Sophie, clown à l’hôpital

© Stéphane Hussein © Stéphane Hussein

Comédienne professionnelle, Sophie met son talent de clown au service des enfants malades avec l’association Le Rire Médecin. Elle nous dévoile son quotidien, côté cour et côté jardin. En piste !

 

6 h 30

Je ne sens pas la fatigue. Aller jouer la comédie à l’hôpital, ça me booste. J’attaque un consistant petit déj. Fromage, Ricoré et tartines, avec une part de gâteau. Accro au programme de France Inter, ma journée sera bonne si l’invité politique me plaît. Je m’accroche à des petites choses, avant de plonger dans l’atmosphère aseptisée.

 

9 h

Dans le hall de l’hôpital Madeleine, je retrouve ma collègue Myriam. Grimages et costumes. Dès que je mets le nez rouge, je suis Melle Zaza. Mymi en Marie-Lou, sur mes talons, marche au pas. « Faut que je la surveille, c’est moi le chef ! », je lance à la ronde, en traversant la cour de l’hôpital jusqu’au service pédiatrie. On joue toujours en duo. Si un clown se sent moins bien à un moment donné, l’autre prend le relais. Je n’ai pas vraiment le trac comme dans un spectacle classique, mais plutôt une mise en tension particulière. On entre dans la chambre d’un petit garçon. Mymi me chipe mon sac rose. Je lance une course-poursuite en blaguant avec le petit malade. On fait un remue-ménage imaginaire, histoire de faire s’envoler les murs pour quelques instants. « Attention, nous prévient l’infirmière dans la chambre voisine, c’est une princesse ici. » « On est belles comme ça ou faut-il qu’on mette aussi une cape bleue ? », demande Mymi. Au fur et à mesure de nos visites, une connivence s’installe avec les soignants.

 

12 h 30 

Démaquillage. Puis pause sandwich, J’ai soif car l’air est sec. Un petit chocolat trempé dans le café, et c’est reparti pour l’après-midi. Aux consultations pédiatriques, on se glisse sous le bureau du professeur, en complicité avec l’enfant en rendez-vous : « Chuuut tu ne lui dis pas qu’on est en-dessous ! » On descend les chaussettes du médecin, on lui magouille ses lacets. Il joue le jeu, ça lui permet de transmettre une autre image de lui à l’enfant. Je trouve incroyable et à la fois rassurant cette capacité qu’ont les gens à entrer dans l’humour.

 

17 h

C’est quand je baisse le masque que je me rends compte que je me suis laissé traverser par plein d’émotions. Dans l’action, on est des éponges car les gens déchargent émotionnellement sur nous.

Mais derrière le clown Zaza, il y a Sophie, le pilote qui drive tout ça. Ça a besoin de décanter. J’ai envie de me faire plaisir. Je passe acheter des fleurs avant de rentrer chez moi.

 

18 h 30 

À la maison, j’ai des difficultés à dire à mes enfants que j’ai travaillé, car c’est comme un immense terrain de jeu. Il faudrait inventer un terme : j’ai « travajoué » ! Depuis que je suis clown, ça change mon quotidien. Ça me permet de relativiser et de développer une force. Comme fêter des choses quand il n’y a rien à fêter. Le soir, pour me vider la tête, je me cale devant L’amour est dans le pré avec des M&M’s. Très vite, mes yeux papillonnent.

 

Les bénévoles sont bienvenus pour rejoindre le comité de soutien local.
www.leriremedecin.org / antenne.orleans@leriremedecin.org