« N’hésitons pas à avoir une attitude bienveillante »

Géraldyne Prévot-Gigant est psychopraticienne, conférencière, écrivain, essayiste, et fondatrice des Groupes de Parole pour les Femmes. Elle vient de publier La force de la rencontre chez Odile Jacob* et nous livre son analyse de la situation, ainsi que les moyens – et l’intérêt – de préserver le lien avec nos proches durant cette période unique.

Avec le confinement, les gens gardent-ils malgré tout le contact avec les autres ?

J’ai observé plusieurs réactions, selon la personnalité de chacun. Majoritairement, il y a un repli sur soi. À partir du moment où l’on nous demande qu’il n’y ait plus de contact physique, la dimension nouvelle de cette situation entraîne un recroquevillement. Une partie de la population en profite pour faire une sorte de retraite, « faire l’ours », afin de recharger les batteries, se poser les bonnes questions qui vont permettre de réorienter sa vie en tenant compte de ses valeurs, de ses besoins. Une autre partie se coupe elle aussi du monde, mais est-ce pour réfléchir sur soi et se poser de bonnes questions ? Je n’en suis pas sûre.

En fait, comme il n’y a plus de contact physique, beaucoup de gens ont perdu tous leurs repères. C’est comme s’ils avaient oublié la chance que nous avons de pouvoir utiliser la technologie qui est à notre portée. Le défi est donc de remettre nos pendules à l’heure, et en même temps, de garder le contact avec les autres, de leur demander simplement comment ils vont. Dès que je pense à quelqu’un, je lui envoie un sms pour prendre de ses nouvelles. Il ne faut pas hésiter à avoir des attitudes bienveillantes.

Un article du Monde célébrait dernièrement les vertus du jeu en ligne. Mais tout cela, jeux, apéros sur Skype, Facebook, c’est quand même écrans et claviers à gogo, dont l’abus est déconseillé par les spécialistes…

C’est pour cela que les gens sont perdus. Les cartes sont rebattues, il y a de nouveaux comportements à avoir en ce moment, où tout est différent. Ce que l’on mettait au deuxième plan, on peut le mettre au premier. Et quand on pourra de nouveau se revoir, être tous ensemble, on rééquilibrera les choses. C’est une question d’adaptabilité. Facile à vivre pour certaines personnes, difficile pour d’autres. On voit des choses géniales, comme une comédie musicale ou des morceaux de musique créés à distance. La contrainte est l’apanage des optimistes, qui l’utilisent pour se challenger, avoir des idées, faire des choses qu’ils n’auraient jamais faites. D’autres s’enferment dans la non-communication, l’immobilisme. Cette situation accentue les traits de personnalité.

Les grands événements de la vie familiale et amicale sont zappés, comme les anniversaires, les mariages. On reporte à plus tard dans l’année ? Ou bien on prévoit une fête deux fois plus endiablée l’année prochaine ?

J’aurais tendance à conseiller la deuxième solution ! Ce qui est plein d’espoir, c’est de fêter le fait d’avoir traversé ça, de savourer deux fois plus la vie. Notre société est faite de relations. Tous ces événements rythment notre vie. Les moments forts sont ceux passés ensemble. Cette situation de confinement nous invite à prendre conscience de l’importance d’être ensemble. Ce qui n’empêche pas, en temps normal, d’avoir parfois besoin de solitude, mais à des moments choisis.

Les moments forts sont ceux passés ensemble. Cette situation de confinement nous invite à prendre conscience de l’importance d’être ensemble.

Et la vie de couple ? On prévoit de nombreux divorces à l’issue de cette période…

Le confinement nous confronte à ce qui ne va pas. Si le couple est fondé sur de mauvaises bases ou s’il commence à sortir des rails, ça va être très visible. Être 24 h/24 ensemble dans des endroits plus ou moins grands ne permet pas des respirations. Si le couple est dysfonctionnel, ça va s’exacerber. Un couple où il y a de la violence va connaître encore plus de violence (NDLR : les violences conjugales ont augmenté de 32 à 36 % depuis le début du confinement). Cette situation est un accélérateur. C’est un huis-clos, on se retrouve face à ce que l’on ne voulait pas voir. Ce qui était en mode cocotte-minute explose. Dans un mode de vie normal, le couple a besoin de respirations, même si l’un et l’autre s’entendent très bien. Chacun a sa vie, ses activités. Si l’on comprend la situation, si l’on comprend qu’elle n’est pas normale et factrice de stress, on doit parvenir à arrondir les angles. Si des tensions surviennent dans un couple harmonieux, il sait comment dégoupiller ce qui est en train de monter.

La vie amoureuse n’est pas simple avec les enfants/ados toujours à la maison…

Dans ce cas, il faut être très créatif (rires). Il n’y a pas d’espace pour le couple, au sens propre comme au sens figuré. C’est du ressort de chacun de trouver des stratégies pour avoir une vie de couple, et pas seulement de papa-maman avec les enfants.

Serons-nous différents « après » ? Quelles leçons en tirerons-nous ?

J’ai écrit sur mon blog un article très utopiste, avec l’espoir que ce que l’on vit est un nettoyage, que l’on peut créer tous ensemble quelque chose de différent, avec plus de respect de l’environnement, de l’être humain. La rapidité, la surconsommation, la compétitivité sont des valeurs qui selon moi n’en sont pas. Nous avons l’opportunité d’une sorte de renaissance. C’est mon côté optimiste, mais je crains tout de même que l’on revienne comme avant…

* À commander ou télécharger (livre électronique ou pdf) sur www.odilejacob.fr

www.geraldyneprevotgigant.com

 

Derrière l’écran
Dans son nouveau livre, Géraldyne Prévot-Gigant consacre un chapitre aux rencontres amoureuses virtuelles, via les sites ou les applis. « C’est très compliqué pour les gens, nous dit-elle. La problématique, c’est que le virtuel prend le dessus sur le réel. C’est un monde de sublimation et de projection. Toutes nos croyances, aidantes comme limitantes, vont se projeter sur l’écran, ce qui va entretenir des fantasmes. Soit il n’y aura jamais de rencontre réelle parce que l’une des deux personnes va être dans l’évitement, soit il y aura une rencontre, mais les deux n’auront pas les mêmes attentes. L’atterrissage dans le réel est violent, surtout si l’un des deux en joue, en faisant croire qu’il est le prince charmant ou qu’elle est la princesse charmante. Il y a de l’addiction, et de la déception quand on passe dans le réel. Sans oublier la relation à l’objet : c’est comme si l’on était en train de feuilleter un catalogue d’images, qui fausse notre rapport à l’humain. Il faut être vigilant là-dessus, faire en sorte que la technologie soit à notre service, et pas l’inverse. »


Propos recueillis par Sébastien Drouet

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