Le magazine féminin des Orléanaises (depuis 2010)

Des fêtes traditionnelles et écolos ? C’est possible !

Festins à n’en plus finir, déluges de cadeaux en plastique suremballés, déferlement de guirlandes électriques… Elles sont loin, les seules oranges que trouvaient nos grands-parents dans leurs chaussures déposées devant le modeste sapin de Noël ! Or, il est largement possible de célébrer les fêtes comme il se doit sans tomber dans une surconsommation qui a de moins en moins de sens, ni dans une frugalité déprimante. En revenant à l’essentiel, Noël rime de nouveau avec traditionnel…

Pour quelles raisons mange-t-on si bien et autant pour les fêtes ?

Pour des familles dispersées à travers l’Hexagone, voire plus loin, la période des fêtes de fin d’année est celle des retrouvailles. Évidemment, ce bon moment va de pair avec des ripailles dignes de ce nom. On ne va quand même pas passer le réveillon devant une escalope et des épinards ! Un réveillon de Noël composé comme il se doit d’incontournables. Pourquoi le foie gras ? Parce que sa consommation, née dans l’Antiquité, en Égypte d’abord, puis à Rome et en Grèce, a gagné toute l’Europe centrale jusqu’à devenir une spécialité… alsacienne (le Sud-Ouest viendra plus tard) très prisée des aristocrates et des bourgeois du XIXe siècle. Les tables plus communes l’ont adopté par la suite en tant que produit de luxe que l’on s’autorise en cette période de l’année… Pourquoi la dinde ? Parce qu’il fallait traditionnellement une volaille sur la table particulièrement bien achalandée – on n’oubliera pas les fruits de mer ni le saumon en entrée – afin de remplir les estomacs qui avaient jeûné jusqu’ici et avaient suivi les offices religieux sans trop bailler. La dinde, plus grosse que le poulet et moins chère que l’oie qui était au menu jadis, s’est imposée. Quant à la bûche, elle célèbre le solstice d’hiver, et le fait que l’on faisait brûler une énorme bûche, censée durer plusieurs jours, jusqu’au jour de l’An, lui aussi célébré chez nous, depuis des lustres, dans l’opulence.

Autant de mets dont on se régale encore, mais peut-être de moins en moins. Comme si une idée était en train de faire son chemin. Le foie gras ? Que de souffrance animale avant qu’il n’arrive dans notre assiette ! Gaver une oie, c’est comme si l’on faisait avaler à un homme de 70 kg, 7 kg de pâtes en quelques secondes. Les volailles ? Toutes n’ont certainement pas gambadé dans les champs, mais ont plutôt été élevées en batterie et pas forcément tout près. La bûche ? Au lactose, au gluten, à l’huile de palme avant d’être au chocolat. Tout ça pour que 17 % des victuailles présentes dans les assiettes de Noël finissent à la poubelle…

Un repas traditionnel et écolo, c’est possible

France Nature Environnement a composé il y a quelques années (mais c’est toujours valable) des menus de réveillon écolos. Rien de frugal, rien de vegan pour ceux que cela effraie, rien que du bon, du bio souvent, et du bon sens (légumes et fromages de saison par exemple). Voici celui imaginé pour les habitants d’Île-de-France, nos voisins donc (les autres menus, concoctés en fonction des territoires et de leurs ressources, étant à l’attention des Midi-Pyrénéens et des Alsaciens) :

Apéritif : Champagne bio accompagné d’huîtres fines de Claire verte Label Rouge de Normandie. Entrée : salade de cresson, pommes et noix aux œufs pochés. Plat : gigot d’agneau de prés salés AOC, purées de carottes, panais et potimarron, le tout accompagné d’un vin bio. Plateau de fromages régionaux. Dessert : bûche croustillante aux poires et au chocolat.

« En région parisienne (NDLR : en région Centre-Val de Loire aussi), il existe de nombreux producteurs bio qui élèvent des poules, cultivent différents légumes et produisent encore des pommes et des poires, argumente France Nature Environnement. En Normandie, on trouvera également de l’agneau des prés salés mais aussi à défaut, du veau élevé sous la mère (NDLR : on optera pour une volaille dans notre région, où le tiers de la production bénéficie d’un signe de qualité : label ou certification bio pour les chapons et poulardes notamment) et bien sûr les fameux fromages régionaux. Le panais et le potimarron sont des légumes de saison en hiver, produits en France. Ils sont souvent délaissés par les consommateurs mais sont pourtant savoureux et originaux. Quant au vin, en bio, il n’y a pas les 15 à 30 traitements annuels des cultures viticoles conventionnelles. C’est donc meilleur pour l’environnement, pour la santé du producteur et du consommateur. Les sulfites, souvent utilisés comme conservateurs du vin, sont néfastes à la santé à fortes doses. La plupart des vins bio portent la mention “sans sulfites” ».

À noter que FNE ne milite pas contre le foie gras, qu’elle propose dans un autre menu : « Il s’agit d’une tradition locale qui fait vivre beaucoup de petits producteurs. De nombreux producteurs élèvent et transforment à la ferme les oies ou les canards destinés à la production familiale de foie gras, de cassoulet et de magret. » Pour celles et ceux qui veulent tourner la page en douceur, on conseillera le faux-gras, à la truffe et au champagne, le tofoie gras, à base de tofu… ou le foie gras conçu à partir d’oies et canards non gavés, comme le propose une entreprise de l’Ariège (Aviwell).

Déco, cadeaux, sapins : quand écologie et traditions font bon ménage

Noël, fête de la surconsommation, est aussi celle du suremballage qui termine à l’incinérateur… Comment opérer une transition vers des fêtes tout aussi joyeuses, mais moins dispendieuses et surtout moins sources de gaspillage ? « Plutôt qu’un sapin, on a surtout besoin d’un endroit pour déposer les cadeaux, indique Marine Foulon, chargée de communication de Zéro Waste France, et chargée du défi Rien de neuf (lire l’encadré) lancé par le même organisme. On peut construire des choses avec des palettes, des tissus, pour éviter de couper un vrai arbre ou d’en avoir un en plastique. Ce peut être le moment de fabriquer quelque chose en famille, chacun apportant sa touche personnelle. » En matière de déco, première chose à faire : l’inventaire de ce que l’on a déjà. Puis se relever les manches et fabriquer soi-même (vous l’avez remarqué, consommer moins implique de s’investir davantage, ce qui n’est pas illogique). Pensez aux branches de houx et aux pommes de pin ! Il suffit de se baisser. Et pour dessiner des étoiles sur les fenêtres : le blanc de Meudon, 100 % naturel (il provient des carrières de craie).

Passons aux cadeaux : Zéro Waste, qui lutte contre le gaspillage et les déchets, prône – comme toutes les assos environnementalistes – le recyclage, le seconde main. Offrir des cadeaux d’occase ? Eh oui ! L’offre est désormais ultradéveloppée. On trouve de tout en parfait état, et reconditionné. Mais ne risque-t-on pas de passer pour l’avare de service à offrir de l’occasion ? « Nous avons créé une petite carte à joindre avec les cadeaux, poursuit Marion Foulon, qui explique que ces cadeaux non-neufs permettent de préserver des ressources, qu’ils ont plus de valeur car la personne a mis plus de temps à les trouver, etc. » Sinon, on peut acheter du neuf, bien sûr, mais si l’on veut être éco-responsable, on va choisir du bois, du durable, fuir le plastique et les objets fabriqués à l’autre bout de la planète, déversés par containers entiers (dans l’UE, 85 % des jouets sont fabriqués en Chine ; seulement 7 % des jouets vendus en France sont réellement made in France). D’autres idées : des cadeaux faits maison, tricotés par exemple, ou utiles comme de la cosmétique bio, de l’immatériel (repas au resto, places de ciné, de concert, ateliers, cours)… les possibilités sont innombrables ! Et pas besoin de les entourer d’une tonne de papier cadeau ; ou bien alors, du papier qui a déjà servi et qui resservira les années d’après. Économie, écologie !

Quoi de neuf ?
« Rien de neuf ! »
Concocté par Zéro Waste France, le défi « Rien de neuf » consiste, comme son nom l’indique, à ne rien acheter de neuf pendant un an (en se tournant vers l’occasion, la location, l’emprunt, la réparation, etc.). Un véritable challenge, puisqu’il faut traverser une année entière sans craquer, une année remplie de tentations diverses (soldes, anniversaires, Noël, etc.). Lancé en février 2018 et reconduit en 2019, le défi « Rien de neuf » a vu 24 000 personnes s’inscrire cette année (riendeneuf.org).

Témoignage : Anne-Hélène, 44 ans :
« Autant la magie de Noël, ses lumières, l’excitation des cadeaux et des retrouvailles me charment encore, autant la frénésie dans les magasins et l’orgie dans les supermarchés auraient tendance à m’écœurer. Depuis plusieurs années déjà, au lieu de choisir des cadeaux de dernière minute pas forcément adaptés, j’aime les acheter au fur et à mesure de l’année, bien ciblés dans un dépôt-vente ou chez un artisan, au hasard de mes rencontres, toujours de qualité. Parfois, je ne peux faire autrement que d’acheter du neuf, je me déplace dans un magasin dès le mois de novembre pour éviter la cohue, les achats compulsifs et… les achats sur Internet. Il m’arrive aussi d’offrir des places de spectacle. Ensuite je les emballe dans de jolis pochons en tissu que j’ai cousus dans des coupons de récupération.

Début décembre, j’installe mon calendrier de l’Avent avec chaque jour une devinette que j’invente et un pochon de bonbons achetés en vrac, puis on fabrique des sablés ou des guirlandes au crochet… »

Témoignage
Orlane, 34 ans :
« Chez moi à Noël, pour les adultes, c’est tirage au sort. Comme cela, on ne fait qu’un seul cadeau.
Pour ce qui est des cadeaux, pas mal sont faits maison :
• Conserves (les cèpes, c’est toujours un succès !)
• Savons faits main
• Nouveauté cette année : des carnets avec une reliure cousue, en papier recyclé (papier kraft d’emballages, pages de vieux cahiers d’écolier, feuilles en tout genre… Si elles sont froissées ou un peu tachées, le résultat est encore plus joli)

Et sinon, plus traditionnel/conventionnel :
• Places de spectacles
• Livres et disques
• Dons à des associations au nom de celui à qui on fait le cadeau (ça, c’est l’un de mes cadeaux préférés. Je n’ai pas les moyens de soutenir financièrement les assos que je voudrais. Celui qui fait le don peut le déduire de ses impôts et moi, j’ai l’impression que le cadeau que je reçois est utile, bien plus qu’à moi).

En fait, j’essaie de bannir le consommable, le plastique, le jetable, et de retrouver le sens du cadeau. Pour le sapin, une année, nous avons découpé une forme dans une vieille planche de contreplaqué. Nous le conservons et le ressortons à l’occasion. Pas cher, puisque récup’, et facile à décorer ! »

Sébastien Drouet

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