Pierre gallon : Haut de gamme

E5

Le Tourangeau Pierre Gallon est un virtuose du clavecin. Comme une machine à remonter le temps, l’instrument, après seulement quelques notes, nous ramène tout droit au XVIIIe siècle. Mais c’est à Tours, en 2017, que nous avons rencontré le musicien. Sébastien Drouet

Un superbe clavecin occupe une partie de la salle de séjour au rez-de-chaussée. Pas très loin, une viole de gambe voisine avec une guitare. Des partitions, des livres, des disques bien rangés attendent leur tour d’être consultés, écoutés. Bienvenue dans l’univers feutré de Pierre Gallon, 31 ans, claveciniste de son état, qui, d’aussi loin qu’il s’en souvienne, a toujours baigné dans la musique. Pensez donc, avec un père professeur de luth au conservatoire de Caen ! « À la maison, il y avait des instruments dans tous les coins, surtout des instruments baroques », se rappelle notre hôte. Attiré par le violon, il fait ses premières gammes vers 3-4 ans, se met au solfège à la même époque. « J’ai appris les notes avant les mots », sourit-il. Puis le clavier lui fait de l’œil. Plus facile à jouer que le violon, il est adopté par Pierre alors que ce dernier n’a que 9 ans. Un clavier ? Oui, mais pas n’importe lequel : un clavecin, « dont le son se rapprochait le plus de mon environnement quotidien ».

Ils ne se quitteront plus. Conservatoire de Caen, Conservatoire national supérieur de Paris, puis une belle, bien que jeune, carrière dans la foulée, avec concerts en solo ou au sein d’un orchestre (70 à 100 représentations par an), disques… Amateur de voyages, Pierre est comblé : il se produit beaucoup en France et en Europe, il a joué en Chine au printemps dernier, et s’envolera pour l’Amérique du Nord en 2018.

Aujourd’hui, le claveciniste savoure. « Mais j’en ai bavé. J’ai suivi un cursus parallèle à la scolarité normale dès l’âge de trois ans. Quand les copains allaient au foot le mercredi, moi j’allais au Conservatoire. Sans compter les deux heures de pratique quotidienne, du violon d’abord, puis du clavecin, sans jamais de vraies vacances. » S’est développée alors une liaison passionnée de l’artiste avec son instrument (qu’a très bien décrite, avec un autre objet, Patrick Süskind dans La Contrebasse). Une relation qui dure ! Mais pas de quoi rendre jalouse Claire, la compagne de Pierre, qui exerce la profession rare d’archetière et qui accompagne parfois, pour le plaisir, son homme à la viole de gambe. Paulin, leur petit garçon de 8 mois, écoute et regarde alors ses parents avec ravissement. Il y a plus malheureux…

Bio express
27/03/1986 : naissance à Falaise (14)
FÉVRIER 2006 : entrée au CNSM de Paris
2014 : premier disque solo
27/03/2017 : le même jour que lui, naissance de Paulin !
JANVIER 2018 : sortie de son 2e disque

 

Au rayon CD
Après un disque composé d’œuvres de Pierre Attaingnant (1494-1552), Pierre s’apprête à sortir sa deuxième galette en solo. Des œuvres de Haydn éditées chez L’Encelade, maison spécialisée en musiques anciennes. Dès la mi-janvier chez tous les bons disquaires !

 

Toujours à l’écoute
Quand il ne joue pas du clavecin, Pierre Gallon écoute beaucoup de classique, mais aussi de la chanson française. Ses chouchous ? Thiéfaine, Bashung, Fersen. Et une petite nouvelle – pour nous en tout cas – nommée L.

 

Tours, pôle des musiques anciennes
S’il n’y a qu’une centaine de clavecinistes en France à vivre vraiment de ce métier, il y en a 7 ou 8 rien qu’à Tours. « C’est une ville culturelle, historique, explique Pierre. On compte plusieurs formations de musiques anciennes ici, comme Doulce Mémoire, l’Ensemble Jacques Moderne, Diabolus in Musica… »
Plus qu’une particularité, une vraie richesse.

 

BAROQUE’N’ROLL
Longtemps Parisien – il a rejoint sa compagne à Tours il y a trois ans – Pierre a notamment joué dans le groupe Archaic System, qui proposait de la musique plutôt rock interprétée avec des instruments baroques, dont le clavecin. « On a joué à la Boule noire, on est passés sur Nova, dans les Inrocks… Mais on a eu peur du succès. » Et le groupe s’est dissous.