Post-parasolum, animal triste

La rentrée est une petite mort. Elle annonce la fin d’une époque. Elle est une tranche de vie qui s’achève. Les parasols se replient, les plages se vident, la mer qui n’existait que pour nous roule à présent inutilement ses vagues pour rien ni pour personne ; le ciel si bleu d’il y a quinze jours semble ne plus avoir la même couleur : son azur est glauque, il sent le mois de septembre. Le soleil, ce faux-frère, chauffe encore, alors qu’on n’en a plus besoin. Le jour lui-même ne fait plus de résistance, renonce à durer tous les soirs et préfère laisser peu à peu place à la nuit. Comme parfois après un orgasme, après les vacances une affreuse tristesse recouvre le monde. Un cafard d’enfant envahit chaque rue, enduit chaque façade, s’infiltre dans chaque coeur. Les bruits, la lumière, la géométrie des choses ne sont soudainement plus les mêmes. Ils font automne. Le monde a brusquement changé de visage. Il a rangé son bermuda, ses tongs, sa crème solaire et a remis tailleur, cravate et après-rasage. Le bronzage n’est plus que la trace éphémère de ce que nous avons été : des animaux libres et insouciants le temps d’une saison. Mais cigales, nous devons redevenir fourmis. La Loire n’est plus cette plage immense pleine de baigneurs, mais à nouveau un fleuve qui tous les matins à 8 heures regarde les salariés partir au travail. Les senteurs de barbecue ont laissé place aux brocolis vapeur de la cantine d’entreprise et l’apéro à l’ombre d’un olivier centenaire se résume au café en gobelet sous la clim d’un bureau éclairé au néon. Chaque rentrée de septembre nous prouve que les vacances ne sont pas que du bon temps mais un laps de temps, une durée. C’est-à-dire une densité de moments qui ont existé et qui ne sont déjà plus. Des clichés que nous nous repassons en fond d’écran pour les faire durer encore un peu. Mais ces souvenirs sont comme les ondes des ricochets sur une rivière. Ils se succèdent à toute vitesse pour disparaître rapidement. Le train-train reprend insidieusement avec son stress, ses rendez-vous, ses obligations et sa routine. Et comme Cocteau, on en vient alors à se demander en entrant chaque matin dans son bureau, comment vite à nouveau s’en échapper.

Alexandre Moix