Tendance toutes haut perchées

La Halle aux Chaussures – 47,99 €

Lucile, du bureau de style Univers mode, spécialiste des accessoires de mode, décrypte le phénomène des talons spectaculaires. Une tendance qui a fait ses premiers pas il y a déjà quelques années.

 

N’en déplaise aux adeptes du confort postural, le talon haut revient en force cette année. Plus travaillé que jamais, il attire à lui seul tous les regards. Retour sur un phénomène qui risque bien de nous emmener très loin… et très haut.

 

Lucile, comment le talon des chaussures est-il devenu un art ?

Le travail du talon a toujours existé, de façon plus ou moins importante. À la fin des années 1930, le Français Steven Arpad proposait déjà des modèles impressionnants pour Balenciaga. On se souvient également de la chute de Naomi Campbell lors du défilé de Vivienne Westwood en 1993 : ses platform shoes ont marqué les esprits ! Plus récemment, la créatrice Nathalie Elharrar a développé pour la marque Paule Ka, saison été 2007, une sandale dont le talon compensé était transparent à bulles et dont la forme, très arrondie, laissait imaginer les pires cascades pour ses utilisatrices.

 

Quelles sont les marques spécialisées dans le talon excentrique ?

Concevoir une chaussure relève parfois de l’architecture. Les créateurs doivent étudier le placement du poids du corps pour transformer et optimiser le talon des chaussures. Notez qu’il doit pouvoir supporter une soixantaine de kilos, alors pas question de le construire n’importe comment ! On peut citer la marque United Nude, née en 2003 de l’association d’un architecte allemand et d’un fabricant de chaussures anglais. Et depuis, United Nude ne cesse de nous épater par des créations toujours plus audacieuses, comme le modèle Möbius, dont le talon est creux, puis les Eamz, ode au célèbre fauteuil. Le talent de ses concepteurs a d’ailleurs été présenté au grand public lors d’une exposition aux Galeries Lafayette Haussmann, en février 2012. Leur travail sur le volume va loin puisque qu’ils ont mis au point une technique nommée « Lo Res » (pour Low Resolution) qui consiste à simplifier un volume par un logiciel travaillant sur la 3D (http ://www.loresproject.com/). Par ailleurs, Julian Hakes a également poussé le travail architectural assez loin avec son modèle Mojito : il n’y a plus rien sous la voûte plantaire ! Le poids du corps est réparti sur l’avant du pied et le talon.

 

Et aujourd’hui, que proposent les créateurs ?

Aujourd’hui, les chaussures sont futuristes. Les formes et les matériaux sont de plus en plus innovants – plexi, gomme, métal… – et se marient les uns avec les autres. Des découpes très graphiques se dégage une allure sportive. On joue sur le mix des matières et des couleurs, les contrastes mat/brillant, transparent/opaque… Nicholas Kirkwood, pour Erdem, a travaillé un modèle en mixant les matériaux transparents et opaques : le montage du talon lui-même est visible. Le duo mexicano-catalan Martinez Lierah propose chaque saison des modèles à l’allure futuriste. Enfin, Vincent Bottesi a poussé son travail de la chaussure tellement loin qu’il en parle comme de créatures : les talons s’apparentent à des griffes d’animaux. Irregular Choice (qui a travaillé cette saison des talons en bois de différentes textures) et Jeffrey Campbell pensent à nous avec des modèles à moins de 150 €.

 

Quelles marques nous conseilles-tu afin de ne pas avoir l’air de sortir d’un film de science-fiction ? 

Heureusement pour nous, on trouve des modèles plus appropriés à une vie citadine, mais néanmoins originaux. Pour porter plus facilement ce type de chaussures, je suggère de les choisir unies ou dans des coloris en camaïeux, avec une tige (c’est-à-dire la partie qui recouvre le pied) très simple. Pour avoir une allure plus légère, préférez également les modèles dont la plateforme n’est pas trop épaisse. Charles Jourdan et Céline nous ont proposé cet hiver des compensées très faciles à porter, aussi bien la journée que le soir.

San Marina – 99,90 €