Quand la rupture rend fou

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À l’heure où les divorces se multiplient, trop d’enfants sont victimes d’aliénation parentale, une forme de maltraitance mettant en danger leur équilibre affectif et psychologique.

 

Le film Papa ou maman, sorti début février au cinéma, pointe du doigt un problème primordial dans la séparation du couple : la garde des enfants. Si, à l’écran, les parents se déchirent pour laisser les bambins à l’autre, c’est généralement l’inverse qui se produit dans la vie. Chacun voulant vivre auprès de ses petits, les deux ex-compagnons – soudain devenus adversaires – se chamaillent, usent de stratégies et de coups bas, tentent le tout pour le tout afi n de remporter la bataille et de garder leur progéniture auprès d’eux. Malheureusement, cette guerre familiale se déroule souvent sous les yeux des enfants, premières victimes des divorces.

Une forme de maltraitance

Lorsque les parents se disputent devant leurs chérubins, il arrive que ces derniers choisissent leur camp et prennent parti pour l’un d’eux. On parle alors d’« aliénation parentale ». À force d’entendre son père dénigrer sa mère, ou vice-versa, l’enfant se range paradoxalement du côté du plus fort, car il sait que le plus faible l’aimera malgré tout. C’est une manière d’acheter les sentiments du parent aliénant. Ce dernier est souvent un être manipulateur, narcissique, jaloux et parfois même violent, qui utilise le chantage affectif pour rallier ses têtes blondes à sa cause. Il s’agit d’une sorte d’endoctrinement de la part de l’adulte, similaire à l’embrigadement au sein d’une secte, une maltraitance psychologique qui peut nuire à l’équilibre des plus jeunes. La notion d’aliénation parentale a été introduite dans les années 80 par le Dr Richard Alan Gardner. Ce syndrome, qui n’est toujours pas reconnu aujourd’hui en tant que trouble par les systèmes médical et judiciaire, survient la plupart du temps dans le cadre d’une séparation difficile. S’il est naturel de vouloir garder ses petits dans son nid, certains géniteurs ont de moins bonnes raisons de se faire la guerre. L’altercation peut en effet être perçue comme une façon de se venger du partenaire à l’origine de la rupture. Dans tous les cas, il faut laisser les enfants en dehors de cela.

 

Un trouble difficile à prouver

L’aliénation parentale se traduit par un changement de comportement chez l’enfant. Celui-ci développe une haine envers sa mère ou son père et ses arguments pour tenter d’expliquer ces attaques ne tiennent pas debout. Il s’en prend également à tous les proches du parent dénigré, sa famille et ses amis, et n’hésite pas à employer des phrases du parent aliénant. Surtout, il ne montre pas la moindre culpabilité. Il n’a aucune raison d’en vouloir à l’un ou à l’autre, et le fait pourtant avec violence – pleurs, insultes, coups –, sans regret et de manière continue. Le parent sain ne doit pas se laisser faire. Dès les premiers symptômes, il doit reprendre la situation en main s’il ne veut pas perdre tout contact avec son enfant et encore moins mettre son équilibre en danger. Les victimes d’aliénation parentale deviennent en effet fragiles psychologiquement et entretiennent des relations compliquées avec les autres, parfois tout au long de leur vie. Il faut alors savoir s’imposer et montrer qu’on peut être à la fois gentil et fort. Surtout, il faut redonner le droit à l’enfant de rester en dehors des affaires des grands et ne pas hésiter à remettre en place le parent aliénant lorsque celuici ment et manipule ouvertement. Il est indiqué de consulter un thérapeute pour prendre conseil, et d’en parler au juge aux affaires familiales, même si le syndrome d’aliénation parentale est difficile à prouver et n’est pas encore pris en compte par le droit des familles