Une rue, une femme, une histoire : Marguerite Durand

Histoire_Marguerite Durand

Sur les 1 319 voies dénombrées à Orléans, très peu portent le nom d’une femme. Au point que l’on pourrait les compter sur les doigts de deux mains ! La première rue de notre série rend hommage à une figure de proue du féminisme, première patronne de presse.

C’est une petite rue résidentielle du quartier Belneuf, longue de 150 mètres, tout au plus. Son nom ? Marguerite Durand (1864-1936). La plaque rappelle que Marguerite fut journaliste. C’est vrai, mais ce n’est pas son premier métier. Jeune, elle était actrice, à la Comédie-Française s’il vous plaît, « actrice adulée » précise même Elizabeth Coquart dans la biographie qu’elle lui a consacrée (La Frondeuse : Marguerite Durand, patronne de presse et féministe, chez Payot). Elle s’illustrait dans les rôles d’ingénue, incarnant, à 21 ans, Ismène dans Phèdre et Junie dans Britannicus.

La vie de Marguerite Durand se fond parfaitement dans l’histoire de la Troisième République, dont elle suivit au plus près les tribulations. Délaissant les décors et les costumes, elle épousa un député, devint journaliste, dirigea avec son mari (avant de s’en séparer) un journal, La Presse, entra au Figaro en 1891, assista aux procès d’Alfred Dreyfus – elle était une ardente défenseuse du capitaine injustement soupçonné de trahison – et fonda, en 1897, La Fronde, journal entièrement écrit et réalisé, y compris techniquement, par des femmes. Le féminisme, elle l’avait découvert à l’occasion d’un congrès, où le rédacteur en chef du Figaro l’avait envoyée en lui demandant d’écrire un article humoristique, voire moqueur. Elle refusa de rédiger un texte sous cet angle. Au contraire, elle épousa dès lors, à fond, la cause des femmes.

Guillaume II séduit

Créer un journal 100 % féminin ? Un défi à l’époque, on l’imagine facilement, qui vaudra à Marguerite et son équipe les railleries des plumitifs à moustaches… On doit aux campagnes menées par cet organe de presse de grandes avancées pour la cause féministe. Femme libre, Marguerite Durand fut courtisée par Georges Clemenceau, Aristide Briand et l’empereur allemand Guillaume II, rien de moins ! Mais ce sont les hautes sphères de la finance que le cœur de cette passionaria, qui revendiquait le droit à la coquetterie et à la séduction, va plutôt viser… Son cœur et son portefeuille, car, véritable panier percé, elle dépensait sans compter pour elle-même et pour les œuvres qu’elle défendait. On lui doit ainsi l’ouverture du premier cimetière animalier à Asnières, en 1899. Elle a aussi créé la bibliothèque féministe qui existe toujours (bien que modernisée) et qui porte son nom, située à Paris, dans le 13e arrondissement. Ses carnets intimes, riches de ces anecdotes qui font l’histoire, y sont conservés.

Sébastien Drouet