Vide-grenier ou trop plein de nostalgie ?

C’est la saison des VIDE-GRENIERS, le moment de l’année où l’agenda des brocanteurs est le plus chargé. Les WEEK-ENDS se parent des formes et des couleurs fifties, sixties ou seventies, c’est selon. 

Au gré des étals de marchands, les objets, les disques, les publicités (réclames devrais-je dire) nous immergent dans un bain de nostalgie. La foule se presse, s’agite, ça fouille, ça touche, ça soupèse, ça discute. La chasse au trésor est ouverte. J’en suis. Je fais face à une boîte de Pot-Coc, pour les non-initiés c’est un truc en verre plutôt fragile et pas pratique qui servait à cuire les œufs. Pour les initiés c’est celui de ma grand-mère. Et soudain je suis pris d’un doute ÉNORME, je me demande ce que tout le monde fait dans ce champs désaffecté un dimanche à 8h du mat’. On roule vers le bonheur en marche arrière ? On se réchauffe dans le manteau du passé ? Et… si c’était mieux avant ?

Ici, dans le pré carré de « Sa majesté vintage », on serait tenté d’y croire, en faisant fi des chercheurs de tous poils qui mettent les bouchées doubles pour nous projeter dans un futur idyllique.

Mais qu’en est-il au fond ? Du coup je reluque autour de moi.

À droite un gros téléphone à cadran en bakélite, la composition du numéro demandait une concentration intense car le recomposer était plus long que la conversation à suivre.

Le smartphone nous exonère-t-il de ces affres ? Celui qui relie parents et enfants aux quatre coins de la planète, celui qui est l’antidote à la séparation physique des amoureux, celui-là, enfin, qui nous géolocalise,n ous bombarde d’offres inutiles et nous condamne à porter un bracelet électronique à vie alors que notre seule infraction est la surconsommation. À côté un jeu de petits chevaux, un peu usé, les parties étaient monotones et fastidieuses mais lorsque la fin de journée sentait l’écurie, la « geek attitude » ne se pratiquait qu’en famille. À gauche, de la technologie encore, voici un vieux minitel, ancêtre annonciateur de la révolution numérique. Alors que dire des fabuleuses connections Internet qui autorisent des opérations chirurgicales à distance et sauvent des vies, alors qu’en même temps ces mêmes canaux peuvent les faucher via le cyber-harcèlement.

Était-ce mieux avant ?

L’affaire n’est pas si simple. Cette question est fondamentale et pourtant ses réponses sont bien précaires. Les vertus et les défauts se cachent les uns derrière les autres, profitant ainsi du phénomène d’aspiration pour apparaître chacun leur tour. Bon alors regardons droit devant nous et… et quoi ? Ma boîte de Pot-Cot a disparu, happée par un chineur moins chinois que moi. Je n’ai plus qu’à me faire cuire un œuf, au micro-ondes cette fois. Vive le progrès.