Hedy Lamarr, l’inventrice

Derrière une plastique froide d’actrice hollywoodienne se cachait une intelligence supérieure et une personnalité complexe.

Hedy Lamarr est née Hedwig Eva Maria Kiesler, le 9 novembre 1914 à Vienne. Elle commence sa carrière en 1930 en Tchécoslovaquie et en Allemagne et fait sensation en 1933 dans le film Extase où elle apparaît nue et simulant un orgasme. Signée par la MGM, après un refus initial de sa part, elle se spécialise ensuite dans les films d’aventure « exotiques » comme Casbah, La dame des tropiques, … L’idée est d’en faire la nouvelle Garbo mais le public ne suit pas. Son plus gros succès est le Samson et Dalila de Cecil B. de Mille (1949). Sa carrière, qui n’a jamais atteint les sommets, décline et elle se retire des écrans en 1957. À l’époque de sa relative apogée, Hedy Lamarr est surtout connue pour sa vie sentimentale tumultueuse (5 mariages et divorces) et une liberté sexuelle affichée qui ne manque pas de choquer la prude Amérique. Il est pourtant un autre aspect de sa personnalité, mal connu jusqu’à récemment, qui méritait bien qu’il ne reste pas d’elle que le souvenir d’une actrice hollywoodienne. Dès l’enfance, elle est attirée par la science et les inventions. En collaboration avec son ami George Antheil, pianiste de profession, elle met ainsi au point un codage des transmissions par étalement de spectre, qui préfigure les techniques aujourd’hui utilisées pour les liaisons chiffrées militaires, la téléphonie mobile ou la wifi. Cette invention, applicable aux torpilles radio-guidées avec changement de fréquence, est destinée à aider les Alliés au début de la Seconde Guerre mondiale. Mais cette idée n’est finalement pas mise en pratique immédiatement et ne le sera que dans les années 60 par l’armée américaine, avant que les fabricants civils de matériels de transmission ne s’en emparent, 20 ans plus tard. En 1997, Hedy Lamarr reçoit enfin le prix de l’Electronic Frontier Foundation avant d’être admise, en 2004 et à titre posthume, au National Inventors Hall of Fame.

Au cours des dernières décennies de sa vie, Hedy Lamarr vit en recluse et ne communique plus que par téléphone avec le monde extérieur, y compris avec ses enfants et ses amis proches. Elle meurt le 19 janvier 2000 à Orlando. Le documentaire d’Alexandra Dean, Hedy Lamarr : From Extase to Wifi (2017) a rendu hommage à l’actrice et à la scientifique en mêlant extraits de ses films, images d’archives et témoignages, mettant en lumière sa personnalité complexe et son esprit pionnier d’inventrice.

Alain Souché

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