« Rien de pire qu’un tableau qui n’est pas vu »

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Olivia Voisin l’assure : « La transmission des œuvres, de génération en génération, est le fondement même des musées. » La directrice de celui des Beaux-arts d’Orléans multiplie les initiatives pour réussir cette mission… et toutes les autres qui lui incombent ! Sébastien Drouet

Peut-être après la lecture de cet article ne visiterez-vous plus jamais un musée de la même façon. Car il faut se rendre compte à quel point derrière chaque tableau, chaque sculpture, chaque élément exposé en général, se cachent d’autres trésors : des trésors de patience, de savoir-faire, de volonté, pour, en ce qui concerne un organisme comme le musée des Beaux-Arts d’Orléans par exemple, mettre de côté des éléments du patrimoine afin de les protéger, de les transmettre aux générations futures. « Une fois entré dans les collections publiques, le patrimoine devient inaliénable, rappelle Olivia Voisin, directrice du MBA. Dans des siècles, les œuvres seront encore là. » Et dans le meilleur état possible. Acquérir, étudier, conserver, restaurer, porter à la connaissance du public, telles sont les attributions des musées nés après la Révolution pour transmettre les collections, royales d’abord, autres par la suite. Mais lesquelles montrer, quand les réserves en regorgent ? « Ce sont les conservateurs qui choisissent, répond Olivia, elle-même conservatrice, spécialiste des œuvres post-1750. J’aime le musée qui bouge. Donc, ça change souvent ; je fais en sorte qu’il y ait un nouvel accrochage chaque mois. Nous prêtons beaucoup aussi pour des expositions, c’est l’occasion de sortir des œuvres. » Le « musée bouge » aussi par la grâce de travaux : fin mai, le parcours XVIIIe siècle sera achevé au premier étage. Quant au deuxième, il abrite 145 œuvres des XVIe et XVIIe siècles, soit 30 % de plus qu’avant l’arrivée de la directrice. « Rien n’est pire qu’un tableau qui n’est pas vu », confie celle-ci.

Les déficients visuels aussi

Encore faut-il qu’il soit bien vu ! L’éclairage est prépondérant, et en la matière, la technologie évolue : « L’éclairage est nouveau, en Led, avec alternance de spots chauds et de spots froids. » Résultat : « On redécouvre des choses, on distingue des détails qui en disent beaucoup sur l’histoire du tableau, de son auteur. Nous transmettons donc mieux. » L’animation, elle aussi, est primordiale : des conférences, des concerts sont régulièrement donnés derrière les murs. Et le public est sensible à ce renouveau : 65 000 visiteurs ont pénétré les lieux en 2017, contre 30 000 en 2015. Parmi eux, des « primo-visiteurs » qu’il a fallu séduire. « Nous organisons des visites pour les personnes déficientes visuelles. Il faut leur expliquer le portrait, le pastel. C’est une transmission fabuleuse ! », s’enthousiasme Olivia que nous laissons à ses nombreuses occupations. Parmi elles, la préparation du voyage en Chine, dont elle sera au mois d’avril, et au cours duquel elle découvrira les 14 musées de Yangzhou, afin d’envisager des partenariats. Dans le cadre de ce séjour, chacun le sait, une statue de Jeanne d’Arc, cadeau diplomatique du maire, sera inaugurée là-bas. Il s’agit d’un tirage réalisé à partir de l’œuvre qui s’élève devant l’hôtel Groslot, à propos de laquelle la directrice du musée des Beaux-Arts a un avis : « Elle est emblématique de notre ville, signée d’une sculptrice de talent, la fille de Louis-Philippe. Une Jeanne en prière à laquelle elle était très attachée. » Marie d’Orléans a aussi réalisé ou fait réaliser un buste de Jeanne que le Musée est en train d’acheter. À découvrir prochainement !

Musée des Beaux-Arts, 1, rue Fernand Rabier – 02 38 79 21 83