Qui se cache derrière Dr. Pêche ?

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L’homme d’image ne veut pas se montrer : nous n’aurons pas son portrait (« ce n’est pas intéressant »), et nous ne connaîtrons pas son nom (proche de « pêche »), ni même son prénom. « Pêche, c’est bien », sourit-il. Mais dès qu’on aborde son travail, le « poète visuel » ne cache rien. Sébastien Drouet

Chaussé et vêtu de rouge clair des pieds jusqu’à la base du cou, le grand quadra portant barbe et lunettes nous ouvre la porte de l’appartement du centre-ville où il vient d’emménager. C’est à peine s’il a eu le temps de sortir quelques affiches choisies parmi celles qui ont fait sa réputation internationale, alors qu’il est mystérieusement méconnu en France, même localement. « Vous êtes le premier journaliste que je rencontre », nous dit Dr. Pêche. C’est vrai, mais difficile à croire quand il déroule son book sur l’ordinateur qui fait office de galerie virtuelle. Méconnu du grand public, donc, pas des institutions ni des entreprises culturelles. Par exemple, c’est lui qui, pendant huit saisons, a créé les affiches des spectacles joués au CDN dirigé alors par Olivier Py : « Normalement, ils changent de graphiste tous les ans, mais comme j’arrivais à me renouveler… En plus, on s’entendait bien. » Les affiches du Bouillon, à La Source, et des restaurants du Crous ont aussi servi de supports d’expression à son imagination débordante qui fait la part belle au visage, au corps.

Pêche, titulaire d’un bac D (biologie/chimie), utilise souvent l’imagerie médicale dans ses créations : « Je trouve que l’artiste est proche du scientifique. Tous deux recherchent. » C’est aussi pour cela que son nom entier comprend un autre mot lié au monde de la science : « Laboratoires CCCP = Dr. Pêche + Melle Rose », telle est la signature complète de ce « collectif individuel » amateur d’oxymores. L’explication de texte nécessiterait plus d’un article, mais on indiquera tout de même que CCCP, outre un clin d’œil à son (léger) bégaiement, se rapporte à une passion pour le graphisme soviétique d’antan, et Melle Rose à ce personnage mystérieux aux traits asiatiques de l’ancienne version du Cluedo. L’Asie… Grand voyageur, Dr. Pêche n’en a pas fini avec ce continent. Depuis peu, c’est sur la Chine qu’il a jeté son dévolu, en compagnie de son acolyte Cédrick Vannier, peintre de son état : « Nous allons là-bas en immersion, nous rencontrons des gens, nous sortons. Notre projet n’est pas de faire une œuvre commune, mais de dialoguer entre nous. » Leur travail de longue haleine sera exposé en 2020 à la collégiale Saint-Pierre-le-Puellier. Peut-être un vrai début de reconnaissance locale ? 

laboratoires-cccp.org

Le projet mené en Chine avec Cédrick Vannier est visible sur Instagram : Eclipseexquise 

Et sur le site web : eclipseexquise.com 

 

Bio express 

5 mai 1976 : naissance à Orléans

2003 : Grand Prix et Prix d’Honneur, Triennale de Toyama (Japon)

2005-2007 : exposition à Osaka et Tokyo (monographie)

2007-2017 : expositions collectives, conférences, workshops, publications… Centre Pompidou, Musée de l’Hermitage de
Saint-Pétersbourg…

2017-2020 : « Éclipse exquise » : Chine immersive avec Cédrick Vannier 

 

Collectionnite aiguë

Jeune, notre interlocuteur a fait collection de timbres, boîtes d’allumettes et autres objets mêlant dessin et écriture. Mais c’est dans un autre domaine qu’il s’est distingué de 11 à 16 ans environ : le modélisme ferroviaire. Invité dans divers salons, jusqu’en Belgique et en Écosse, il se déplaçait avec son père en tractant une caravane achetée exprès pour installer son réseau miniature… géant (8 x 1,20 m une fois monté).

 

International

Les affiches de Dr. Pêche ont été exposées dans une trentaine de festivals aux États-Unis, au Canada, en Chine, en Bolivie, en Iran… Il a obtenu des prix au Japon et exposé à Osaka et Tokyo. En 2017, à Taïwan, son travail était bien en vue lors d’une grande rétrospective consacrée au design français. Et déjà en 2009, à Kiev, il figurait dans le top 20 des designers graphiques !