Yann Hervis, l’art et la matière

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Marqueteur, sculpteur, graveur, designer, Yann Hervis, « héritier d’une lignée d’ébénistes implantée à Orléans depuis le tout début des années 1900 », comme le rappelle son amie Anne-Marie Royer-Pantin, fait partie de ces inclassables allergiques aux étiquettes !
Sébastien Drouet

Quand nous l’avons rencontré, Yann Hervis s’apprêtait à partir en Chine avec la délégation orléanaise. Si, pour lui, Yangzhou restait à découvrir, l’Asie est une partie du monde qu’il connaît déjà très bien. Singapour, Hong Kong, Taipei, sont autant d’endroits où il a exposé. Aux États-Unis aussi, ses œuvres figurent dans de nombreuses collections publiques et privées. Mais qui êtes-vous donc, Yann Hervis ? « Je suis designer plasticien », répond le jeune homme de 62 ans qui en paraît 15 de moins. Seul un Bob Dylan de 1979, sur la platine, trahit son âge… Revenons à nos moutons, ou à nos clous plutôt, Yann ayant conçu ceux en bronze qui jalonnent la promenade dans le quartier historique. Justement, il se dit très attaché à l’histoire. Parmi ses dernières réalisations : les Témoins, « une œuvre à quatre mains, avec Anne-Marie Royer-Pantin. Je m’occupe de la partie plastique, si l’on peut dire, de l’objet, et elle de l’histoire. » On compte 50 de ces bornes en acier dans tout le centre d’Orléans, chacune portant la marque de leur créateur. Son art : « Je travaille les matériaux dans le cadre de projets lourds qui impliquent des équipes. »

Si son atelier est à Chécy, Yann Hervis nous reçoit à Orléans, chez lui, dans une maison très moderne qui lui sert aussi de hall d’exposition. Là, toute sa palette est montrée aux happy few conviés à franchir les grilles. Designer ? Un métier de rêve, embrassé après avoir suivi des cours en fac d’anglais et après avoir exercé pendant cinq ans la profession… d’instituteur. Mais le peintre Roger Toulouse, dont il fut l’élève, lui fit comprendre que là n’était pas sa voie. Yann stoppa donc net, se forma à d’autres disciplines tout seul, dans les années 1980, et provoqua des rencontres importantes, avec Philippe Starck, avec Andrée Putman surtout : « Je suis allé chez elle avec mon énorme book, elle m’a reçu et proposé de faire le portrait d’Yves Saint Laurent en marqueterie. J’ai rencontré ce dernier, vite fait, et le portrait est parti pour Chicago. » La machine était lancée ! Après, il va parcourir New York dans tous les sens, et tellement d’autres villes encore, tout en restant fidèle à Orléans malgré d’alléchantes propositions pour s’établir outre-Atlantique. « Mais j’aime l’Europe,
et j’aime ma région. Je suis à l’aise ici »
. 

yann-hervis.odexpo.com

 

 

Bio express 

1983 : sélectionné et acheté par le Fonds national d’art contemporain pour la collection permanente du musée des Arts décoratifs de Paris.

1985 : commande d’un portrait d’Yves Saint Laurent par Andrée Putman pour le showroom du couturier à Chicago.

1989 : première exposition personnelle à Singapour dans le cadre de la Semaine française.

2004 : le Clou d’Orléans.

2017 : les Témoins d’Orléans en collaboration avec l’écrivain Anne-Marie Royer-Pantin. 

 

Ses artistes préférés

Bacon, Cézanne, l’école de Pont-Aven, les expressionnistes allemands, les artistes abstraits font partie de ses références. Mais il reste très ouvert : « Les bagarres entre défenseurs de l’art abstrait et défenseurs de l’art figuratif me font rigoler », dit-il.

 

Son quartier préféré à Orléans

Pas un quartier, un fleuve : « Les bords de Loire ici, c’est magique. Je vais souvent à vélo jusqu’à mon atelier, en longeant le fleuve. J’adore ! » Le vieil Orléans a aussi ses faveurs.

 

Citoyen du monde

La ville qu’il préfère au monde (à part Orléans, bien sûr) ? Ce n’est pas une surprise : New York, « où la création est partout. Mais Chicago aussi est fascinante. » Plus inattendue : Gozo, dans l’archipel de Malte. « C’est la synthèse de tout ce que j’aime, la culture anglaise et la culture italienne. » Citons encore Cadix, Malaga. Et l’Asie. Mais Yann, volontiers disert, en parlerait des heures !