boy à chapeau de paille, exhibant un banjo. J’ai toujours trouvé ringardes ces mélodies en toc à consonances exotiques et aux odeurs de dessous-de-bras : Macarena, Lambada, Baïla, Maria, Tic-Tic-Tac… Mais audelà de ces ridicules danses du ventre pour apéro, qu’on passe en boucle dans les mariages ou sur la plage, chacun de ces tubes contient une partie de nous, une sorte de paradis perdu. Même si tous les étés, quand on allume la radio, c’est un peu plus « Mozart qu’on assassine ».