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Corinne Luchaire : la maudite

Étoile filante du cinéma français à la fin des années 30, Corinne Luchaire s’est égarée dans le Paris mondain sous l’Occupation. Elle est morte de la tuberculose à 28 ans.

Un an avant sa mort prématurée, Corinne Luchaire a publié une autobiographie intitulée Ma drôle de vie. Un euphémisme pour celle qui était devenue vedette à 17 ans, comparée à Garbo, avant d’être frappée « d’indignité nationale », 8 ans plus tard. C’est en 1938 que tout commence avec le tournage, coup sur coup, de deux longs-métrages de Léonide Moguy, cinéaste français d’origine ukrainienne : Prison sans barreaux et Conflit. Deux drames dans lesquels elle impose sa silhouette longiligne, son visage à la beauté singulière et son jeu intense, avec parfois comme une absence dans le regard. Une étoile est née, aussi brillante que Michèle Morgan qui triomphe au même moment. Corinne Luchaire a 19 ans en 1940 et a confirmé son statut en tournant notamment Je t’attendrai (Le déserteur), Le dernier tournant et Cavalcade d’amour. Son dernier film est L’intruse de l’italien Mario Mattoli. Pendant l’Occupation allemande, alors qu’elle doit faire face à des problèmes de santé (tuberculose) qui l’obligent à séjourner plusieurs mois par an en sanatorium, elle profite de sa jeunesse et s’étourdit dans des fêtes parisiennes où elle côtoie le tout-Paris artistique, journalistique et politique ainsi que leurs « amis » allemands. Elle est alors « Un colibri dans la tempête », expression de Jean-François Josselin, ami de Simone Signoret, elle-même amie de Corinne Luchaire. Insouciante et superficielle, elle profite des relations de son père, patron de presse collabo, elle s’amuse et oublie sa maladie, inconsciente de la situation d’extrême dénuement de la majorité des Français. Mariée en 1941, séparée peu après, elle a une relation avec un officier allemand avec lequel elle a une fille en mai 1944. Vers la fin de la guerre, après deux tentatives de suicide, elle devient secrétaire de son père. Quelques jours après la Libération, elle le suit à Sigmaringen où sont réfugiés Pétain et ses fidèles. Arrêtée en Italie, elle est emprisonnée avant d’être frappée de 10 ans d’indignité nationale. Son père est jugé puis exécuté le 22 février 1946. De plus en plus affaiblie par la tuberculose, désormais stigmatisée, Corinne Luchaire meurt le 22 janvier 1950, peu avant son 29e anniversaire. Carole Wrona lui a consacré un documentaire et un livre et Patrick Modiano l’a évoquée à plusieurs reprises dans ses romans comme une « petite sœur imaginaire. » Au cinéma, elle restera pour toujours la jeune fille rebelle de Prison sans barreaux ou la fiancée abandonnée de Je t’attendrai.

Alain Souché

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