Le magazine féminin des Orléanaises (depuis 2010)

ALORS TU M’AIMES : OU TU ME LIKES ?

Je me souviens, adolescent, d’un raisonnement mathématique appelé « les six poignées de main ». Cette théorie fut émise par un chercheur hongrois en 1960, elle démontrait qu’avec six degrés de relation on connaissait virtuellement la totalité de la planète.

Moi qui ne sortais de ma chambre que pour les boums du coin de la rue, je regardais ce sacre de l’exponentiel avec le plus vif intérêt car il faisait de moi un explorateur récidiviste.

Récemment, des ingénieurs de Microsoft ont calculé que via les réseaux sociaux les six degrés en question étaient passés à seulement trois degrés et demi. Mais alors, ça veut dire qu’on connaît plus de monde encore plus rapidement et surtout ça veut dire qu’on les connaît en vrai ? CQFD…

À bien y regarder, cette boulimie de rencontres n’est pas sans danger et le volume risque fort d’en altérer la valeur. Pour en mesurer l’impact il suffit de transposer le réel sur le virtuel, c’est-à-dire simplement imaginer la chose en chair et en os. La plupart des messages postés sur les réseaux sociaux affichent un bonheur outrancier. La palme revient à la photo des pieds sous les palmes (justement) avec une mer turquoise comme ligne d’horizon ; traduction : « Tu ne trouves pas qu’on est plus à l’aise ici que dans ton F3 pourri » ? Autre sujet récurrent : les photos de petits plats aux saveurs multiples parfaitement dressés dans une vaisselle de choix ; traduction : « Regarde tes barquettes inbouffables à 30 000 calories et souhaite-moi un joyeux appétit. » Ou encore la photo de groupe où toute la bande – qui tire la langue – est réunie… Sauf toi ; traduction : « Désolé ma chérie, peut-être une prochaine fois ! »

Nous sommes très loin de l’empathie collective, il est avéré que cet altruisme 2.0 peut générer des dépressions sévères, il y a d’ailleurs un terme anglo-saxon pour qualifier cette frustration, son nom est F.O.M.O (Fear Of Missing Out), plus simplement chez nous D.E.C.H.E (la dèche !). Il y a aussi les messages porteurs de grandes causes qui en affichant les révoltes de leurs auteurs les affranchissent de faire quoi que ce soit, laissant ainsi en dehors du clavier, leurs petits doigts au repos. Voilà côté émetteurs. Mais les récepteurs ne sont pas en reste, imaginons simplement qu’au lieu d’avoir les yeux rivés sur son compteur de likes, il faille descendre dans la rue et demander muni d’un carnet et d’un stylo : « Est-ce que tu m’aimes ? Dis-moi, est-ce que tu m’aimes ? » à toutes les personnes que l’on croise. 

Personnellement, je suis enclin à penser qu’un tel comportement social et psychologique viserait plus à réduire mon nombre d’amis qu’à le multiplier. Que le coefficient multiplicateur des contacts masque en fait une division en puissance. Mais j’ai toutes les chances de me tromper. Je suis archi nul en maths !  

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