Seconde peau

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Nos vêtements ne sont pas que de simples bouts de tissus. Ils sont surtout des morceaux de nous-mêmes. Des échantillons de nos vies, de nos « moi » successifs qui changent et qui évoluent, des fragments de notre temps qui passe. Pantalons, shorts, tee-shirts, salopettes, minijupes, bermudas, corsaires et autres débardeurs sont nos agendas. Ils nous datent à tout jamais, nous inscrivent dans des époques révolues, nous figent dans un passé vite dépassé. Ils sont la mémoire de ceux que nous avons été jadis, de ceux que nous ne sommes déjà plus. Bouts de cotons imbibés de souvenirs, ils sont nos lignes de vie. Pour ma part, j’ai été un « enfant sous-pull ». Orange-Casimir,

vert-pomme ou jaune citron, avec cols roulés en laine qui grattent et manches cintrées trop longues qui dépassaient des anoraks. Mes années 70 portaient aussi des salopettes à pattes d’éléphant, des pantalons en velours et des sandalettes translucides. J’ai également été bretelles, Kickers à points rouge et vert aux semelles et blouses écossaises. Puis, dans les années 80, baggy à poches XXL, pataugas kakis et tee-shirts Star Wars dix fois trop grands. Mes débuts dans la vie se firent en jean’s ultra slim à la Dave d’abord, puis extra large à la Joe Dassin, avec polo coloré version sitcom ou finaliste de Rolland Garros. J’ai eu ma période mélange des couleurs qui ne vont pas ensemble, baroudeur à cape de chasseur huilée, bad boy à blouson de faux cuir, dandy à veste Mao. Les vêtements sont des vitrines qu’on habite 24 / 24 et derrière lesquelles on cache ses névroses et ses états d’âme. Des secondes peaux que l’on revêt quand on n’est pas bien dans la sienne. Nos vêtements sont bien souvent le miroir de ce qu’on ne veut pas voir de nous-mêmes. Montre moi comment tu t’habilles je te dirai qui tu es ! Jogging à une jambe tombant sous le caleçon des banlieusards ou « barbour » prout-prout à foulard, les dress codes, dressent de nous de fameux portraits-robots. En plus de nous donner un âge, ils nous cataloguent socialement. Personnalité moutonnière ou individualité exacerbée affichant notre différence, nos habits nous vont comme des gants.